« Il est hors de question de sous-estimer les difficultés des producteurs laitiers depuis plus de dix-huit mois, a réaffirmé Michel Nalet sur Europe 1. Le marché s’est globalement effondré du fait d’une surproduction française, européenne. Aujourd’hui, si les prix sont bas, c’est parce qu’il y a eu cette surproduction d’une offre laitière supérieure à la demande, du fait de fermetures de marchés, et donc une dégradation globale des prix », en particulier sur les ingrédients laitiers et les produits exportés.

 

« Le prix ne se traite pas à travers les médias », rétorque-t-il néanmoins. La stratégie du groupe est claire : les discussions sur les prix doivent se faire avec leurs OP, et non avec les syndicats. Michel Nalet explique que « le groupe est prêt, bien entendu, à rouvrir les discussions », comme il l’avait déjà dit à ses producteurs en juillet. « Nous n’avons jamais fermé notre porte. » Il précise également que « le prix du lait de juillet et août ne reflétera en rien le prix qui sera payé sur l’ensemble de l’année 2016 ». Il estime que l’écart avec ses concurrents français – Bel, Danone, Savencia, Sodiaal – « n’est pas significatif ». « Le sujet n’est pas de quelques euros, le sujet est d’essayer de trouver la porte de sortie de cette crise laitière. »

 

Les producteurs reprochent aussi au groupe son opacité, notamment son refus de publier ses comptes, au prix d’une amende dérisoire de 1 500 €, souligne le journaliste d’Europe 1. « Aujourd’hui, si nous avions des marges phénoménales dans le secteur laitier, ça se saurait », se défend Michel Nalet. Le seul chiffre connu date de 2011, lors de l’OPA sur Parmalat (qui avait contraint Lactalis à publier ses comptes auprès de l’autorité boursière italienne) : une marge de 10,5 %. « Ce n’est pas parce que des entreprises arrivent à se développer sur le plan national ou international qu’elles se trouvent sur des situations de marché favorables. »

Réunion jeudi à la Maison du lait

 

Des représentants des organisations de producteurs et de Lactalis se réuniront jeudi à Paris, a annoncé mardi à Laval la vice-présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, à l’issue d’une réunion à la préfecture de la Mayenne entre des représentants syndicaux et de Lactalis. Au cours de cette rencontre, « nous nous sommes engagés conjointement à ce que les présidents d’organisations de producteurs puissent rencontrer très vite, jeudi matin, les représentants de Lactalis pour débattre du niveau de prix acceptable pour le producteur », a déclaré à la presse Christiane Lambert à l’issue de cette rencontre. La réunion se tiendra jeudi à la Maison du lait à Paris, a-t-elle ajouté.

 

« Nous avons souhaité que cette réunion se passe en présence des présidents d’organisations de producteurs et qu’il puisse y avoir aussi un représentant du syndicalisme qui soit Florent Renaudier pour avoir aussi une vision plus globale», a ajouté Mme Lambert. Producteur de lait en Mayenne, M. Renaudier est membre du conseil d’administration de la FNPL, branche laitière de la FNSEA. Au cours de la rencontre à la préfecture, qui a duré près de deux heures, « nous avons eu des débats vifs mais avec la volonté conjointe de sortir de cette crise », a indiqué Mme Lambert.

 

Selon la syndicaliste, le siège de l’usine de Lactalis va toutefois se poursuivre. Il « est prévu pour durer jusqu’à vendredi, a-t-elle précisé. La réunion a lieu jeudi. En fonction de l’issue de la réunion, nous aviserons », a-t-elle assuré.

Réactions

 

Les prises de parole de Michel Nalet ont immédiatement suscité des réactions. De la part de Jérémy Decerle, président de Jeunes Agriculteurs (JA), tout d’abord, qui rappelle à Emmanuel Besnier que que si les éleveurs en sont réduits à manifester, « c’est qu’ils sont arrivés à considérer que le dialogue “normal” était une impasse. C’est un élément qui devrait vous interpeller et vous conduire à vous interroger sur nos motivations », souligne-t-il dans une lettre ouverte à Emmanuel Besnier, président de Lactalis. Il réfute différents arguments, tels l’inéluctabilité des prix mondiaux et de la restructuration pour améliorer la compétitivité des élevages, ou encore le fait que les voisins européens se portent mieux. Il estime également que Lactalis, en tant que leader mondial, ne peut s’exonérer de ses responsabilités, et que le groupe « oublie » de tenir compte de ses débouchés hautement rémunérateurs.

 

La CGT s’est également invitée dans le débat, rappelant que « Lactalis est à l’avant-garde patronale pour les salaires les plus bas, les conditions de travail déplorables, les atteintes aux libertés syndicales, véritable « chasse aux sorcières » contre les militants ». Pour le syndicat, le groupe « orchestre, derrière le paravent, une politique de requin, faite de rachats d’entreprises, de remise en cause des acquis sociaux et de pressions constantes, notamment sur les petits et moyens producteurs laitiers. »