Faux miel, huile d'olive frelatée, fruits de mer louches... Quand Europol fait son marché, l'appétit ne suit pas. Pour la troisième année, une opération d'envergure conduite dans 33 pays a permis la saisie de milliers d'aliments et de boissons contrefaits ou périmés.

Selon le bilan publié vendredi par l'office européen des polices Europol, basé à La Haye, « plus de 1.200 tonnes de faux aliments ou de mauvaise qualité ainsi que 430.000 litres de boissons frelatées ont été saisies au cours de l'opération » Opson 3 (nourriture, en grec), menée avec Interpol contre les réseaux de contrefaçon en Europe et jusqu'en Amérique du Nord et du Sud entre décembre et janvier.

Plus de 131.000 litres d'huile d'olive et de vinaigre – de quoi remplir plus de 485 baignoires – 80.000 biscuits et chocolats, 20 tonnes d'épices et condiments et 45 tonnes de produits laitiers ont ainsi été retirés de la circulation.

En Italie, la police a démantelé un réseau de faux champagne, emportant près de 60.000 bouteilles. En France, des amateurs d'escargots qui avaient illégalement ramassé 4,5 tonnes de gastéropodes ont été arrêtés, du faux caviar et des fausses brisures de truffes saisis (venues d'Italie, elles étaient mélangées à des algues).

Des affaires « nombreuses et préoccupantes »

La malice et l'imagination des fraudeurs sont sans limite, les affaires souvent de dimensions internationales, « nombreuses cette année et préoccupantes », juge en France l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (OCLAESP), service de la Gendarmerie mobilisé sur Opson avec la Répression des fraudes et les Services vétérinaires.

D'une année sur l'autre, note le chef de l'OCLAESP, le colonel Bruno Manin, les services spécialisés retombent peu ou prou sur les mêmes produits : huile d'olive, miel et vins figurant dans un quarté de tête avec les poissons et produits de la mer (685 tonnes saisies).

Cette année, « on a travaillé sur des vins de Bourgogne contrefaits en Italie : des vins très chers sur le marché – de 5.000 à 10.000 euros la bouteille – écoulés principalement en Russie et en Chine », raconte l'officier à l'AFP. Le vin n'aurait pas berné un connaisseur mais faisait illusion avec son habillage réussi auprès de palais moins éduqués.

Pour le miel, poursuit l'expert, le plus souvent les producteurs font venir du miel à bas prix, de Chine par exemple, et le mélangent avec le leur : il faut de fines analyses pour repérer que les fleurs butinées par les abeilles sont introuvables dans la région prétendue. Le colonel Manin se souvient d'un « miel » importé de Turquie qui en contenait moins de 3 % ; le reste, c'était du sucre...

Sur l'huile d'olive, les tromperies, fréquentes en Italie, portent sur l'appellation : on vend pour une AOC Toscane un mélange moins coûteux d'huiles des Pouilles. « Ce n'est pas nocif, mais on trompe le consommateur en lui vendant un produit pour ce qu'il n'est pas », reprend Bruno Manin.

Principalement « une délinquance en col blanc »

Très souvent, les enquêteurs sont mis sur la piste des fraudeurs par les producteurs victimes de la piraterie, ou par un membre de l'entreprise qui se refuse à cautionner une manoeuvre un peu louche, explique-t-il. Car c'est principalement « une délinquance en col blanc » derrière ces trafics, « des entrepreneurs qui franchissent la ligne blanche éventuellement à côté d'une production réglementaire, pour faire plus d'argent ».

Pour Nikolas Giannakopoulos, spécialiste du crime économique et fondateur de l'Observatoire universitaire de la sécurité à l'Université de Genève, « on est à la frontière des mondes criminel et entrepreneurial, favorisé par la crise qui sévit en Europe depuis 2008 », explique-t-il à l'AFP.

« Ça marche parce qu'il y a de la marge pour les fraudeurs et parce que les gens ont moins d'argent. Derrière, on a de multiples intérêts qui se rencontrent : l'entreprise pour garder un certain niveau de marge, des acteurs criminels qui lui apportent des solutions de rechange au bon moment », détaille-t-il

« Ça nécessite quelques arrangements, mais tout le monde y gagne. Sauf le consommateur qui peut se retrouver avec un produit falsifié – dangereux ou pas », note-t-il en citant la mozzarella à la dioxine, du mercure dans l'huile d'olive ou des produits périmés...

Derrière certains réseaux, on retrouve les grandes organisations criminelles : « Elles facilitent les choses, avec la capacité de mobiliser logistique et capitaux », assure-t-il. Notamment en Italie et surtout en allant vers l'Est – Balkans, Albanie, Roumanie, Bulgarie et jusqu'en Israël. « Les mêmes qui font dans la drogue et les filles » peuvent ponctuellement intervenir sur une filière de tomates ou d'agrumes.

Le ministère français de l'agriculture a signalé, le 20 février dans un communiqué, que la Brigade nationale d'enquêtes vétérinaires et phytosanitaires (BNEVP) avait participé à cette opération OPSON III.