Alors que l’instruction de la campagne touche à sa fin, les prévisions alarmistes sur les niveaux de consommation des enveloppes bio se confirment… Et parfois, la situation est pire que prévu : « Dans ma Région, on a consommé deux fois plus que ce qu’on avait estimé… », révèle Stéphanie Pageot, présidente de la Fnab, à la tête d’un élevage laitier dans les Pays de la Loire. La Fédération nationale des agriculteurs bio a donc convoqué la presse mercredi pour alerter, une fois de plus, sur le manque de financement pour l’agriculture biologique.

Cinq Régions ont consommé la totalité de l’enveloppe

À la fin de 2016, cinq Régions ont consommé la totalité de l’enveloppe qu’elles avaient prévue pour la bio sur les six années de la programmation, et quatre autres l’ont consommée à plus de 80 % (1). Au niveau de l’Hexagone, 88 % de l’enveloppe bio prévue dans les PDR (programmes de développement rural) en 2014 est consommée. Et ce, malgré les plafonds mis en place dans la plupart des Régions sur la conversion entre 2015 et 2017 (seuls l’Île-de-France, les Hauts-de-France et l’Alsace n’ont imposé aucun plafond ; ailleurs, la conversion est plafonnée de 10 000 à 45 000 €) et le ciblage, le plafonnement, voire la suppression de l’aide au maintien.

Arrivées à mi-parcours de la programmation, les Régions ont aujourd’hui la possibilité de demander à Bruxelles la possibilité de réaliser une modification de leur PDR, pour faire glisser davantage de crédits vers la bio. Mais il faut pour cela du cofinancement national, que l’État ne veut plus assumer pour ce qui concerne l’aide au maintien. « Il renvoie la balle aux agences de l’eau, qui ont un budget réduit », souligne Stéphanie Pageot. Pas sûr que les Régions, même de bonne volonté, réussissent à faire glisser de l’argent sur la bio…

« Nous n’avons plus de nouvelles »

Quant au transfert de 650 M€ du premier pilier vers le second, la bio risque de n’en toucher que des miettes. La plus grosse part ira sur l’ICHN. Les Régions ont demandé que 180 M€ soient réservés aux politiques sur lesquelles elles ont la main, qui incluent la bio, mais pas seulement : les MAEC, le soutien aux investissements, etc. « La dernière proposition que leur a faite le ministère portait sur 59 M€ au lieu de 180… Depuis, nous n’avons plus nouvelles », rapporte la présidente de la Fnab. Pas de nouvelles non plus sur les 200 M€ réservés aux paiements pour services environnementaux, promesse de campagne rappelée à Rungis par le président Macron… « Nous pensons y avoir droit, vu les services rendus à la collectivité par nos pratiques… Mais personne, au ministère ou à Matignon, ne peut nous dire ce qu’il en est, et il n’y a rien à ce sujet dans le projet de loi de finances », se désole encore la Fnab.

Pour noircir encore le tableau, « on a des signaux inquiétants de la part des Régions, qui discutent, avec l’État, de la possibilité de réduire l’aide à la conversion sur trois ans au lieu de cinq… », s’inquiète Stéphanie Pageot.

Les promesses vont bon train

À côté de cela, les promesses vont bon train, qu’il s’agisse d’introduire 50 % de bio à la cantine ou d’augmenter la part de production bio dans les plans de filière, discutés à la suite des EGA. « Mais nous ne voyons pas comment il pourra y avoir une transition agricole sans soutien à la bio », prévient la Fnab. Elle évalue le besoin total à 410 M€ pour terminer la programmation sur la dynamique actuelle (conversion et maintien).

« Ce n’est pas insurmontable pour le budget de l’État, c’est un arbitrage politique en faveur d’une agriculture non bio », dénonce la fédération. L’argent que le ministère ne dépensera pas pour cofinancer l’aide au maintien sera, de fait, dépensé pour financer d’autres mesures du second pilier, puisque l’ensemble du second pilier appelle un cofinancement national…

Bérengère Lafeuille