Elle rêvait d’un retour à la terre. Quand Marie-Antoinette demande à son mari, le roi Louis XVI, de lui bâtir un « village champêtre autour d’un lac », c’est pour mieux respirer. Face à la rigidité de la cour, la jeune Autrichienne aspire à un vent de fraîcheur et à du vert sous ses pieds. C’est dans l’air du temps. La fin du XVIIIe siècle est marquée, pour les plus aisés, par un besoin en naturalité inspiré par les écrits du philosophe Jean-Jacques Rousseau. Marie-Antoinette pousse l’idée à son comble : elle ne souhaite pas aller vivre à la campagne, mais la faire venir à elle.

Situé à moins de trois kilomètres du château de Versailles, le Hameau de la Reine, bâti de 1783 à 1785, a conservé sa candeur. Loin des files d’attente provoquées par leur voisin souverain, les maisons à colombage et toit de chaume se dressent sur de faux rochers et petits vallons, autour d’un lac créé de toutes pièces. Sur une idée de la reine qui rêvait d’un Versailles intime et chaleureux, le premier architecte du roi, Richard Mique, a tiré son inspiration des villages normands et du hameau de Chantilly, dans l’Oise. Au final, onze chaumières s’égrènent au cœur d’un paysage royal, nourricier et floral, à la manière d’un village Hobbit et ses petites demeures mises en images par le réalisateur du Seigneur des Anneaux.

 

Les premiers pas mènent à la Maison de la Reine. Au cœur du domaine, Marie-Antoinette aimait à oublier sa condition de tête couronnée et à éduquer ses enfants, disait-elle, aux matières de la terre. À proximité, la tour de Marlborough veille à la manière d’une sentinelle, sur ces scènes de vie passées.

La balade se poursuit jusqu’à la ferme, la seule construite à l’écart du village, pour maintenir les effluves animales à distance. Ses premiers hôtes – vaches, chèvres, moutons et volailles – arrivaient de Suisse, tout comme leur fermier. Marie-Antoinette raffolait de fromage à la glace et de fraises à la crème. Elle fit ainsi bâtir deux laiteries. La fondation Assistance aux animaux y recueille désormais quelques protégés.

La force du lieu perdure : même après une journée de visite au château, agité par la foule, le hameau confère à son visiteur un sentiment de plénitude, royal, car rare en région francilienne. Rosanne Aries