En Suisse, l’agriculture est l’un des trois secteurs économiques les plus touchés par les accidents du travail. Plus de 60 % des accidents mortels sur une exploitation agricole suisse sont liés à l’utilisation de machines. La SPAA, organisme suisse de prévention des risques en agriculture, a constaté qu’une part importante de ces décès provenait d’un renversement de tracteur.

 

« Un phénomène qui se produit étonnamment plus souvent sur le plat que dans les pentes », a précisé Étienne Junod, ingénieur au SPAA lors de son intervention au 38e colloque international sur la prévention en agriculture organisé du 12 au 14 octobre 2016 par la MSA. « Même avec la porte de la cabine fermée, les conducteurs se font éjecter sur l’effet de la force centrifuge puis sont écrasés par le tracteur, précise-t-il. La seule solution efficace, c’est le port de la ceinture de sécurité, mais les agriculteurs ne veulent pas en entendre parler. »

Convaincre de l’intérêt de la ceinture

Afin de convertir les Helvètes au port de la ceinture de sécurité au volant du tracteur, la SPAA a développé un simulateur de renversement. L’agriculteur est invité à prendre place au volant, d’abord sans ceinture jusqu’à la limite de basculement puis avec la ceinture. Selon Étienne Junod, la démonstration porte ses fruits. Depuis la mise en service du simulateur en 2011, 7 000 agriculteurs ont pris part à l’expérience.

Impliquer les agricultrices

« Les agricultrices et conjointes d’exploitant sont beaucoup plus sensibles à la prévention que leurs collègues et mari, poursuit Étienne Junod. Nous avons donc développé des sessions de formation pour des couples d’agriculteurs et des associés homme femme afin d’évoquer avec eux les problèmes concrets de sécurité sur leur ferme, du point de vue de l’exploitante. Les hommes ont ainsi pris conscience de certains dangers qu’ils sous-estimaient par habitude ou par crainte de passer pour un faible. » La SPAA a mené cette expérience en 2011 et souhaite la reconduire prochainement. La réussite de la formation est toutefois conditionnée à la motivation des participants.

Développer les formations de conduite

En Suisse, il est possible de conduire un tracteur bridé à 30 km/h dès 14 ans, à condition de suivre une formation théorique. Pour prendre le volant d’un engin roulant à 40 km/h, il faut suivre une formation pratique de deux jours. À la majorité, la détention d’un permis B dispense du permis pour la conduite d’un tracteur. La SPAA souhaite aller plus loin avec deux formations de conduite pour chauffeurs chevronnés. La première, As du volant, apprend à conduire dans des conditions difficiles comme sous la neige et sur le verglas. La seconde est consacrée à la conduite dans les pentes et forme les chauffeurs à anticiper le risque de renversement.

 

Depuis la mise en place de ces formations et actions de sensibilisation, la moyenne des accidents mortels est passée de 67,8 par an entre 1996 et 2000 à 35,8 par an entre 2011 et 2015.