Où en est la mue de Lidl ?

 

Michel Biero : Depuis la nouvelle gérance de l’enseigne, en 2012, les chantiers avancent. Cependant, après vingt-cinq ans d’histoire, changer d’image va prendre des années. Il faut repenser les 1 500 magasins du parc français, former nos 33 000 salariés… Nous avons aussi décidé de travailler avec les producteurs, alors que nous ne discutions jusque-là qu’avec les industriels. D’où notre présence au Salon de l’agriculture. C’est une opération de communication mais aussi l’occasion de provoquer les échanges. Nous rencontrons par ailleurs leurs organisations syndicales deux à trois fois par an. Depuis, nous n’avons plus de dégâts dans nos magasins…

 

Comment menez-vous vos négociations tarifaires ?

 

Je suis un Bisounours dans les achats par rapport à d’autres enseignes ! En revanche, avec 12 000 magasins dans 27 pays, personne ne peut m’égaler en termes de volume. Pour le vin, par exemple, nous vendons 12 % de la production bordelaise ! Ce sont les achats groupés et un fonctionnement très centralisé qui font la force de notre enseigne, pas la pression sur les prix.

 

Faut-il mieux intégrer les agriculteurs à ces discussions ?

 

C’est une nécessité. La seule sortie possible de la crise agricole passe par la conclusion de conventions tripartites avec les éleveurs. Et pas seulement sur de micro-volumes. Dans nos magasins des Hauts-de-France par exemple, 100 % de la viande fraîche de porc provient de la filière contractualisée « Chti’porc ». Soit 2 500 têtes, avec 85 % de valorisation carcasse et 0,40 €/kg de plus pour le producteur. Nous développons le modèle dans d’autres régions et pour d’autres productions, mais encore faut-il trouver l’industriel qui accepte. C’est plus difficile dans le bœuf que dans le porc… En lait, c’est quasiment impossible.

 

Et pour les fruits et légumes ?

 

Les discussions sont cent fois plus faciles car on fonctionne en direct. Seul problème : on rame pour avoir du bio. Du coup, nous signons des contrats de mise en culture avec des agriculteurs en conversion pour leur acheter leurs produits, dans trois ans. Nous en sommes à ce jour à une douzaine.