Le 27 octobre 2019, Alberto Fernández a battu le président sortant Mauricio Macri avec 48,1 % des suffrages. Il hérite d’un pays en proie à l’une des pires récessions de son histoire. Sur l’année 2019, la pauvreté a dépassé le seuil des 40 %, le peso a perdu environ 30 % de sa valeur et désormais, plus de 15 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire.

Dans cette économie très dépendante du dollar, la majorité des devises viennent des exportations, composées à 61 % de denrées agricoles. L’agriculture, qui représente 18 % de son PIB, est donc un secteur crucial pour l’Argentine. À la tête de ce ministère stratégique, le nouveau président a désigné l’ingénieur agronome, ancien vice-président de l’Institut national de technologie agricole et député Luis Basterra, qui a succédé à Luis Miguel Etchevehere le 10 décembre.

Le « supermarché du monde »

La politique agricole argentine de Mauricio Macri a conquis les poids lourds du secteur, qui saluent les moyens mis en œuvre pour atteindre ses objectifs en termes de compétitivité, débureaucratisation et ouverture des marchés. Son ambition : faire de l’Argentine le « supermarché du monde ».

Dès son arrivée au pouvoir, à la fin de 2015, il a réduit, voire supprimé, les impôts à l’export. Depuis, 253 marchés se sont ouverts à l’Argentine et le volume des exportations de viande bovine a été multiplié par quatre pour atteindre 800 000 tonnes. « La production agricole est extraordinairement dépendante de la demande extérieure », constate Gabriela Martínez Dougnac, directrice adjointe du Centre interdisciplinaire d’études agraires de l’université de Buenos Aires.

« En quatre ans, la production annuelle de maïs est passée de 20 à 55 millions de tonnes, celle de blé de 8 à 20 millions de tonnes et le soja s’est stabilisé à 55 millions de tonnes », observe Gustavo Idígoras, président de la Chambre des exportations de céréales. Un secteur qui représente 47 % du total des exportations et qui devrait rapporter, en 2019, 30 milliards de dollars grâce à une récolte record de 147 millions de tonnes.

Les impôts au cœur du débat

Mais face au bilan macroéconomique de Mauricio Macri, Alberto Fernandez doit redresser les finances publiques. Et c’est l’agriculture, seul secteur à afficher une forte croissance (2), qui devra contribuer à cet effort en payant plus de taxes à l’exportation. Les droits de douane sur les ventes de céréales à l’étranger auront un taux fixe de 9 % et le soja restera imposé à 18 %, portant la taxe totale sur les oléagineux à 27 %.

Si Daniel Pelegrina, président de la Société rurale argentine, craint que cette hausse ne diminue la capacité exportatrice du pays, le nouveau gouvernement a bien conscience que les dollars que rapportent les exportations agricoles sont indispensables pour tenir sa promesse de « remettre l’Argentine sur pied ».

Laura Hendrikx

(1) Mouvement politique argentin.

(2) 46 % au deuxième trimestre de 2019, selon l’Institut national de la statistique.

Votre analyse quotidienne du marché - Céréales

Le blé reste élevé

Les prix du blé demeuraient élevés, le mardi 3 août 2021 en fin d’après-midi, dépassant les 230 euros la tonne sur plusieurs échéances, soutenus par des déceptions concernant l’offre de l’Amérique du Nord à la Russie.