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Les marchés peinent à se recaler après le coronavirus

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Crise sanitaire - Les marchés peinent à se recaler après le coronavirus
© Sébastien Champion

Même si la crise sanitaire semble s’éloigner, les marchés agricoles subissent encore le contrecoup du confinement au niveau français, européen et mondial. Les opérateurs se félicitent que le rôle stratégique de l’agriculture ait été confirmé et que l’origine France semble à nouveau être une priorité pour les consommateurs.

Qualifiée de « tournant majeur pour l’histoire économique contemporaine » par Philippe Chalmin, économiste, le coronavirus a touché de plein fouet de nombreux marchés agricoles. Les stigmates de la crise sanitaire se font toujours sentir.

Filières végétales

Céréales : maïs en souffrance à cause de l’éthanol américain

La chute vertigineuse des cours du baril de pétrole a entraîné dans son sillage l’éthanol (dont la consommation est intimement liée à l’essence), et donc de façon indirecte le sucre et le maïs. Aux États-Unis, pays qui mène la danse pour le marché du maïs, sur les 320 millions de tonnes (Mt) produites, 140 Mt sont destinées au bioéthanol.

En rythme de croisière, le pays fabrique pas moins d’un million de barils d’éthanol par jour. Mais la semaine du 20 avril 2020, cette production est tombée à moins de 600 000 barils par jour, réduisant automatiquement la consommation de maïs pour ce débouché. « La semaine dernière, c’était toutefois remonté à 836 000 barils par jour », note Arthur Portier, d’Agritel. Ce qui a permis à l’USDA (département américain à l’Agriculture), dans son dernier rapport, de projeter une reprise de la consommation intérieure aux États-Unis en maïs pour la prochaine campagne : 321 Mt (contre 305 Mt en 2019-2020).

La baisse de la consommation de maïs durant la crise va provoquer une hausse des stocks américains : 53,42 Mt en 2019-2020, ce qui engendrera un stock de début de campagne 2020-2021 très élevé. L’impact sur les prix est grand : la céréale américaine est passée de 151 $/t à Chicago en janvier 2020, à 121 $/t il y a quelques semaines. Aujourd’hui, elle est à 130 $/t.

Cette baisse des prix est d’autant plus importante que la récolte s’annonce record, à 406 Mt, les farmers ayant semé beaucoup de maïs, plus compétitif ces dernières années que le blé et le soja. « De ce fait, pour la campagne 2020-2021, l’USDA attend des stocks de maïs de 84,4 Mt, ce qui est colossal, informe le spécialiste d’Agritel.

L’orge brassicole, elle, a subi l’effondrement de la consommation de bière et donc du marché du malt. D’où une réduction de l’intérêt d’achats par les malteurs européens (1).

En revanche, le blé n’a pas été très impacté par la crise du coronavirus. Son cours a même progressé jusqu’à la fin du mois d’avril, du fait de la crainte de manquer de marchandise de la part de certains importateurs. « Reste à savoir quelle va être la situation financière de pays comme l’Égypte et l’Algérie, qui ont misé sur le tourisme et l’extraction du pétrole. Ils pourraient se trouver en difficulté et réduire leurs plans d’achats de blé », anticipe Arthur Portier.

Colza et biodiesel : évolution positive

Le marché du biodiesel a aussi largement souffert de la chute des prix du pétrole, entraînant à la baisse le marché des huiles. « 70 % du marché de l’huile de colza européen va dans l’industrie du biodiesel », chiffre Arthur Portier. Mais le pétrole étant peu cher, il y avait moins d’intérêt à intégrer ce biocarburant dans le mix énergétique, d’où la baisse de consommation des huiles en général.

Parallèlement, les exportations malaisiennes d’huile de palme ont régressé vers l’Inde et la Chine durant le confinement, ce qui a provoqué une baisse de 30 % des cours du palme, entraînant dans son sillage ceux du colza. Ces derniers sont passés de 420 €/t en janvier 2020 à 335 €/t au 16 mars. Toutefois, le colza a repris des couleurs puisqu’il est aujourd’hui à 375 €/t sur Euronext pour l’échéance­ d’août, du fait de fondamentaux relativement tendus : on s’attend à une récolte européenne de seulement 16,5 Mt cette année.

Dans les usines, si l’activité de trituration des graines n’a pas faibli et a permis d’approvisionner l’alimentation animale, l’effondrement de la consommation de carburant diesel a littéralement fermé le marché de l’ester de colza (lire l’encadré ci-contre).

Fruits et légumes : les difficultés s’éloignent

Dans une note publiée le 2 juin 2020, FranceAgriMer indique que l’activité dans les rayons de fruits et légumes frais a été supérieure à la normale durant le confinement. La demande a surtout été forte pour les produits faciles à conserver et à stocker (pomme, carotte, poireau, fruits et légumes surgelés et en conserve).

Les produits de saison (asperges, fraises) ont connu un début de campagne difficile, « qui se résorbe grâce à une communication spécifique et la mise en avant des produits d’origine française en distribution ».

La fermeture des marchés de plein air a toutefois entraîné des difficultés de débouchés, notamment pour la salade, entraînant des destructions au champ et des problèmes pour les maraîchers de ceintures vertes à écouler leurs volumes. Les producteurs de tomates et de concombres ont appelé le 11 juin à la « préférence de la consommation française ».

Sur la semaine du 1er au 7 juin, le surstock de jeunes bovins en fermes s’établit à 16 400 têtes par rapport à ce qui aurait dû être abattu, selon l’Institut de l’élevage. © Sébastien Champion

Filières animales

Le prix des vaches rebondit

Bien qu’un net regain des disponibilités soit observé en vaches allaitantes, « leurs prix, qui avaient chuté en début de confinement, ont repris très fortement », rapporte Philippe Chotteau, économiste à l’Idele. En semaine 23 (du 1er au 7 juin), le cours de la vache U affiche 4,48 €/kg, en hausse de 3 % par rapport à 2019. « Celui de la vache R, qui s’établit à 3,92 €/kg, n’avait plus atteint un niveau pareil depuis novembre 2015. » Du côté des réformes laitières, si les cours des vaches O et P progressent, « ils restent encore loin des niveaux des années passées ».

En jeunes bovins (JB), la situation est morose. À 3,68 et 3,84 €/kg équivalent carcasse, les cotations des JB R et U se replient respectivement de 2 et 3 % par rapport à 2019. En ferme, « le surstock s’établit, entre le 1er et le 7 juin, à 16 400 têtes par rapport à ce qui aurait dû être abattu », indique Philippe Chotteau. Pour les broutards, « la demande italienne tire les cours des animaux lourds ». Vers les pays tiers, après une forte chute des exportations de janvier à avril (- 46 %/2019), « les opérateurs indiquent une reprise progressive des flux entre les deux rives de la Méditerranée ».

Marchés laitiers en rémission

Le 7 juin, la Commission européenne faisait état d’un rebond des prix du beurre (+ 10 % depuis le 10 mai) et de la poudre maigre (+ 14 % depuis le 19 avril). Une embellie « indicative d’un certain retour à l’équilibre grâce aux premiers effets de l’aide au stockage privé », avance l’Idele.

En France, la collecte ne progresse plus d’une année sur l’autre depuis avril. Le programme de régulation de la production de l’interprofession (Cniel) explique notamment cette tendance. Près de 47 millions de litres de lait ont été « évités » en avril : 22 000 exploitations ont réduit leurs livraisons de 2 à 5 % sur un an. « L’enveloppe s’élève à 15,3 millions d’euros, note Thierry Roquefeuil, président du Cniel. Les paiements, à hauteur de 320 €/1 000 litres non produits, débuteront en juillet. » Malgré tout, la perturbation des débouchés perdure. La Coopération laitière espère que la baisse du pouvoir d’achat envisagée après la crise du Covid-19 ne viendra pas contrarier les contrats portant sur les marques de distributeurs, toujours en discussion.

Le cours de l’agneau à contretemps

À 6,56 €/kg de carcasse, le prix moyen pondéré de l’agneau a atteint des sommets en semaine 23. « C’est une cotation que l’on n’a pas connue depuis vingt ans », précisait Cassandre Matras, de l’Idele, le 11 juin lors d’un webinaire.

À Pâques, la cotation s’est effondrée, alors que le confinement venait de se mettre en place. Mais depuis, le cours n’a pas cessé de se redresser, contrairement à ce qui est observé habituellement. « On aurait pu s’attendre à une baisse à la fin du ramadan, mais avec le déconfinement et l’ouverture des restaurants, la demande a continué de tirer les prix. » Pour Michèle Boudoin, présidente de la Fédération nationale ovine, les cours en hausse ne rattrapent pas la baisse d’avant-Pâques. « Il manquait 1 €/kg au moment où nous avions le plus d’agneaux à vendre », insiste-t-elle.

Signaux positifs pour le porc

Depuis un mois, la stabilité prévaut sur le cours du porc français. Le déconfinement semble de bon augure. « Depuis le 1er juin, nous constatons une nette hausse de l’activité d’abattage sur un an », souligne Pascal Le Duot, directeur du Marché du porc breton.

Toutefois, l’ascension du prix français est ralentie par les stocks d’animaux en élevage. « L’effet cumulé des fériés et de l’arrêt temporaire de deux abattoirs [dans les Côtes-d’Armor et le Loiret, NDLR] en raison de salariés atteints par le Covid-19 ont provoqué des retards d’abattage. La hausse des poids par rapport à l’an passé en témoigne. »

La volaille de chair en souffrance

Le secteur de la volaille de chair a particulièrement pâti de la fermeture de la restauration hors domicile. Le 18 mai, la Confédération française de l’aviculture évaluait les pertes du secteur à 250 millions d’euros, dont 100 M€ pour l’élevage et l’accouvage. Afin de remonter la pente, « l’origine des viandes doit être explicitement portée à la connaissance du consommateur et cela quels que soient les circuits de distribution et modes de consommation », souligne Patrick Pageard, président du Comité interprofessionnel de la dinde française.

J. Papin, I. Escoffier, L. Pouchard, A. Courty, M.-F. Malterre et V. Guyot

(1) Lire La France agricole du 12 juin, n° 3856, p. 6.

L’estérification de l’huile de colza en difficulté

La filière du biodiesel a été malmenée par la chute des cours du pétrole. « Cela a conduit à arrêter les ateliers de fabrication du biocarburant et à rechercher des débouchés et des endroits pour stocker l’huile issue de la trituration, explique Antoine Henrion, président de Terres Univia (1).

Quelques bateaux ont été escortés vers la Chine grâce à la collaboration active entre des opérateurs comme Avril et Cargill, et des procédures d’homologation de nouvelles capacités de stockage ont été mises en place avec les pouvoirs publics. »

La filière a également demandé au gouvernement une fiscalité aménagée pour les six mois qui viennent concernant l’ester de colza : à la fois une réduction de la taxe intérieure de consommation et aussi l’incorporation d’ester de colza en été au même grade que l’hiver (c’est-à-dire 80 % de colza alors qu’en été, généralement d’autres coproduits peuvent être incorporés), pour utiliser prioritairement de l’ester de colza et pouvoir l’inclure dans d’autres produits pétroliers comme le fioul domestique et le GNR. Des discussions sont en cours dans le cadre de la loi de finances rectificative.

En alimentation humaine, la fermeture de la restauration hors foyer a perturbé le marché de l’huile de tournesol oléique notamment, entraînant un stock supplémentaire. « Une valorisation sur le marché extérieur est en cours, c’est un marché en croissance, donc on va pouvoir gérer la situation », soutient Antoine Henrion.

(1) Interprofession des huiles et protéines végétales.

Des aides pour les filières pommes de terre et cidricole

Une enveloppe de 10 millions d’euros a été octroyée par le ministère de l’Agriculture pour la filière de la pomme de terre. Cette aide de 50 €/t maximum couvrira, en partie, les frais engendrés par le retrait des volumes de pommes de terre non transformées durant la crise du Covid-19, du fait de l’arrêt quasi total de la restauration pendant le confinement. Les modalités du dispositif devaient être discutées le 18 juin.

Autre secteur fortement impacté, celui du cidre. Il obtient 5 millions d’euros pour la distillation, argent qui va permettre de retirer du marché une partie du surplus de cidre lié au repli de la consommation. Après transformation, l’alcool servira à produire du gel hydroalcoolique. « Cela reste bien en dessous des 22 millions que nous avons demandés », précise Jean-Louis Benassi, directeur d’Unicid (interprofession). En effet, la filière cidricole va devoir retirer du marché les pommes qui ne trouveront pas de débouchés face à un marché du cidre au ralenti, ou qui ne seront pas exportées ou transformées en spiritueux comme les autres années.

Très touchés également, les brasseurs artisans et indépendants sont encore en discussion avec le ministère de l’Agriculture pour obtenir des aides.

I.E., C.F., R. d’H.

Ralentissement des fabrications d’aliments

« Après le pic d’activité des fabricants observé au début du confinement, la situation s’est rééquilibrée sur le mois d’avril », rapporte Stéphane Radet, directeur du Syndicat national de l’industrie de la nutrition animale. La constitution de réserves explique notamment les moindres besoins des éleveurs de ruminants. Pour d’autres filières, la perte de débouchés liée au Covid-19 s’est faite ressentir. « Nous enregistrons une baisse des volumes de près de 20 % pour le canard à rôtir, indique le directeur du Snia. L’activité est également en net retrait concernant les veaux de boucherie. Les retards de sortie des animaux et les stocks de viande à l’aval ont sérieusement perturbé les mises en place dans les filières intégrées. »

Des aides pour les filières pommes de terre et cidricole

Une enveloppe de 10 millions d’euros a été octroyée par le ministère de l’Agriculture pour la filière de la pomme de terre. Cette aide de 50 €/t maximum couvrira, en partie, les frais engendrés par le retrait des volumes de pommes de terre non transformées durant la crise du Covid-19, du fait de l’arrêt quasi total de la restauration pendant le confinement. Les modalités du dispositif devaient être discutées le 18 juin.

Autre secteur fortement impacté, celui du cidre. Il obtient 5 millions d’euros pour la distillation, argent qui va permettre de retirer du marché une partie du surplus de cidre lié au repli de la consommation. Après transformation, l’alcool servira à produire du gel hydroalcoolique. « Cela reste bien en dessous des 22 millions que nous avons demandés », précise Jean-Louis Benassi, directeur d’Unicid (interprofession). En effet, la filière cidricole va devoir retirer du marché les pommes qui ne trouveront pas de débouchés face à un marché du cidre au ralenti, ou qui ne seront pas exportées ou transformées en spiritueux comme les autres années.

Très touchés également, les brasseurs artisans et indépendants sont encore en discussion avec le ministère de l’Agriculture pour obtenir des aides.

I.E., C.F., R. d’H.

L’estérification de l’huile de colza en difficulté

La filière du biodiesel a été malmenée par la chute des cours du pétrole. « Cela a conduit à arrêter les ateliers de fabrication du biocarburant et à rechercher des débouchés et des endroits pour stocker l’huile issue de la trituration, explique Antoine Henrion, président de Terres Univia (1).

Quelques bateaux ont été escortés vers la Chine grâce à la collaboration active entre des opérateurs comme Avril et Cargill, et des procédures d’homologation de nouvelles capacités de stockage ont été mises en place avec les pouvoirs publics. »

La filière a également demandé au gouvernement une fiscalité aménagée pour les six mois qui viennent concernant l’ester de colza : à la fois une réduction de la taxe intérieure de consommation et aussi l’incorporation d’ester de colza en été au même grade que l’hiver (c’est-à-dire 80 % de colza alors qu’en été, généralement d’autres coproduits peuvent être incorporés), pour utiliser prioritairement de l’ester de colza et pouvoir l’inclure dans d’autres produits pétroliers comme le fioul domestique et le GNR. Des discussions sont en cours dans le cadre de la loi de finances rectificative.

En alimentation humaine, la fermeture de la restauration hors foyer a perturbé le marché de l’huile de tournesol oléique notamment, entraînant un stock supplémentaire. « Une valorisation sur le marché extérieur est en cours, c’est un marché en croissance, donc on va pouvoir gérer la situation », soutient Antoine Henrion.

(1) Interprofession des huiles et protéines végétales.

Ralentissement des fabrications d’aliments

« Après le pic d’activité des fabricants observé au début du confinement, la situation s’est rééquilibrée sur le mois d’avril », rapporte Stéphane Radet, directeur du Syndicat national de l’industrie de la nutrition animale. La constitution de réserves explique notamment les moindres besoins des éleveurs de ruminants. Pour d’autres filières, la perte de débouchés liée au Covid-19 s’est faite ressentir. « Nous enregistrons une baisse des volumes de près de 20 % pour le canard à rôtir, indique le directeur du Snia. L’activité est également en net retrait concernant les veaux de boucherie. Les retards de sortie des animaux et les stocks de viande à l’aval ont sérieusement perturbé les mises en place dans les filières intégrées. »

Sur la semaine du 1 © SEBASTIEN CHAMPION
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Cet article est paru dans La France Agricole

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