« Historique, grave, et à fortes conséquences. » Voilà comment Christiane Lambert a qualifié la sécheresse qui sévit actuellement en France et ses conséquences pour les agriculteurs français. « Jamais nous n’avons connu un hiver aussi sec, un printemps aussi chaud, et un été aussi caniculaire, résume-t-elle. Et maintenant des orages très forts. J’ai certains collègues viticulteurs qui ont tout perdu cette nuit. […] On commence à chiffrer les dégâts et ils vont être très importants ! »

 

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Un lourd tribut pour l’élevage

Répondant au journaliste dans la matinale de France Inter, la présidente de la FNSEA a désigné le secteur de l’élevage comme le secteur qui pourrait payer le plus lourd tribut à cette sécheresse. « Les prairies sont complètement jaunes. Pour beaucoup, elles ne repousseront pas. » Et le maïs qui peut prendre le relais, est lui aussi pénalisé par le manque de pluie et les températures caniculaires. « La baisse de récolte est estimée à 11 % », détaille Christiane Lambert.

 

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Les éleveurs ont pour beaucoup déjà commencé à utiliser les stocks de fourrages prévus pour l’hiver. « Il va en manquer, prévient Christiane Lambert. Et en plus comme c’est rare, ça va être très cher. Avec 90 % des départements touchés par la sécheresse en France, où trouver du fourrage ? Et pour en acheter, il faut être sûr qu’au bout du compte, on vendra bien ses produits. D’où la réflexion en ce moment de certains agriculteurs qui préfère vendre 2, 3, 5 ou 10 vaches. »

Des fruits plus petits

Autres victimes du climat, les fruits et légumes. « Aujourd’hui dans certains types de produits, on est à -25 ou — 30 % [de production], poursuit-elle. Ce qui explique aussi la rareté [de ces produits]. Les fruits sont plus petits, ils n’ont pas le même calibre, sont donc vendus moins cher [par le producteur]. Tout ceci montre la vraie fragilité » de notre souveraineté alimentaire.

 

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À cette heure de grande écoute, le journaliste de France inter est revenu sur les inquiétudes des consommateurs d’une pénurie de produits et de l’inflation des prix alimentaires. La patronne de la FNSEA a alors fait un petit retour en arrière, sur la période du Covid et les craintes pour la capacité à fournir les aliments nécessaires. « On n’a pas manqué parce que l’agriculture a tenu globalement », rappelle-t-elle.

Pas de pénurie de lait

Y aura-t-il une pénurie de lait à la rentrée dans les grandes surfaces ? Non, répond Christiane Lambert. « Nous avons du lait, nous en exportons. On aura les quantités suffisantes. Par contre, s’il n’est pas payé au juste prix, les éleveurs ne gagneront pas leur vie. » La présidente de la FNSEA a pointé l’écart de prix entre l’Allemagne et la France. Selon elle, le litre de lait est vendu 1 euro en supermarché Outre-Rhin et 78 centimes dans l’Hexagone.

 

« Ces 22 centimes font toute la différence, insiste-t-elle. Sur la consommation d’une famille, c’est 16 euros par an. Le beurre a augmenté davantage car il y a de la transformation. Le SMIC a augmenté de plus de 5 % depuis le 1er octobre, personne n’en parle. Mais pour travailler dans les exploitations, dans les usines, cueillir les fruits, les salaires coûtent plus cher aujourd’hui. Ça aussi, ça impacte au bout de la chaîne. »

 

Le journaliste revenant à la charge sur l’augmentation des prix alimentaires, la présidente de la FNSEA ne lâche pas le morceau. « Mesurez qu’en achetant vos produits, vous soutenez ou pas l’agriculture française. Si vous n’achetez que des produits moins chers, et bien l’agriculture disparaîtra, les emplois partiront. L’industrie agroalimentaire est le premier employeur de main-d’œuvre, plus que l’automobile. »

 

« La souveraineté alimentaire n’est jamais définitivement acquise, assure-t-elle. La capacité à produire l’alimentation en France, c’est extrêmement important ! Que diriez-vous à un éleveur ici à qui on dit 20 centimes de plus c’est trop, 16 euros par foyer c’est trop. Comment expliquer qu’au bout pour lui il y a la faillite et pour le foyer 16 euros ? »