Depuis le début de janvier, le loup s’est invité dans le débat agricole outre-Rhin. Le ministre fédéral de l’Agriculture Christian Schmidt (conservateur) s’est prononcé pour « des abattages restreints » avant d’être illico contredit par sa collègue de l’Environnement, Barbara Hendricks (sociale-démocrate). La législation actuelle permet déjà de tuer les loups s’attaquant à des animaux protégés ou menaçant l’homme, a-t-elle rappelé.

Ces sorties font suite à une recrudescence des attaques de troupeaux par les canidés. En Basse-Saxe (nord-ouest), un des foyers du loup depuis son retour au début des années 2000, 165 animaux en ont été victimes en 2015, 135 en 2016, selon un bilan encore provisoire, pour une population estimée à 70-80 individus. Dans le berceau moderne du loup allemand, en Saxe près de la frontière polonaise, les attaques ont un ordre de grandeur similaire. Mais « nous n’avons pas enregistré d’attaque sur des troupeaux protégés selon les recommandations », insiste Frank Meyer, porte-parole du ministère local pour l’Environnement et l’Agriculture. Les Länder accordent des aides pour ériger des clôtures de protection. Selon les régions, le financement public tourne autour de 75 % à 80 %. La Saxe a déboursé en 2015 environ 300 000 euros et une fondation animalière a pris pour elle la part restant à la charge des éleveurs.

Des moyens de lutte inefficaces

Les clôtures de 90 cm, à l’entretien chronophage, « ne suffisent pas », rétorque Jochen Rehse. « Un collègue des environs a remonté à 1,20 mètre, ils sont tout de même passés », se plaint le chef de file des éleveurs de moutons de la Basse-Saxe, favorable à des abattages administratifs. Le gouvernement régional a également injecté 300 000 euros dans la prévention en 2016.

Les défenseurs des loups jugent l’affaire montée en épingle. Les animaux d’élevage représentent 1 % de l’alimentation de ce prédateur. Le sujet préoccupe cependant les autorités allemandes depuis quelque temps. Elles financent un programme jusqu’à la fin de 2018 pour faire le point sur la propagation du loup. Les Länder, en première ligne sur le dossier, demandent un décompte pour la fin de 2017. Au niveau national, on dénombrait au printemps dernier 47 hardes (3 à 11 animaux), 14 couples et 4 individus isolés. Le chiffrage sera crucial : si la barre des 1 000 loups est franchie alors Berlin pourra demander d’alléger le statut de protection de l’espèce auprès de la Commission européenne. Et procéder à des abattages administratifs.

Dans l’immédiat, les éleveurs demandent des procédures moins bureaucratiques et de lever les plafonds d’indemnisation. Pour respecter les règles européennes, les aides sont limitées à 15 000 euros sur trois années consécutives, prévention et dédommagements compris (au maximum 5 000 euros par animal). Les tarifs d’indemnisation se situent dans une fourchette basse des prix de marchés. « On ne reçoit rien pour les conséquences indirectes », précise Jochen Rehse. Par exemple, si une femelle ne fait plus de gestation après une attaque.

Luc André