Un an après leur création par la loi d'avenir agricole, 128 GIEE (groupements d'intérêt économique et environnemental) ont été créés. Ils regroupent 2 300 agriculteurs (1 500 exploitations) et couvrent 200 000 ha. Seules deux régions ne se sont pas encore lancées : le Centre et l'Ile-de-France. Les premiers de la classe sont l'Aquitaine (avec 20 GIEE), le Limousin (10) et la Lorraine (10). La Bretagne en comptait 5 au 1er octobre, et 17 sont en cours de « labellisation ». Une seconde phase d'appel à projets est en cours dans la majorité des régions.

« C'est une politique publique qui redonne un peu d'enthousiasme et surtout, qui redonne la main aux agriculteurs et c'est ce qu'ils apprécient », a témoigné Bruno Lion, directeur adjoint de la Draaf du Midi-Pyrénées à l'occasion d'un après-midi consacré aux GIEE au ministère de l'Agriculture le 5 octobre. Pour ce fonctionnaire, c'est aussi « un moyen d'identifier des porteurs d'innovation que l'on ne connaissait pas ». Une reconnaissance d'abord recherchée par les agriculteurs habitués à travailler en groupe, en Gaec, Cuma, Ceta, Geda, GDA, Civam...

Mais « les appels à projets ont aussi permis de faire émerger de nouveaux projets », assure Rik Vandererven, adjoint au sous-directeur de la performance économique et environnementale des entreprises au ministère de l'Agriculture. C'est le cas par exemple de l'Association Agroécologie en Astarac dans le Gers constituée au début de 2015 et qui témoignait lundi au ministère. Son objectif : améliorer la performance sur les exploitations de polyculture-élevage du territoire, à travers l'acquisition de l'autonomie alimentaire et la baisse des charges relatives aux intrants. En cherchant la reconnaissance de leur groupe, ces agriculteurs innovants veulent aussi maximiser les aides : les aides agroenvironnementales (MAE) et les aides à l'investissement sont, selon les régions, priorisées ou revalorisées pour les GIEE. Des aides sont aussi mobilisables pour les Cuma, les coopératives ou les prestataires de formation par exemple.

Thématiques les plus largement traitées

À l’instar de ce GIEE du Gers, 60 % des projets concernent aujourd'hui l'élevage et près de 40 % sont plus particulièrement en polyculture-élevage. Mais les services du ministère insistent : toutes les productions sont représentées, y compris l'apiculture, l'arboriculture ou les plantes aromatiques, plantes à parfum et médicinales. Dans de nombreux cas, une structure ad hoc (le plus souvent une association) a été créée pour porter les projets GIEE. En moyenne, ils regroupent 20 agriculteurs.

Parmi les thématiques les plus largement traitées, on trouve les systèmes économes et autonomes (près de 40 % des projets), la diversification des assolements et l'allongement des rotations, la conservation des sols, l'autonomie en azote et le développement des légumineuses et l'autonomie alimentaire des élevages. Ces quatre derniers items concernent chacun le tiers des projets. Logiquement, les GIEE traitent plusieurs thématiques complémentaires à la fois.

Bruno Lion a aussi souligné une « dynamique étonnante » qui irrigue tous les partenaires : les chambres d'agriculture (qui « fournissent » des animateurs pour les groupes qui se constituent), les instituts techniques et organismes de recherche, les agences de l'eau, les établissements d'enseignement agricole, les coopératives, les collectivités territoriales, les associations environnementales. C'est par exemple le cas du projet porté par le GDA Saint-Calais dans les Pays de la Loire qui a travaillé avec pas moins de treize partenaires dont l'Université du Maine, Sarthe Nature Environnement (FNE) ou la communauté de communes de Saint-Calais.

L'organisation des GIEE en matière financière

Stéphane Le Foll s'est félicité du passage d'une logique qui semblait descendante au moment du débat sur la loi d'avenir, à une logique ascendante. « Derrière l'inachevé – on nous a reproché de ne pas assez encadrer le GIEE dans la loi – en sort l'essentiel : l'initiative .»

Toutefois, vu le succès de certains GIEE, comme celui du Gers avec ses 33 agriculteurs et d'autres prêts à y entrer, le ministre s'interroge sur la taille des GIEE. « Nous avons une réflexion à mener pour garder une cohérence ». Des propositions devraient être annoncées d'ici à la fin de l'année sur l'organisation des GIEE en matière financière. Le ministre a aussi annoncé un appel à projet destiné à financer des animateurs de GIEE à hauteur de 50 000 euros pour aider à leur développement. Et d'ici à 15 jours, les Draaf recevront un document de synthèse sur toutes les possibilités de financement des GIEE.

Mais Stéphane Le Foll a surtout insisté sur le changement d'état d'esprit nécessaire au déploiement de cette dynamique de groupe que doit être le GIEE : « L'innovation culturelle et sociale permet de trouver une dynamique. L'innovation technique vient en appui. Bien sûr, il y a des normes juridiques – qu'il faut simplifier – mais il faut d'abord se débarrasser des normes qu'on a dans la tête, pour passer de la norme au contrat ».

Pour le ministre de l'Agriculture, le GIEE et sa capacité à organiser par exemple l'autonomie et la performance fourragère, sont une des solutions à la crise à moyen et long terme. « C'est un atout pour la France », est-il convaincu. Comme c'est une voie pour faciliter la transmission et la reprise d'un capital souvent lourd en agriculture.

À consulter : le site du ministère consacré aux GIEE.

Arielle Delest