L’engouement pour la bio ne se dément pas. Ce marché a encore connu une croissance de 15 % en valeur entre 2017 et 2018 et représente désormais 5 % du panier alimentaire des Français. Le nombre de transformateurs et de distributeurs a suivi (respectivement + 12 % et + 41 %), et la restauration collective s’y met pour se conformer à la loi Egalim.

La progression est aussi spectaculaire du côté de l’offre. Près d’une exploitation sur dix (9,5 % du total) est aujourd’hui engagée et 7,5 % de la SAU est cultivée selon ce mode de production : le cap des 2 millions d’hectares a été franchi en 2018, après une hausse de 17 % en un an. La production bio nationale a plus que doublé en cinq ans, laissant les importations stagner à 31 % de la consommation en valeur (18 % hors fruits exotiques). Mais à quel prix ?

Ils veulent le bio et l’argent du bio

Le consommateur veut du bio, mais il est moins regardant, ou moins averti sur le cahier des charges que sur le prix. Selon le baromètre 2019 de l’Agence bio, seuls 34 % des Français trouvent normal qu’un produit bio coûte plus cher que s’il est conventionnel. Pour la grande distribution, qui a réussi à capter 49 % de ce marché, la guerre des prix ne s’arrête pas à l’entrée des linéaires bio. Si elle doit fournir un marché à croissance exponentielle en s’alignant sur le tarif du conventionnel, sachant que les aides publiques s’érodent, l’agriculture bio va devoir écraser ses coûts de production… Au risque de sacrifier ses fondamentaux sur l’autel de la productivité.

Selon les pionniers du secteur, la bio part à la dérive. L’année a été marquée par un débat houleux sur le chauffage des serres. L’arbitrage rendu bannit la production de contre-saison, mais une boîte de Pandore a été ouverte. Au-delà des serres, se pose la question du degré d’artificialisation que peut accepter cette pratique sans renier ses valeurs. Le débat se déroule au moins autant à Bruxelles qu’à Paris, puisque la bio est encadrée par un règlement européen, dont la nouvelle version entrera en vigueur en 2021. B.L.