La vidéo de leur intervention a été relayée partout sur les réseaux sociaux et dans les médias. Mais Régis Desrumaux, président de la FDSEA de l’Oise, ne veut surtout pas entendre parler d’acte héroïque : « il fallait qu’on arrête le feu. Nous n’avions pas le choix, sans quoi c’étaient les maisons qui cramaient ». Avec l’éleveur laitier, Julien Veschuere, il est intervenu le 19 juillet 2022, pour stopper un incendie survenu dans un champ de blé de la commune de Hamel.

 

D’énormes rafales soufflaient ce jour-là. « Le feu avançait à la vitesse d’un cheval, se souvient Régis Desrumeaux. Il fallait agir très vite : il ne restait plus que cent mètres avant qu’il n’atteigne le talus, puis la parcelle de colza… Le colza, c’est très huileux. Si le feu rentrait dedans, c’était fichu. Des maisons se trouvaient juste derrière. Alors on a attaqué de front ! ». Leur intervention a duré environ dix minutes jusqu’à ce qu’ils parviennent à maîtriser l’incendie.

 

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Après le drame de 2019

L’Oise fait figure d’exception en matière d’organisation face aux incendies. L’été 2019 a laissé des traces dans les esprits. Un agriculteur est décédé dans son tracteur pris par les flammes. Deux pompiers ont par ailleurs été blessés sur d’autres feux. Au total, 1500 hectares de céréales sont partis en fumée durant l’été.

 

« Plus jamais ! » se sont dits les exploitants. Dans les semaines qui ont suivi, FDSEA, JA et la chambre d’agriculture de l’Oise ainsi que le SDIS (Service départemental d’incendie et de secours), en accord avec la préfecture, ont mis en place un protocole pour tous les feux, d’origine agricole ou non.

Mise en place de « référents agricoles incendie »

Le département s’est notamment doté d’une application : tout témoin en présence d’un feu peut l’activer afin de prévenir les pompiers. L’application leur permet de géolocaliser de manière précise et rapide l’émetteur de l’alerte, tout comme l’incendie. La plupart des agriculteurs de l’Oise l’ont aujourd’hui sur leur portable.

 

Ce 19 juillet 2022, l’exploitante touchée par l’incendie a non seulement alerté les pompiers via l’application, elle a aussi fait appel au président de la FDSEA de l’Oise. « Dans les trois minutes qui ont suivi, nous avions envoyé un message généralisé à tous les agriculteurs du secteur, susceptibles d’intervenir. »

 

Depuis 2019, la FDSEA a mis en place des « référents agricoles incendie » pour chaque secteur. « Nous avons demandé au département de nous subventionner pour équiper ces référents en matériel de « première intervention », en l’occurrence des motopompes. Tous les mobilisés arrivent donc avec la leur ainsi que des cuves, des charrues et des déchaumeurs. »

 

À Hamel, les pompiers sont parvenus les premiers sur place, et s’ils ont pu rassembler et protéger les animaux, le feu a continué à progresser. L’éleveur Julien Veschuere avec qui Régis Desrumaux a embarqué, est arrivé peu de temps après eux, vingt autres tracteurs l’ont ensuite suivi.

Avec du matériel de première intervention

Environ 200 exploitations sont aujourd’hui équipées de matériel de première intervention. Afin de parfaire le dispositif, des discussions seront entamées à la rentrée, « afin que 100 % des agriculteurs de l’Oise le soient, en plus d’être formés à ce type d’intervention », explique Régis Desrumaux.

 

Autre mesure phare mise en place et amenée à être déployée : « L’armée nous a confié des cuves équipées de motopompes, à installer autour des bâtiments agricoles. Ces cuves doivent être tenues pleines afin que les pompiers puissent les utiliser en cas d’incendie. ». Une dizaine a été placée pour le moment dans le département.

 

Concernant une éventuelle indemnisation pour les interventions accomplies, le président de la FDSEA 60 propose, un alignement avec les tarifs des prestations « déneigement ». Celles-ci sont évaluées à environ 64 euros de l’heure. « Aucun agriculteur n’a demandé quoi que ce soit, tient à souligner Régis Desrumaux, mais si demain on met ce système en place, ça ne me choquerait pas. »