Devant la presse, conviée mercredi dans le cadre du Salon de l’Agriculture à Paris, le président de l’ARF (association des régions de France) Philippe Richert se disait encore « scandalisé » par « certains discours du ministre laissant entendre que ce pourrait être la faute des Régions ».

Un véritable goulot d’étranglement

Si la gestion des fonds du second pilier a été confiée aux Régions, « l’outil commun par lequel nous passons est géré au niveau national », a-t-il martelé. Il constitue un véritable goulot d’étranglement, puisqu’il est censé gérer 300 programmes informatiques différents du fait de la diversité des maquettes régionales, expliquent les Régions.

« Nous avons été fermes avec le ministre pour réclamer une simplification de l’outil dans un premier temps, a indiqué Philippe Richert. Mais à l’avenir, ce partage de compétences ne peut plus durer. » Estimant que le succès de l’Allemagne est lié au fait que sa politique agricole est gérée par les Länder, le président de l’ARF réclame d’aller au bout du processus de décentralisation.

Elles réclament que l’action de l’État se limite à assurer la sécurité sanitaire et à défendre les intérêts nationaux à Bruxelles et sur le plan mondial, tout en transférant la totalité des moyens financiers et humains aux régions pour exercer les autres compétences. Elles réclament également la suppression « de tout document de cadrage national orientant la mise en œuvre des politiques régionales ».

À l’avenir, les régions voudraient être pleinement associées

Car si elles acceptent d’être critiquées notamment sur la gestion des enveloppes bio et MAEC, épuisées voire dépassées dès la première année pour certaines, les Régions n’en mettent pas moins en cause… l’État, toujours. « Le cadre national ne permettait pas de souplesse », affirment les élus. « Le ministère savait qu’il était impossible de doubler la surface en bio, comme prévu dans le plan ambition bio 2017, en versant une aide de 300 €/ha : mais ce montant a été imposé au niveau national, les régions n’avaient pas le choix et ont dû se débrouiller avec », explique une élue du Grand Est.

À l’avenir, les régions voudraient être pleinement associées à l’élaboration de toute la politique agricole nationale, en coprésident avec l’État le Conseil supérieur d’orientation.

Si leurs propositions s’adressent particulièrement aux candidats venus faire campagne au salon de l’agriculture, elles ne se font pas d’illusion sur les positions de certains d’entre eux. « À l’extrême droite comme à l’extrême gauche, la tendance serait de tout rebasculer au niveau national, regrette Philippe Richert. Les autres candidats semblent vouloir au moins conserver la compétence des Régions. Pour mieux coller aux besoins des territoires, il faudrait même la renforcer. »

Bérengère Lafeuille