Ce matin, des tentes de bâche blanche, des panneaux, et des tables avec des dépliants ont poussé dans la cour de Christophe Robin. Céréalier et éleveur de volaille dans les Yvelines, il accueille ce mercredi 25 juillet à l’occasion d’une fête des moissons, le lancement de l’Agritour. Tour de France organisé dans les fermes du 27 août au 9 septembre prochain, l’Agritour espère faire parler du métier agricole en bien, et partout.

Devant une petite scène installée sur des palettes dans la grange, une cinquantaine de personnes s’est déplacée. On trouve, à l’ombre, d’autres exploitants, des élus régionaux, une sénatrice, des voisins, des amis, et même la présidente de la FNSEA. Difficile cependant de rester attentif aux discours, alors que des odeurs de poulet grillé s’échappent du foodtruck garé quelques mètres derrière la foule.

Une famille de communicants

« La communication fait partie du métier d’agriculteur », estime Christophe Robin. L’événement, bien qu’il permette de faire mieux connaître son exploitation, n’est pas un moyen pour lui d’augmenter ses ventes, mais bien de partager son métier.

Chez les Robin, il y a une longue tradition d’ouverture au public. « Mes parents organisaient déjà des fêtes des voisins, raconte l’exploitant, qui a repris la ferme de son père. On invitait une cinquantaine de personnes sous la grange, en septembre, après avoir terminé les récoltes. Chacun ramenait quelque chose à manger, et on partageait ». Christophe Robin a pour sa part déjà accueilli une fête des moissons l’année dernière.

Aujourd’hui, avec l’aide de l’équipe d’Agridemain, l’événement est plus officiel. L’espoir cependant reste le même, celui de faire de l’exploitation un lieu de rassemblement local et convivial.

Rétablir le dialogue dans les campagnes

Sur ses 220 hectares, Christophe Robin produit des céréales, mais également de la volaille de chair, vendue directement sur place ou dans les boucheries et restaurants de la région. « Quand les gens viennent acheter un produit fermier, explique-t-il, on en profite pour discuter avec eux, leur montrer notre métier. »

Les volailles sont préparées dans un abattoir situé à proximité, une SIC constituée par les exploitants de la région qui permet de conserver la plus grande partie de la valeur ajoutée.

Environ 4 000 volailles sortent chaque année de l’exploitation de Christophe Robin. © I. Logvenoff/GFA

« Tout le monde veut de bons produits, souligne Christophe Robin mais pas à côté de chez soi. » Installé dans les Yvelines, il connaît les difficultés du dialogue avec certains voisins, ceux qui ont du mal à accepter le bruit et les odeurs inhérents à l’activité agricole. « C’est un peu usant, confie-t-il. J’ai déposé un permis il y a quelque temps pour agrandir mon atelier de volailles, et j’ai déjà reçu des plaintes. » Ouvrir ses portes permet alors de favoriser le dialogue dans ce contexte de défiance.

Accompagner les agriculteurs pour mieux communiquer

Sans statut juridique encore officiel, la plateforme Agridemain est gérée par l’équipe de l’association Farre. Environ treize autres structures sont associées au projet dont l’AGPB (producteurs de blé), la FNSEA, le Gnis (interprofession des semences), Jeunes Agriculteurs ou l’UIPP (industriels des phytos). Une structure plus officielle devrait voir le jour d’ici à quelques mois.

Tout exploitant intéressé peut s’inscrire en ligne pour devenir ambassadeur Agridemain. « Il n’y a aucune obligation, explique Nadège Lanier, responsable de la communication et de l’événementiel, chacun communique comme il le souhaite, à son niveau. » Des panneaux et autres dépliants sont à la disposition des exploitants, des sessions de media-training sont organisées, et l’équipe aide également ses ambassadeurs pour solliciter leur réseau lorsqu’ils décident d’ouvrir les portes de leurs fermes.

« Nous aimerions atteindre 1 000 ambassadeurs, précise Mme Lanier, et organiser plus d’événements tout au long de l’année. » L’initiative plaît tellement que quelques viticulteurs ont décidé cette année d’organiser eux aussi une fête des moissons…

Réunir la profession

Pour l’équipe organisatrice, le succès du projet est dû à une absence de marquage institutionnel, qui détourne parfois les agriculteurs de certains projets. Selon le responsable de la plateforme, Gilles Maréchal, il s’agit, au niveau de la profession, « d’arrêter de fonctionner en chapelles ».

Sur la scène aménagée dans la grange, les structures membres expliquent le projet aux curieux et aux journalistes. © I. Logvenoff/GFA

Malgré le poids des soutiens d’Agridemain, aucun autre logo que celui de la plateforme n’est ainsi affiché sur les supports de communication. « Nous voulons simplement aider les agriculteurs à communiquer ensemble, souligne Gilles Maréchal, comme l’ont fait les artisans. Et nous voulons également donner des clés de compréhension aux consommateurs. »

L’Agritour débutera à la fin d’août et traversa une douzaine d’exploitations. Dans chacune d’entre elles, un chef sera invité à cuisiner les produits locaux. Prochaine étape le 27 août prochain dans la ferme de Béatrice Moreau dans la Marne.

Ivan Logvenoff