Comment est né ce documentaire sur l’agriculture de conservation des sols ?

François Stuck : C’est dans le Lot, chez mon voisin, qui pratique lui-même l’agriculture de conservation des sols, que j’ai découvert ce système. J’ai commencé par faire un court reportage sur le sujet, qui a été diffusé au cinéma local et sur ma web-tv, et c’est là que Sarah Singla, une agricultrice qui est reconnue dans ce domaine, l’a vu. Elle m’a alors contacté, il y a un an et demi, pour me dire qu’elle souhaitait faire un film sur le sujet avec son association, Clé de sol. Sans son soutien, le film n’aurait pas pu exister.

Pourquoi s’intéresser à cette technique en particulier ?

Ce qui m’intéresse par-dessus tout, c’est ce qui est au-delà du technique, cette façon dont les hommes répondent ensemble à un problème, en réunissant leurs expériences, en prenant des risques, et en s’engageant collectivement. Car l’agriculture de conservation des sols a été développée par des groupes d’agriculteurs passionnés, en dehors des grandes instances, sans se préoccuper du regard des voisins ou de la pression. Dans le film, vous ne trouverez que des agriculteurs. Nous avons fait le tour de plusieurs groupes d’exploitants, pour montrer comment ils s’organisent, et comment ils expérimentent.

Comment la question du désherbage chimique est-elle traitée dans le film ?

Le film parle bien du glyphosate. Pour ceux qui le verront, vous entendrez un agriculteur s’interroger : est-ce que l’on réfléchit sur les résultats, ou sur les outils de l’agriculture ? Pour moi, l’agriculture de conservation des sols travaille comme une troisième voie, entre le conventionnel et le biologique, avec une idée d’évolution des techniques. De nombreux agriculteurs aimeraient d’ailleurs tendre vers le bio en agriculture de conservation, et si on trouve demain une solution pour se passer de désherbant, ils seront preneurs.

Quel changement l’agriculture de conservation des sols représente-t-elle, selon vous, dans le monde agricole ?

Ce que l’agriculture des sols propose, c’est de modifier l’image de laboureur que les paysans peuvent avoir. Ce système change le paradigme, en interrogeant les manières de cultiver, les raisons mêmes de cultiver. Aujourd’hui, l’agriculteur n’est plus celui qui se contente de retourner la terre, il la regarde, il essaye de comprendre son fonctionnement, et ce rapport est fondamentalement différent. Ce film s’inscrit aussi dans une thématique sur la dignité que j’essaie de développer, en questionnant la perception des agriculteurs par le reste de la société.

Où est en le projet ?

Je suis en train de terminer le montage, le film devrait être prêt au début du mois de février, et nous recherchons actuellement un distributeur. Mais il y aura deux circuits de distribution : le premier officiel, dans les salles, et le second, par les agriculteurs eux-mêmes. Nous aimerions nous appuyer sur les réseaux agricoles pour organiser des projections débats partout en France.

L’idée n’est pas de présenter l’agriculture de conservation des sols comme une solution miracle, mais de créer de véritables débats et d’échanger sur les moyens de rendre l’agriculture plus durable. Les agriculteurs intéressés peuvent nous contacter dès maintenant pour organiser des événements près de chez eux s’ils le souhaitent !

Bienvenue les vers de terre - La bande annonce from Actualités Locales au Cinéma on Vimeo.

Propos recueillis par Ivan Logvenoff