L’hiver sous les serres de La Baronne, à dix minutes de la ville, s’épanouissent des milliers de tulipes, mufliers, giroflées et gerberas. Les horticulteurs et horticultrices niçois, qui ne sont plus que quelques-uns, vivent la même passion que leurs parents et leurs grands-parents qui cultivaient des roses et des œillets. Ils prennent soin de chaque tige, préservent les fleurs des butineurs, cueillent les plus beaux spécimens. Comme leurs aînés, ces professionnels « nés dans les fleurs coupées » participent à la fameuse « bataille de fleurs » du carnaval niçois. « Elle a été imaginée au XIXe siècle, quand le romancier Alphonse Karr s’est lancé dans la floriculture », explique l’autrice et carnavalière Annie Sidro.

La douceur du climat des Alpes-Maritimes est une aubaine. Sont alors produits des roses, œillets, héliotropes, résédas, anémones, renoncules, cyclamens, iris, violettes, fleurs d’orangers… Karr développe ces cultures florales et l’expédition de bouquets vers toute l’Europe. « Pour le carnaval de Nice, il a créé un corso entièrement fleuri. Le tout premier a défilé en 1876 sur la Promenade des Anglais », poursuit Annie Sidro. Le succès fut tel que les hôtes de marque de la Riviera ne manquaient pas d’y participer à bord de calèches, elles aussi fleuries, comme le prince de Galles Édouard VII et l’empereur du Brésil Pedro II. Ce spectacle émerveillait les hivernants, ces riches vacanciers du nord de l’Europe. En pleine saison froide, Nice est devenue la ville où abondaient fleurs et douceurs.

 

Depuis, chaque mois de février, le corso fleuri est renouvelé. Un groupement de fleuristes ne ménage pas sa peine pour décorer une quinzaine de chars. Ils piquent jour et nuit 4 000 à 5 000 tiges de fleurs ou de feuillages par char. La majorité de ces végétaux proviennent des productions locales de La Baronne, le reste arrive des Pays-Bas. Les carnavaliers créent des décors singuliers qui embaument. Les costumières fabriquent les tenues portées par celles qui dépiquent et lancent aux spectateurs une kyrielle de tiges au cours de la « bataille de fleurs ». Quelque 21 tonnes de mimosas sont aussi distribuées. Odeurs, formes et couleurs sont magnifiques. Le public ramasse frénétiquement de quoi rapporter à la maison de plantureux bouquets. Alexie Valois