Que percevez-vous de l’agriculture française, à travers la vitrine du Sia ?

La France est le premier producteur agricole de l’Union européenne (UE), et toutes les productions y sont représentées. Elle offre donc un catalogue de toutes les problématiques qui concernent l’agriculture européenne. On m’a parlé, ici, des mêmes choses que lors de mes visites à Berlin ou en Irlande… Il y a des inquiétudes face aux nouveaux challenges à relever, en particulier le Green Deal. Car des projets ambitieux requièrent des soutiens ambitieux… C’est-à-dire un budget ambitieux.

 

Quels points communs voyez-vous entre la France et la Pologne ?

Il y a davantage de similitudes que de différences. Nos deux pays ont conservé une agriculture familiale. Même si la taille des exploitations n’est pas la même, le renouvellement des générations est une problématique commune à nos deux pays. C’est d’ailleurs un grand enjeu dans toute l’Europe.

 

Comment y répondre ?

La Pac propose des soutiens ciblés pour les jeunes installés. De jeunes agriculteurs français m’ont dit souhaiter voir augmenter ce soutien, qui est de 2 % de l’enveloppe du premier pilier. C’est une idée. Mais le problème vient aussi des conditions de vie des agriculteurs. La politique de cohésion, qui est une autre politique historique majeure de l’UE, doit être davantage mobilisée pour améliorer les conditions de vie dans les zones rurales, lutter contre l’exclusion, développer les services…

 

La baisse du nombre d’exploitations en Europe est-elle inéluctable ?

Entre 2005 et 2015, l’UE a perdu 4 millions de fermes, c’est-à-dire 1 000 fermes par jour. J’en suis très inquiet. Pour stopper ce processus, nous avons besoin d’une politique qui protège tous les types d’agriculteurs, y compris les petits. Car ils ont aussi un rôle important à jouer en termes de développement durable, non seulement pour les zones rurales, mais dans l’économie globale.

Je me suis engagé à préparer une vision à long terme pour les zones rurales. Une première version de cette stratégie devrait être présentée début 2021 pour être ouvert au débat. Il faut avoir une vision claire de combien de fermes et quelle structure de l’agriculture on veut.

 

Quelles évolutions souhaitez-vous apporter au projet de réforme de la Pac ?

Je suis prêt à améliorer la proposition, notamment en y travaillant avec le Parlement européen. Avant tout, nous devons protéger le caractère commun de la Pac. Par exemple, pour l’ecoscheme (1), la Commission peut préparer un catalogue commun de pratiques dans lequel puiseront les États.

 

L’UE demande beaucoup à ses agriculteurs. Que fait-elle pour les protéger de la concurrence déloyale ?

C’est vrai que l’on veut que nos agriculteurs protègent le climat et l’environnement, mais eux ont aussi besoin de politiques qui les protègent. Les Français m’en ont beaucoup parlé. Nous devons arrêter d’importer des produits ne respectant pas nos standards.

D’autre part, il est important de soutenir l’organisation des producteurs, pour leur permettre de mieux défendre leurs intérêts. Mais, il est aussi indispensable d’éviter la concurrence déloyale au sein de l’UE. L’écart entre les montants d’aides directes, qui vont de moins de 200 euros par hectare à plus de 400 euros par hectare entre les États, est un sujet très sensible.

Bérengère Lafeuille

(1) Paiements annuels pour rémunérer des pratiques écologiques volontaires, sur le premier pilier.