Dans les champs de maïs du Brésil, deuxième exportateur mondial après les États-Unis, les agriculteurs bouclent la récolte annuelle, qui va atteindre un niveau record. L'augmentation des surfaces, des conditions climatiques globalement favorables et une progression des rendements ont permis au pays de doubler ses ventes à l'étranger.

30,1 % de plus qu'en 2021

La production brésilienne de maïs va progresser de 30,1 % en 2022 et atteindre un total de 113,3 millions de tonnes. Elle est tirée par une deuxième récolte également historique, avec 86,1 millions de tonnes produites (+41,8 %), indique la Compagnie nationale d'approvisionnement (Conab) dans son dernier rapport.

Le Brésil devrait ainsi exporter près de 40 millions de tonnes de maïs, contre 20,8 millions de tonnes l'an dernier. « Le marché mondial est davantage focalisé sur la récolte des États-Unis et la forte chute de production en Europe », importatrice nette, explique Paulo Molinari, analyste chez Safras e Mercado.

« Mais le maïs brésilien rassure quant à sa disponibilité. Sans cette récolte, la tendance haussière des prix serait bien plus importante », ajoute-t-il. Touchée par une grave sécheresse, la Chine, grande productrice et consommatrice de maïs, a en effet accéléré ses négociations avec le géant sud-américain.

En mai, les deux pays ont signé un accord pour ouvrir le marché chinois au maïs brésilien, cédant temporairement sur certaines exigences phytosanitaires. Quant à l'Europe, « elle achète un peu plus de maïs brésilien que d'habitude, en particulier l'Espagne, le Portugal et les Pays-Bas », indique Paulo Molinari.

Deux récoltes par an

Initié au début des années 1980, le maïs dit « safrinha » ("petite récolte"), semé en deuxième culture après le soja, a dépassé la récolte d'été (austral) il y a une décennie. Il s'est depuis imposé comme la principale récolte, représentant cette année 75 % de la production totale.

Dans le même temps, les surfaces occupées par le maïs d'été ont davantage été affectées à la culture d'oléagineux. « À la différence de l'hémisphère Nord, la culture tropicale du Brésil permet d'avoir deux récoltes la même année », rappelle Lucilio Alves, chercheur au sein du Centre d'études avancées en économie appliquée de l'Université de São Paulo (Cepea).

« En cherchant à intensifier l'usage de leur sol, les agriculteurs brésiliens ont compris qu'anticiper le semis de soja au mois d'octobre pour le récolter au maximum en février leur permettrait de planter le maïs à la suite et de bénéficier d'une bonne productivité pour les deux cultures. »

En outre, l'anticipation du semis de soja et la progression de la « safrinha » de maïs ont été rendues possibles par l'utilisation de variétés transgéniques pour les deux cultures, « améliorées au fil du temps ».  es OGM occupent aujourd'hui la quasi-totalité des champs.

Cette année, « malgré la forte augmentation des coûts de production, le haut niveau des cours du maïs et l'anticipation de la récolte de soja ont encouragé les producteurs » à accroître la surface de leur culture de maïs « safrinha » (+ 9,2 %), la plus grande jamais observée, précise la Conab dans son rapport.

Ces agriculteurs ont ainsi pu profiter d'une fenêtre idéale pour planter la céréale. Et malgré une sécheresse et une chute de température dans plusieurs régions, ils ont bénéficié d'une météo globalement favorable, notamment dans l'État du Mato Grosso, principal fournisseur du pays.

Capacité de stockage insuffisante

Cela a permis au Brésil d'enregistrer un gain de productivité total de 20,2 %. « Nous pouvons encore doubler la surface du maïs d'hiver sans déboiser, en occupant des espaces déjà ouverts, des pâturages convertis en zones agricoles », assure Glauber Silveira, directeur exécutif de l'Association brésilienne des producteurs de maïs (Abramilho).

Mais le géant sud-américain doit encore relever plusieurs défis, dont celui de la capacité de stockage, « en déficit chronique », observe Leonardo Alencar, analyste chez XP Investimentos. Le Brésil a cette année enregistré sa deuxième meilleure récolte de soja et « il en reste encore dans les silos, ce qui oblige des agriculteurs à entreposer leur maïs à l'air libre ».

Le pays doit aussi améliorer ses performances en termes de transport. João Pedro Lopes, de la firme d'analyse des marchés des matières premières StoneX, relève toutefois « des investissements dans les infrastructures afin d'améliorer les routes et agrandir des ports ».

Les améliorations du couloir d'exportations menant aux ports du nord du pays ont notamment « réduit de moitié le chemin à parcourir pour le maïs d'hiver de la région centrale du Brésil », où se trouve l'État du Mato Grosso. Cela permet « une diminution des coûts de transport », souligne André Pessôa, président du cabinet de conseil Agroconsult.