« Aujourd’hui, il n’y a pas le feu à la maison. L’arrivée des investisseurs dans le vignoble bourguignon est presque ridicule : des propriétés se vendent, mais la surface concernée représente très peu, seulement 2 % de la surface viticole globale de la région. » Pour Claude Chevalier, président délégué du Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB), le phénomène est à relativiser.

« On n’est pas en train de basculer »

Interrogé sur le sujet lors d’un colloque de l’Association française de droit rural (AFDR) sur le portage du foncier, à Mâcon, au début de décembre, le viticulteur s’est voulu rassurant : « Évidemment, quand on entend que le domaine Le-Clos-de-Tart s’est vendu à 260 millions d’euros, c’est affolant. La famille Pinault s’est fait plaisir, elle s’est acheté une œuvre d’art… Mais au fond, en réalité, c’est anecdotique. On n’est pas en train de basculer. La viticulture bourguignonne continuera à être en partie familiale. »

Claude Chevalier est viticulteur à Ladoix, en Côte de Beaune. Il a participé début décembre au colloque sur le portage foncier, organisé à Mâcon par l’AFDR. © R. Aries/GFA

Et pour Claude Chevalier, certains viticulteurs souhaitent l’arrivée de ces nouveaux acteurs. « J’en connais plein qui me disent que jamais ils ne vendront à un gros investisseur. Mais quand arrive l’heure de la transmission, l’intérêt change, et nombreux sont ceux à finalement aller les chercher pour vendre au plus offrant. Si je ne trouve pas ça normal, je le comprends. C’est dans l’ère du temps. »

Manque d’anticipation

Le phénomène ne facilite pas les transmissions qui ont, de toute façon, déjà du mal à se faire : « D’abord, il y a aujourd’hui des enfants qui n’ont pas envie de reprendre. Avant, on le faisait par choix ou par contrainte, mais c’était systématique. Pas aujourd’hui. » Et il y a aussi la crainte que cette succession coûte cher : « La plupart des viticulteurs ne vont jamais faire faire à leur notaire ou leur comptable une évaluation de ce que ça va leur coûter de transmettre, ils préfèrent mettre la tête dans le sable plutôt que d’entendre un chiffre qui va les affoler. Donc ils laissent faire. »

« La Bourgogne n’est pas toute hors de prix »

Il faut juste surveiller le phénomène, poursuit Claude Chevalier. « Mais, regardez : si 7 ha de vigne ont été vendus à 260 millions, je connais quelqu’un qui vient d’acheter 4 ha de vigne à 20 millions d’euros sur une appellation village. Cela veut bien dire que toute la Bourgogne n’est pas encore hors de prix. Il convient de ne pas faire d’un exemple une généralité. »

Même si, pour rappel, avec le château de Pommard, le domaine Bonneau du Martray, le Clos des Lambrays, le Clos de la Commaraine… la liste n’en finit pas de s’allonger.

Rosanne Aries