Créée par plusieurs fédérations d’éleveurs (1), l’association France Carbon Agri a pour rôle d’impliquer et d’accompagner les exploitants dans leurs démarches bas carbone. L’occasion pour ces derniers de transformer leurs engagements à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre ou à séquestrer du dioxyde de carbone (CO2) en revenus.

2 appels à projets déjà lancés

Alors qu’elle existe depuis une quinzaine de mois, l’association a lancé deux appels à projets. Si le premier a recueilli près de 300 producteurs, le deuxième en compte plus de 1 000, selon Jean-Baptiste Dollé, chef du service environnemental à l’Idele lors de son intervention dans le colloque organisé par l’Association française de droit rural et le groupe de réflexion Agridées, le 28 janvier 2021.

 

En tant que mandataire, France Carbon Agri se charge de mettre en relation les producteurs avec différents porteurs de projets (coopératives, associations de producteurs, chambres d’agriculture notamment) qui vont accompagner les exploitants dans leurs pratiques bas carbone.

30 euros par tonne de carbone

En tant qu’intermédiaire avec les acheteurs de carbone — des entreprises cherchant à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre ou à atteindre la neutralité carbone essentiellement —, l’association se charge de répartir le prix d’achat du carbone auprès des producteurs et des porteurs de projet.

 

Les contrats sont d’une durée de cinq ans pour un prix plancher de 30 euros par tonne de carbone. 5 euros sont attribués au porteur de projet et l’association paye l’organisme certificateur des pratiques mises en place sur les exploitations.

Environ 9 000 euros sur 5 ans

« Le premier versement est réalisé en milieu de projet, ce qui correspond à 40 % du potentiel, et après une vérification des pratiques auxquelles s’est engagé le producteur, précise Jean-Baptiste Dollé. En fin de projet, après un deuxième audit, la quantité de C02 évité sera vérifiée, et après la certification de Bureau Veritas, pourra intervenir le versement du solde. »

 

L’expert de l’Idele estime que 300 à 400 tonnes de carbone sont ainsi évitées pour chaque exploitation. Ce qui représente potentiellement une rémunération d’environ 9 000 euros sur 5 ans. « Une contribution non négligeable pour le producteur afin de lui permettre de passer le pas », souligne Jean-Baptiste Dollé.

Une méthode déposée en grandes cultures

Du côté des grandes cultures, la méthode exigée dans le cadre du Label bas carbone a été déposée au ministère de la Transition écologique et solidaire, a annoncé Philippe Heuseule, secrétaire général de l’AGPB. « Une méthode simple avec des indicateurs fiables », a-t-il précisé tout en soulignant que c’était la condition nécessaire pour recueillir l’adhésion de « tous les producteurs ».

Le danger d’une mise en concurrence entre agriculteurs

L’avocat François Robbe, président de l’Association française de droit rural, a apporté son regard juridique sur les opportunités du marché du carbone pour les agriculteurs. S’il ne fait pas de doute que cela représentera « un enjeu économique important » à l’avenir, l’avocat craint que les acheteurs de crédits carbone finissent par « mettre en concurrence les agriculteurs » qui iront naturellement vers le moins cher. Une véritable régulation de ce tout jeune marché du carbone est l’une des solutions pour remédier à ce risque, selon lui.

(1) Fédération nationale des producteurs de lait, Fédération nationale bovine, Fédération nationale ovine et la Fédération nationale des éleveurs de chèvres.