« Un véritable séisme », « Du jamais vu », « Un coup de tonnerre »… Les termes utilisés pour qualifier la récolte de blé cette année sont très forts et reflètent bien la situation sur le terrain. Les abondantes pluies de mai et juin et le faible ensoleillement ont provoqué des défauts de fécondation et un mauvais remplissage, notamment en terres peu filtrantes. Résultat : des grains « qui ne ressemblent à rien », très petits, flétris, avec beaucoup de déchets.

Même si elle n’est pas encore terminée au nord du territoire, cette moisson restera donc longtemps gravée dans les mémoires. C’est plutôt une « demi-moisson », ironisent des agriculteurs.

En blé tendre, beaucoup de parcelles tournent en effet autour de 50 q/ha dans les plaines céréalières de la moitié nord de la France, soit 30 à 50 % de grains en moins par rapport à une année normale. Les rendements ne dépassent pas les 30 q/ha dans certaines parcelles du Centre, de la Bourgogne ou de la Champagne-Ardenne. Voire 10 q/ha ! La situation est meilleure en Bretagne (70-80 q/ha) et dans le Sud (58 q/ha en Rhône-Alpes, entre 65 et 80 q/ha en Midi-Pyrénées).

Si les protéines sont très bonnes cette année (de 11,5 à 13,5 %, avec même des pointes à plus de 15 %), les poids spécifiques (PS) sont souvent catastrophiques : de 60 à 78 kg/hl, avec une majorité à 72 kg/hl. Un important travail de calibrage, nettoyage, homogénéisation des lots est réalisé par les organismes stockeurs pour assurer les débouchés, notamment la meunerie. Cela va mieux dans le Sud, avec des PS aux normes. Et heureusement, la qualité sanitaire semble bonne un peu partout, avec des taux de mycotoxines en dessous des seuils, malgré les fortes attaques de fusariose.

La situation est plus désastreuse en blé dur. Les rendements sont bloqués à 25-30 q/ha dans le Centre, 38 q/ha dans les Pays de la Loire et 40 q/ha en Poitou-Charentes, et les 5 q/ha ne sont pas rares ! Les PS sont très bas. « Ce ne sera même pas commercialisable sous le nom blé dur », s’alarme un opérateur en Poitou-Charentes.

Difficultés financières

Dans ce contexte de mauvaise récolte et de prix toujours faibles, le moral des céréaliers est au plus bas. Beaucoup sont « malades » à l’idée d’aller récolter les parcelles et expriment leur désarroi auprès de conseillers ou sur les réseaux sociaux. Tous espèrent que les barèmes de réfaction pour les PS seront adaptés à cette situation catastrophique. Des réunions de crise se tiennent ici et là avec les services des préfectures. Il y a en effet une forte inquiétude pour la situation économique des exploitations. La priorité est de démarrer dans les meilleures conditions la prochaine campagne, car les semis se profilent déjà.

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