Les prix des céréales et des oléagineux se rétractent cette semaine à la suite de prises de profit et de l’amélioration des conditions climatiques en Amérique du Sud.

Revirement des prix du blé à la fin de la semaine

Les prix du blé sont en nette baisse ce vendredi après-midi sur Euronext à 227 €/t pour l’échéance de mars après avoir dépassé le niveau de 235 €/t lundi dernier. Sur le marché physique, les valeurs se rétractent aussi et les prix se retrouvent très proches de ceux de la semaine dernière à 227 €/t rendu Rouen et 228 €/t rendu La Pallice (base : juillet).

 

Cette évolution va de pair avec celle des blés US qui abandonnent entre 2 et 6 $/t selon la qualité en raison de ventes hebdomadaires inférieures à ce qui était anticipé. Le repli est technique également, les niveaux antérieurs ayant suscité de larges prises de profit (ventes sur les marchés à terme). Le fait que les températures basses en mer Noire ne semblent pas avoir suscité de dégâts en raison d’une bonne couverture neigeuse, avec une remontée annoncée des températures dans les prochains jours, a aussi détendu l’atmosphère. En fait, les prix US avaient très fortement grimpé à la suite des décisions sur la taxation des blés russes.

 

Néanmoins, le basculement de la demande mondiale vers d’autres origines que la Russie n’est pas immédiat d’une part : en effet, sur le court terme, les opérateurs russes ont au contraire accéléré leurs ventes pour en faire le maximum avant la mise en place des taxes (ce qui a encore poussé les prix russes à la hausse de plus de 10 $/t cette semaine).

 

D’autre part, le transfert de demande de la Russie vers les USA ne sera sans doute pas aussi fort que certaines sources américaines ont pu l’annoncer et cela vient pondérer les prix US.

Les prix français, quant à eux, sont ballottés entre la tension russe et l’influence baissière de Chicago cette semaine. L’achat de 390 000 tonnes de blé par l’Algérie hier a été perçu comme décevant en raison du volume modéré de cet achat et du fait que la concurrence argentine s’annonce forte. La Turquie a acheté une quantité similaire cette semaine de 400 000 tonnes. La Tunisie et la Jordanie sont « au marché » avec des appels d’offres de 92 et de 120 00 tonnes respectivement.

Revirement des prix mondiaux du maïs

À Chicago, le maïs est en baisse aussi au moment d’écrire ces lignes dans la foulée et cela poursuit la correction déjà entamée depuis le début de la semaine (à l’exception d’un petit rebond jeudi). Le marché souffle avec le retour des pluies en Amérique du Sud, favorable au développement du soja et de maïs en Argentine.

 

En dehors de son climat qui redevient plus favorable, l’Argentine pèse aussi sur les prix mondiaux du maïs par la vigueur de son programme d’exportation. Le gouvernement, comme on le mentionnait la semaine dernière, a fini par annuler toutes les mesures de restriction envisagées pour les exportations de maïs sur la période de janvier et de février. Malgré cette annulation, l’épisode fait craindre aux producteurs de futures restrictions éventuelles. En conséquence, ces derniers se sont rués pour vendre cette semaine et les exportations de l’Argentine pour le mois de janvier vont s’avérer finalement très élevées.

 

Cela a largement contribué à la baisse des prix des derniers jours, la chute de Chicago restant limitée toutefois par une bonne demande et des ventes US bien soutenues cette semaine, au-dessus des attentes (1,4 million de tonnes). Sur le marché physique, les prix abandonnent ainsi 16 $/t Fob US Gulf, 15 $/t Fob Argentine et 10 $/t Fob Brésil cette semaine.

Les prix du maïs européen en baisse mais soutenus par l’Ukraine

Ce mouvement n’est que modérément reflété par les prix du maïs sur le marché physique en France qui affichent des valeurs stables par rapport à la semaine — mais en chute sur la fin de la semaine toutefois — à 223 €/t Fob Rhin et 215,75 €/t Fob Atlantique (base : juillet). Sur Euronext, l’échéance de mars 2021 a plafonné lundi dernier à 217 €/t et diminue depuis sous la pression mondiale.

 

On peut noter toutefois que les maïs ukrainiens sont restés insensibles au retrait américain. En effet, en Ukraine, les producteurs d’aliments ont demandé au gouvernement d’imposer une restriction à 22 millions de tonnes pour les exportations ukrainiennes de maïs sur l’ensemble de la campagne. Cela pourrait faire chuter d’au moins deux millions de tonnes les exportations réelles par rapport à ce qui envisageable sans restriction. Le gouvernement tranchera après une réunion avec les exportateurs, mais si une limitation se concrétisait, elle affecterait les importations de l’UE en provenance de l’Ukraine et cela vient limiter la chute des prix de l’UE.

Nouvelle hausse des prix en orge

Comme en blé et maïs, les prix de l’orge s’affaissent aujourd’hui ; ils affichent quand même une hausse nette sur la semaine de 2 €/t rendu Rouen, à 211 €/t. Cela porte les orges françaises à près de 270 $/t Fob sur le marché mondial, un niveau toujours très élevé, soutenu par la poursuite de la demande chinoise. Toutes les origines mondiales affichent des gains, de 4 $/t pour l’orge russe à 7 $/t pour l’orge ukrainienne qui s’exporte vers la Chine. L’Arabie Saoudite et l’Argentine suivent aussi avec des progressions de 5 $/t.

 

C’est dans ce contexte que l’Arabie vient de lancer un appel d’offres pour 490 000 tonnes à livrer sur mars-avril. Cet appel d’offres porte sur un faible volume en comparaison de ceux des dernières années, illustrant probablement la prudence de la Sago (organisme étatique) dans un contexte de prix élevé, au moment où une petite baisse s’amorce en maïs.

 

On notera aussi cette semaine une vente d’orge de brasserie de l’Australie au Mexique : il s’agit d’une première et cela vient souligner les efforts faits par l’Australie pour trouver des débouchés coûte que coûte. La France a fait récemment une percée sur le marché brassicole du Mexique et la concurrence australienne est donc à surveiller. Poussés par les gains des valeurs fourragères ces dernières semaines, les prix brassicoles français ont gagné 8 €/t et 3 €/t pour les variétés d’hiver et de printemps respectivement à 213 €/t pour les deux qualités (base : juillet).

Le retour des pluies en Amérique du Sud fait dégonfler les prix du soja

Après plusieurs semaines consécutives de hausse, les prix du soja affichent un recul notable depuis le 15 janvier sur les différentes places de marché. Les opérateurs ont profité du retour des précipitations au Brésil et en Argentine pour prendre des bénéfices et cela a fait chuter de 24 $/t le prix du soja à Chicago sur la semaine (à 503 $/t). Le régime actuel des pluies est en effet très favorable à la poursuite du cycle du soja, notamment en Argentine.

 

Selon la Bourse de céréales de Buenos Aires, l’emblavement va bientôt pouvoir toucher à sa fin. Les cultures qui sont au stade de la formation des gousses se trouvent dans des conditions hydriques adéquates mais le maintien des pluies sera nécessaire pour assurer le bon développement des semis plus tardifs. La demande industrielle US de décembre (publiée par le Nopa) qui s’est avérée inférieure aux attentes du marché a également apporté un peu de pression aux cours.

 

Quelques éléments sont toutefois venus freiner un peu la baisse des prix, à commencer par les achats chinois qui sont restés particulièrement dynamiques. L’USDA a signalé la vente de 450 000 tonnes de fèves sur la campagne de 2021-2022. D’autre part, la logistique en Amérique du Sud continue de susciter des craintes faisant suite à la menace de mouvements de grèves de routiers au Brésil à partir de février, au moment où la récolte de soja devrait s’accélérer. Le démarrage reste timide puisque moins de 1 % des surfaces ont été récoltées jusqu’à présent, selon une source locale.

Le tourteau suit le soja

Les tourteaux perdent de la valeur cette semaine à la suite des graines. L’apparition d’un cas de fièvre porcine en Chine (il n’y en avait plus eu depuis octobre) suscite de l’inquiétude et contribue aussi à la baisse récente de même que l’extension de la grippe aviaire en Europe. Le tourteau argentin enregistre la baisse la plus marquée avec une perte de presque 35 $/t cette semaine, à 501 $/t. Le tourteau US recule de 29 $/t depuis la mi-janvier, à 483 $/t. En France, le tourteau de soja coté à Montoir s’effrite de 18 €/t, à 471 €/t. Le pois fourrager s’est en revanche maintenu à 268 €/t.

Le recul du soja et la faible demande en huile de palme ont pesé sur le colza et le canola

Les ventes techniques en soja sur le marché de Chicago ont engendré un repli du colza et du canola. A cela s’ajoute la pression baissière de l’huile de palme et du pétrole qui pâtissent du ralentissement de l’économie mondiale face à la nouvelle vague de l’épidémie de coronavirus.

A Winnipeg, les ventes techniques sur le marché à terme ont fait reculer le prix du canola canadien de 22 $/t (à 520 $/t) malgré des stocks de campagne plutôt limités.

Les colzas français ont un peu mieux résisté à cette baisse grâce à l’affaissement de l’euro face à la devise US. Les prix sur Euronext se replient ainsi de 8 €/t sur la semaine, à 431,5 €/t. Le Fob Moselle et le rendu Rouen ne cèdent que 7 €/t, à respectivement 433 €/t et 436 €/t

 

L’huile de palme malaisienne peine à revenir dans le vert en raison du faible rythme des exportations qui sont pénalisées par la recrudescence de nouveaux cas de Covid-19 partout dans le monde. Les mesures de lutte contre la pandémie ralentissent la demande mondiale, ce qui pèse également sur les prix du pétrole.

Le tournesol a mieux résisté à la baisse des graines concurrentes

Le prix Fob de la graine en provenance de l’Ukraine n’a pas baissé et affiche toujours 665 $/t. Il continue en effet de bénéficier du manque de disponibilités localement alors que les besoins en huile demeurent très importants.

 

En revanche, le tournesol français échangé à Saint-Nazaire a perdu 5 €/t, à 525 €/t, faute d’intérêt acheteur sur le marché. La prime de la qualité oléique sur le tournesol standard est restée nulle cette semaine.

 

 

A suivre : comportement du marché russe, décision de limitation ou non des exportations de maïs ukrainien, achats chinois, climat sud-américain, évolution de la situation sanitaire, conditions climatiques pour les cultures d’hiver dans l’hémisphère Nord.