Interdire la « mixité » des exploitations, ainsi que l'envisage le futur règlement européen, « freinera les conversions », avertit la Coordination rurale dans un communiqué du 27 mars 2014.

« La Commission européenne propose de durcir le régime de certification de l'agriculture biologique, en vue de rassurer les consommateurs. Sur le principe, la Coordination rurale est pour car elle dénonce depuis des années les importations “bio” qui ne correspondent en rien aux exigences du cahier des charges de l'agriculture biologique. Cependant, la Commission européenne envisage surtout d'interdire la mixité des exploitations ; elle commet là une grave erreur car, aujourd'hui, les surfaces affectées à l'agriculture biologique plafonnent à 5,4 % en Europe. Pour la CR, cette mesure entraînera la stagnation, voire la régression du mouvement bio ! »

« Le label “agriculture biologique” (AB) est encadré par un cahier des charges qui engage les producteurs sur leurs pratiques et pour un nombre de parcelles donné. Se convertir en AB implique des modifications importantes pour une exploitation dont les frais dépassent de loin les économies réalisées sur le non-usage des produits phytosanitaires :

- développement de la masse salariale,

- investissement dans du matériel agricole performant, car les délais d'intervention possibles avec des auxiliaires sont extrêmement courts,

- création d'ateliers de stockage ou de transformation,

- démarche commerciale vers une clientèle nouvelle... »

« La CR souligne qu'il y a donc de multiples raisons valables pour ne pas convertir l'ensemble de son exploitation en AB : productions sans cahier des charges, présence ou absence de débouchés, productions compliquées techniquement, capacités agronomiques des sols variables, organisation du travail, limitation des risques techniques et économiques... C'est pourquoi il est primordial qu'un agriculteur puisse rester libre de choisir son mode de culture, et donc la mixité, comme cultiver des légumes en bio et des céréales en conventionnel ou encore avoir un atelier d'engraissement de jeunes bovins conventionnel et un atelier d'engraissement des vaches de réforme en AB. »

« Les exploitations mixtes sont contrôlées très sérieusement, la fraude n'est pas possible. Lorsque des résidus de pesticides sont retrouvés, c'est généralement quand les produits ont déjà quitté l'exploitation agricole. Ce sont le plus souvent des contaminations dues à l'utilisation successive des mêmes matériels de transport et de stockage pour les produits AB et conventionnels qui en sont la cause. L'interdiction de la mixité ne résoudra donc pas le problème des résidus ! »

« Par contre, il est indéniable que cette mesure freinera les conversions ! Elle fera même revenir au conventionnel des fermes mixtes et incitera à la division des structures pour contourner la règle. »

« La Coordination rurale invite le Parlement européen à considérer cette proposition avec la plus grande attention ; l'issue sera décisive pour l'agriculture biologique », conclut le communiqué.