Au pied des Alpes, la place forte de Mont-Dauphin (Hautes-Alpes) abrite un village et d’anciens baraquements militaires désaffectés. Dans la caserne Rochambaud, depuis 2021, des voix résonnent de nouveau. Ce sont celles des visiteurs et du guide d’une exposition hors norme installée sous une spectaculaire charpente en bois. Little Bighorn est une œuvre monumentale du sculpteur sénégalais Ousmane Sow, disparu en 2016. Elle est composée de géants, des personnages en taille augmentée : vingt-quatre humains et onze chevaux. Ces sculptures monumentales en terre et matières mixtes racontent la dernière victoire des Indiens d’Amérique, face à un régiment de cavalerie américain.

Les combats sont sans pitié

Bras dressés vers le ciel, le chef Sitting Bull semble implorer l’univers. Dans le Montana le 25 juin 1876, à proximité de la rivière Little Bighorn, l’armée fédérale américaine donne l’assaut à un village indien composé de milliers de tipis. Trois mille guerriers de tribus Sioux et Cheyenne défendent leurs familles et leurs territoires sacrés. Le lieutenant-colonel américain Georges Custer lance un bataillon de plus de 263 cavaliers. Les combats sont sans pitié.

 

Ousmane Sow en restitue dix dans son œuvre épique qui rend hommage à tous les peuples opprimés. Il raconte avec une force crue les corps à corps, les luttes au couteau, les gestes qui tuent, les yeux qui s’écarquillent de rage ou de terreur. Il fait des chevaux les partenaires des soldats et des Indiens. Des protagonistes à part entière de cet historique massacre. Custer est figuré en homme vaincu, tué par balle.

U n écran diffuse un film montrant le sculpteur au travail, dans la cour de sa maison de Dakar (Sénégal). Little Bighorn fut exposée, en 1999, sur le pont des Arts qui traverse la Seine à Paris. Après avoir voyagé à travers le monde, les 35 statues sont retournées au Sénégal en 2014. La fille de l’artiste, Ndeye Marina Sow, a cherché un espace adéquat pour les exposer. Au printemps dernier, les géants sont arrivés en paquebot. Puis des camions les ont transportés vers les hauteurs de la caserne pour une durée d’au moins dix ans. Alexie Valois