«Je me suis installée en 2016, se souvient Aurore. J’ai grandi dans une ferme, mais à la base je ne me voyais pas agricultrice. J’ai passé un bac littéraire option arts plastiques, puis un bac pro dans la mode, avant de poursuivre par une année de fac d’histoire de l’art. Comme j’avais besoin de concret, j’ai entrepris un BTS agricole en alternance et j’ai exercé divers métiers, en agriculture ou non, avant d’atterrir à La Poste, comme salariée.»

 

«Mon papa est alors décédé et je me suis posé la question de reprendre l’exploitation sur laquelle il travaillait seul, poursuit Aurore. J’ai passé un BPREA car je n’avais pas obtenu mon BTS et, un an plus tard, j’ai réussi à m’installer. Un de mes oncles en attendant assurait la gérance.»

«J’étais du milieu sans l’être vraiment et des commentaires d’agriculteurs du coin me revenaient aux oreilles, du genre : “Elle ne sait pas faire, elle a peu travaillé sur la ferme.” Comme si je ne pouvais pas apprendre, alors que c’est un métier comme un autre. Je pense que si j’avais été le fils, car c’est souvent lui qui reprend, j’aurais eu moins de pression. En tant que femme, on est jugé différemment par certains. Heureusement, je n’ai pas du tout eu ce sentiment avec les collègues aux Jeunes Agriculteurs. Il y a vraiment une entraide. En plus, nous sommes plusieurs filles.»

 

«Encore actuellement, si je me plante sur quelque chose, j’en entends parler, explique Aurore. En revanche, quand j’innove sur mes pratiques, notamment à travers un groupe 30 000 (1) auquel j’adhère, on ne me dit rien. À mon sens, le fait que je sois une femme joue. Peut-être que les agriculteurs qui critiquent sont moins attentifs aux résultats techniques d’un homme car ils partent du postulat qu’il sait mieux faire son boulot.»

 

« Avec les années, je sens moins cette pression, mais j’ai d’autres échos, reprend Aurore. Je suis engagée syndicalement, et j’entends : “Tu n’es jamais sur ta ferme”, “On ne te voit jamais.” Il y a encore peu de femmes qui représentent le milieu. J’ai commencé une formation pour intégrer le conseil d’administration de ma coopérative, où ne siège aujourd’hui aucune femme ! »

 

« Je suis contente de m’être installée, d’être libre de ce que j’entreprends. J’assume mes choix et les risques associés, par exemple si je choisis de faire l’impasse sur un traitement phytosanitaire. Je gère mon temps et mes horaires, et les journées ne se ressemblent pas. »

Propos recueillis par Marion Coisne

(1) Collectif d’agriculteurs qui travaillent à mettre en place des systèmes et des techniques économes en produits phytopharmaceutiques.