La déclaration ne passe pas dans les rangs du syndicat majoritaire. « C’est un effet d’annonce de la part du ministre. C’est incroyable de faire de la communication sur un sujet si grave », s’indigne le vice-président de la FNSEA, interrogé le 14 août 2019 par la France Agricole. Joël Limouzin pointe les actions annoncées par le ministre de l’Agriculture en faveur des agriculteurs victimes de la sécheresse. « Beaucoup de mesures ont été prises, a indiqué Didier Guillaume, le 9 août 2019, avec notamment une avance d’un milliard d’euros supplémentaires des aides de l’Union européenne, de la Pac, qui viendront le 16 octobre ».

« La trésorerie, c’est maintenant qu’on en a besoin ! »

« On a très mal vécu cette annonce des 70 % des aides Pac versées au mois d’octobre, reprend Joël Limouzin. Ça n’est pas de l’argent en plus, c’est simplement de l’argent versé un petit peu plus tôt. C’est-à-dire 20 % de plus que d’habitude. Parce que le 16 octobre, chaque année, 50 % des aides Pacs sont versées. Mais certaines années marquées par des événements tels que la sécheresse ou un excès d’eau, on est monté à 90 %. »

L’an dernier, afin d’améliorer la trésorerie des exploitations, notamment celles touchées par la sécheresse, les taux de ces avances sur les aides Pac avaient été augmentés à 70 % des montants finaux pour les aides directes (au lieu de 50 %). « Le ministre indique qu’il a fait le nécessaire ? Qu’il a obtenu une avance d’un milliard d’euros supplémentaires ? Dans la communication, auprès de l’opinion, ça donne le sentiment qu’un milliard d’euros de plus était donné aux agriculteurs. Dans la réalité, cela fera un petit peu plus de trésorerie au 16 octobre, mais la trésorerie, c’est maintenant qu’on en a besoin ! »

Décision trop tardive pour les jachères

Même consternation autour des jachères. Dans 60 départements, les agriculteurs ont bénéficié également d’une « dérogation pour cas de force majeure » les autorisant à valoriser les jachères. « Ça faisait partie de nos revendications depuis le mois de juin. Malheureusement, les autorisations sont arrivées trop tard. L’autorisation, au niveau national, aurait dû être donnée dès juin, pour pouvoir utiliser les jachères début juillet. »

La crainte de la décapitalisation en bout de course

« Ce qui m’inquiète un peu, poursuit Joël Limouzin, c’est que je constate que certains agriculteurs vendent des animaux de façon prématurée. L’élevage, c’est déjà compliqué, alors s’il faut en plus acheter du fourrage. Beaucoup choisissent de vendre des vaches. »

Dans son train de mesures, Didier Guillaume a par ailleurs annoncé une exonération de la taxe foncière sur les propriétés non bâties et le report des cotisations de la MSA. Mais les modalités de mise en application de ce dernier point peinent encore à être définies.

Rosanne Aries