Dimanche dernier, un céréalier de Loyettes, qui effectuait un passage de désherbant dans ses champs, a été agressé à coup de poing par un riverain. Selon les informations de la chambre d’agriculture, l’homme était en train de se promener avec ses chiens. Inquiet de l’effet du traitement sur les animaux, il aurait interpellé l’exploitant de manière agressive, et les choses auraient rapidement dégénéré.

Comme en atteste une photo diffusée sur internet, l’exploitant a reçu de nombreux coups de poing, une dizaine d’après nos collègues de l’Ain agricole, qui ont les premiers évoqués l’affaire. Une enquête de la gendarmerie est en cours, mais les forces de l’ordre, interrogées par La France Agricole, préfèrent garder le silence sur le sujet. L’agriculteur, lui, aurait été arrêté trois jours.

Tensions dans le monde rural

L’agriculteur et son agresseur n’en étaient pas à leur premier échange difficile. « Il y a eu une altercation au mois de décembre au moment des semis, pour des histoires de bruit », confie le président de la chambre d’agriculture de l’Ain, Michel Joux.

Loyettes est un village résidentiel proche de Lyon où beaucoup d’urbains ont élu domicile. Selon Michel Joux, cette agression illustrerait une tension croissante entre les exploitants et les nouveaux ruraux. « On a peur que ces faits puissent se réitérer. Aujourd’hui ce sont les phytos, après les engrais, puis les fumiers et un jour on ne pourra plus bouger le petit doigt ».

Pourtant, selon le président de la chambre, si la campagne attire, c’est bien grâce aux agriculteurs eux-mêmes. « Ce sont les agriculteurs qui ont façonné le paysage. Ils peuvent d’ailleurs en être fiers. L’agriculture française peut faire des progrès, mais elle reste l’une des plus durables du monde ».

L’utopie d’un lendemain sans pesticides

« C’est difficile parce qu’on n’est pas en tort, mais ces cas-là, il vaut mieux que l’agriculteur fasse le dos rond », estime Michel Joux. Des formations à la communication ou des opérations fermes ouvertes peuvent aider à renouer les liens entre les exploitants et leurs voisins. Cependant, la gravité des tensions exige d’autres pistes d’action.

« Il y a des choses pratiques aussi, comme minimiser les nuisances en adaptant les horaires de travail. Beaucoup d’agriculteurs le font déjà ». Alors, les agriculteurs doivent-ils céder aux critiques, et se débarrasser de leurs pulvérisateurs sous la pression de l’opinion ? « On le dit haut et fort, il faut minimiser l’emploi des pesticides, et ça serait très bien qu’on puisse s’en passer », confirme Michel Joux.

Un changement qui exige le soutien de toute la société, au-delà du seul monde agricole. « Il va falloir nous laisser du temps, et nous aider », appelle Michel Joux. Les déclarations du ministre de l’Agriculture Didier Guillaume, soutenant la recherche et l’expérimentation en matière d’alternatives, vont ainsi pour lui dans le bon sens.

« Il faut arrêter la spirale infernale »

« Plus vert, et moins cher, on ne sait pas faire », lance Michel Joux. Impossible pour lui de demander à tous les agriculteurs de se convertir à l’agriculture biologique, si les prix doivent rester ceux du conventionnel. Des prix rémunérateurs, la chose est entendue, demeurent l’un des principaux leviers de la transition.

Conserver des agriculteurs motivés et fiers, sans coquards ni sans cicatrices, sera également un prérequis pour mettre en œuvre les changements désirés par les consommateurs. « Si on continue de taper sur les agriculteurs, et que ceux-ci se découragent, les consommateurs finiront par manger des produits du bout du monde, qui n’ont pas les mêmes cahiers des charges que nous », rappelle Michel Joux.

« Il faut arrêter la spirale infernale qui martèle depuis deux ans que les agriculteurs sont des bons à rien », supplie Michel Joux. Et avant toute promesse politique, il prône l’apaisement, et le dialogue. « Nous sommes ouverts. Nous sommes d’ailleurs prêts, au niveau de la chambre, à discuter avec les associations environnementales. Il faut qu’elles deviennent nos alliées, plutôt que de rester de rudes adversaires ».

Ivan Logvenoff