Quelque 70 éleveurs ont manifesté lundi devant la coopérative Lur Berri à Aïcirits (Pyrénées-Atlantiques), propriétaire à 99 % de l'entreprise Spanghero, pour dénoncer la politique d'expansion menée par la coopérative.

« La politique de Lur Berri est de grossir encore et encore jusqu'à se prendre les pieds dans le tapis », a martelé Jean-Paul Duhalde, responsable du syndicat agricole basque ELB, selon l'AFP.

« Lur Berri a été créée pour amener de la valeur ajoutée aux productions locales. Elle fait tout le contraire », a-t-il estimé.

Selon lui, « l'affaire Spanghero en est l'illustration car avec de tels agissements Lur Berri maintient des prix très bas, aux antipodes de sa raison d'être ».

Les éleveurs, qui brandissaient des banderoles portant l'inscription « Coopérative Lur Berri : s'entraider sans trader », estiment que leurs dirigeants « qui sont censés être des paysans doivent veiller au maintien des productions locales et laisser les transactions de malfaçon à d'autres ».

Lur Berri est un groupe coopératif rassemblant quelque 5.000 agriculteurs et ayant des activités dans tous les secteurs intéressant l'élevage : nutrition animale, collecte de céréales, production d'animaux (ovins, bovins, porcs, palmipèdes) ou encore la vente d'équipements pour l'élevage et même de jardinerie. Son chiffre d'affaires consolidé a atteint, selon son site internet, 1,12 milliard d'euros en 2011-2012 contre 610 millions en 2010-11, soit une hausse de 85 %.

Le groupe compte trois grandes divisions : un pôle agricole, un pôle grand public (jardinerie notamment) et un pôle agroalimentaire au sein duquel on trouve Spanghero, ou encore Labeyrie Fine Foods.

Pour la Confédération paysanne, cette affaire remet en question « le gigantisme des coopératives », selon un communiqué diffusé vendredi 15 février 2013.

« C'est la conséquence d'un fonctionnement de multinationale basé seulement sur la recherche du profit maximum » au détriment des paysans et des consommateurs, déplore la Confédération paysanne. « Cela ne peut pas être celui d'une coopérative », insiste le syndicat.

« Où est l'esprit de coopération quand il ne s'agit plus que de se comporter comme n'importe quelle multinationale au mépris des paysans du Sud-Ouest qui en en sont pourtant les seuls actionnaires ? », interroge-t-il. Le syndicat condamne une action de « dumping » qui va « à l'encontre de la mission des coopératives de vendre et rétribuer les produits de ses coopérateurs ».

« Avec la loi d'avenir pour l'agriculture, les pouvoirs publics doivent mettre un frein à ce fonctionnement de multinationale » qui favorise la « multiplication de filiales comme c'est le cas chez Lur Berri », estime la Confédération paysanne. Ce mode de fonctionnement court-circuite « l'échelle humaine » et la gouvernance « par et pour les paysans » qui est la règle dans les coopératives, se désole la Confédération paysanne.

Le contrôle des coopératives doit revenir aux paysans « pour aller réellement dans le sens du soutien à la production », insiste le syndicat.

Le Modef, de son côté, a appelé vendredi les 5.000 adhérents coopérateurs de Lur Berri, ses filiales et ses partenaires directes « à reprendre en main leur outil coopératif en exigeant la tenue d'assemblées générales extraordinaires ».

Le syndicat agricole estimant que « les responsabilités des présidents, vice-présidents et directeur de Lur Berri et Spanghero sont engagées », demande un « signe fort » témoignant de la « volonté de remettre le groupe sur les rails et de revenir aux fondamentaux de la coopération » par leur démission.

« Agriculteurs et salariés ont été trahis et ce n'est pas à eux de faire les frais des fautes graves commises par leurs dirigeants agriculteurs et directeur », martèle le Modef.

Au-delà du scandale qui touche la coopérative Lur Berri, le Modef « appelle l'ensemble des agriculteurs coopérateurs à tirer les enseignements de la stratégie, la gestion et la gouvernance des coopératives. Chaque coopérateur adhérent devrait être fier de son outil coopératif et serait en droit d'attendre une vraie plus-value en termes d'image, de qualité, de sécurité, d'attachement et de vie des territoires ; or aujourd'hui, l'affaire Lur Berri démontre le contraire », interpelle le syndicat.