Le plateau de la Geria fait penser à une œuvre de land art qui occuperait plusieurs kilomètres carrés. À perte de vue, sur la terre noire d’encre, des murets arrondis appelés « zocos » abritent des feuillages vert tendre. Cette végétation inattendue est âprement cultivée par une poignée d’hommes et de femmes. Ils ont inventé et entretiennent ces constructions qui se comptent par milliers. En trois quarts de cercle, dos au vent, elles préservent les plantes et conservent l’humidité captée la nuit dans des petites cuvettes de 2 à 3 mètres de profondeur. Ainsi poussent des pieds de vigne, figuiers ou encore citronniers. Chaque plant est encerclé par un zoco. Des cépages comme la sirah, le merlot, le moscatel et la malvasia volcanica s’épanouissent. Les vins élevés ici ont des notes minérales et fumées.

 

L’ingénieux système a été mis au point il y a plusieurs siècles. Les paysans s’étaient jusque-là accommodés de cette terre hostile, livrée au souffle continu d’Éole, où les nuages s’arrêtent rarement. Ils vivaient dans quelques oasis avec leurs bêtes. Mais de violentes éruptions volcaniques ont tout balayé sur leur passage. En septembre 1730, le sous-sol de l’île de Lanzarote se réveille. Trois cents cratères se mettent à cracher gaz, pierres, cendres et lave en fusion. Celle-ci coule pendant six années consécutives ! Il s’agit d’une des éruptions les plus importantes que notre planète ait connue. 200 km2 de l’île qui en compte 800 sont recouverts de magma. Les humains sont obligés de se réfugier au nord, avant de revenir apprivoiser de nouveau la terre noire et la cultiver intelligemment.

Aujourd’hui, le sud-ouest de Lanzarote se caractérise par ses volcans. Ils forment des pyramides naturelles, aux couleurs allant du roux au brun foncé. À leur pied, c’est comme si des bulldozers géants avaient grossièrement retourné le sol. De grands aloés et cactus bordent les rubans d’asphalte qui sillonnent le secteur. Les routes sont le seul moyen de se déplacer au milieu du chaos géologique. Cette terre de feu a pris le nom de parc national de Timanfaya en 1974. Des guides assermentés proposent aux visiteurs de s’approcher des sols toujours brûlants… Alexie Valois