Le village a fait la une des médias en 2016, après l’attaque d’une promeneuse par les patous. « Elle a failli mourir, raconte Yann Souriau. Elle est restée un mois à l’hôpital. Elle garde de graves séquelles mais elle est tirée d’affaire. »

Aujourd’hui, avec le recul, le premier magistrat de la commune estime que le drame devait arriver. « Les patous sur l’estive étaient devenus très méchants, explique-t-il. Ils étaient harcelés par les loups qui attaquaient quotidiennement. Cela avait renforcé leur agressivité envers quiconque approchait des brebis. « Depuis lors, nous avons pris des mesures pour détourner les chemins de grandes randonnées des alpages, par mesure de sécurité. Finalement, nous abandonnons notre territoire au loup. »

Dans le même temps, les dégâts sont toujours plus importants sur les troupeaux. « Nous vivons au milieu des cadavres, c’est une abomination de devoir achever les brebis, les animaux qui agonisent, ajoute Yann Souriau. J’ai beaucoup de mal à convaincre les éleveurs à continuer de pâturer sur la commune. »

Le danger augmente

Autre problème : après les ovins, les bovins sont maintenant concernés par les attaques. Les chercheurs l’avaient d’ailleurs prédit. « Outre le préjudice sur le bétail, ces attaques s’avèrent très dangereuses, explique Yann Souriau. Un groupe de randonneurs sur la commune a bien failli être “emporté” par les génisses dévalant les pentes, apeurées par les loups. Les marcheurs se sont couchés à terre précipitamment, derrière un buisson. In extremis, ils ont évité l’accident mais restent profondément bouleversés. »

Les villageois croisent les prédateurs de plus en plus fréquemment. Ils ont peur pour leurs enfants. « Plus aucun ne campe dans le jardin à l’arrivée des beaux jours comme autrefois, précise Yann Souriau. Les sorties de nuit sont interdites pour les enfants et les balades en journée se font plus rares. « Nous sommes en train de nous replier complètement sur nous-mêmes, regrette-t-il. Nous n’osons même plus raconter nos problèmes à nos collègues, car on nous reproche de ressasser toujours la même chose. »

Pour autant, Chichilianne continue le combat, comme de nombreuses municipalités de l’Isère. La commune adhère à l’Usapr et a allumé un feu de détresse le 15 septembre à 20 heures, comme 130 autres communes en Europe. Le but était de mettre en lumière la problématique de la prédation. « Un grand nombre des élus de la communauté de communes était présent, souligne Yann Souriau. Ce combat obtient l’assentiment de plus en plus d’élus. Il y a une forte solidarité sur le sujet. Cela nous aide à faire face à la désespérance que provoque la prédation. »

Feu de d’alarme à Chichilianne le 15 septembre. Éleveurs, bergers, chasseurs, élus ou habitants du village étaient réunis autour du feu.

« On a fait semblant de nous écouter »

Yann Souriau a aussi participé à une opération de sensibilisation de l’opinion publique sur la route des vacances au début de l’été. « Nous collectons et envoyons des échantillons d’indices de loup à un laboratoire pour savoir si les prédateurs qui sévissent sur la commune sont hybrides ou non », déclare-t-il, espérant trouver là un argument pour exiger l’élimination d’une partie des loups.

Comme dans beaucoup de territoires ruraux, les propositions du gouvernement concernant le prochain plan loup 2018-2023 sont très mal vécues à Chichilianne. « C’est un retour en arrière énorme, explique l’élu. On a fait semblant de nous écouter pendant plusieurs années. Le ministère se décrédibilise totalement. »

M.-F. M.