«L’effectif chinois de truies serait tombé à 25 millions d’animaux, contre plus de 40 millions en 2015 », rapporte Abcis (1), dans sa lettre de veille diffusée le 16 juillet. Cette chute vertigineuse, imputée à l’épizootie de peste porcine africaine, « indique sûrement un fort déficit de l’offre dans les mois à venir, d’au moins 15 à 20 % ».Par conséquent, les flux mondiaux de viande de porc convergent plus que jamais vers l’empire du Milieu. Les opérateurs européens restent les premiers fournisseurs du pays. Au premier trimestre 2019, « ils assuraient 66,5 % des importations chinoises », souligne Abcis. En cumul de janvier à mai, les exportations communautaires totales s’envolent. « 252 000 tonnes supplémentaires ont été exportées vers les pays tiers (+ 15,4 % sur un an), dont 243 000 t vers la chine (+ 42,6 %) », rapporte le Marché du porc breton (MPB). Selon Fanye Meng, représentant en Chine de l’interprofession porcine française (Inaporc), « ces envois restent en grande partie constitués d’abats et de sous-produits. Néanmoins, les volumes de viande prennent de plus en plus d’importance. »L’Espagne est particulièrement dynamique, et se place comme premier pays mondial fournisseur de la Chine (voir l’infographie). « En raison de l’augmentation de sa production, elle dispose de plus en plus de produits exportables, explique l’Institut du porc (Ifip). Ces dernières années, les entreprises espagnoles se sont pleinement engagées dans le commerce hors Union européenne. »L’Allemagne, qui a cédé sa place de numéro un européen (lire l’encadré ci-dessus), accuse un net recul de ses abattages en têtes au premier trimestre 2019 (– 4,2 % sur un an), tout comme la Pologne (– 4,5 %), les Pays-Bas (– 3,8 %), la Belgique (– 3,5 %) et le Danemark (– 2,3 %).

En France, en cumul de janvier à mai, le repli des abattages est contenu à 0,9 % en têtes, et à 1,2 % en tonne équivalent carcasse par rapport à 2018. À la faveur de la hausse des exportations et du repli des achats auprès de l’Espagne et de l’Allemagne, « la balance commerciale de la viande porcine, fortement déficitaire en valeur depuis 2012, tend à se rapprocher de l’équilibre », avance l’Agreste. Le déficit commercial s’établissait à – 7,8 millions d’euros (M€) en avril dernier, « contre – 37,3 M€ en janvier 2019, et – 24 M€ en 2016, année tirée par les exportations vers la Chine ».

Les États-Unis sur la touche

Sur le continent américain, le Brésil profite également de l’appel d’air asiatique. « Les cours ont grimpé de 20 % en quelques semaines alors que les exportations vers la Chine ont augmenté de moitié en mai », observe l’Ifip. Les États-Unis ne peuvent pas en dire autant, dans un contexte de froid diplomatique avec l’empire du Milieu. Début juin, le cours du porc américain replongeait « en deçà du niveau de ces dernières années ». Vincent Guyot

(1) Société de services créée par l’Ifip, l’Institut de l’élevage (Idele) et l’Institut technique de l’aviculture (Itavi).