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VARENNE DE L’EAUUn grand chantier pour adapter l’agriculture

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Les ouvrages de stockage d’eau pour l’irrigation seront © Sébastien Champion

Se prémunir contre les aléas du changement climatique et prévoir les modalités d’accès à l’eau pour préserver l’agriculture, telle est l’ambition du « Varenne » lancé la semaine dernière par Julien Denormandie et Bérengère Abba. Les attentes sont grandes
sur le terrain et tous les acteurs attendent du concret sur le long terme.

Voulu par le président de la République, le Varenne agricole de l’eau et de l’adaptation au changement climatique a officiellement été lancé le 28 mai par le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, et la secrétaire d’État chargée de la Biodiversité, Bérengère Abba. Avec une volonté forte : faire émerger ensemble des solutions concrètes pour adapter l’agriculture aux défis climatiques. « L’objectif est de faire de ce Varenne de l’eau quelque chose d’opérationnel. Il ne s’agit pas uniquement de poser des constats, mais de trouver des moyens pour regagner notre indépendance face aux aléas du changement climatique », a martelé Julien Denormandie.

Pour Bérengère Abba, « volontarisme » et « absence de tabou » doivent prévaloir. Ce travail entend se fonder « sur la science » et « capitaliser sur les travaux existants pour mettre en place de nouveaux dispositifs ». Il s’inscrit ainsi dans la continuité des Assises de l’eau, qui se sont tenues en 2018 et 2019. Le Varenne est « un focus sur un des secteurs très impacté par ce sujet de l’eau, et qui garde l’esprit positif des Assises visant à mettre tous les acteurs concernés autour de la table », s’est félicitée Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, lors d’une interview accordée à La France Agricole le 31 mai (lire aussi page 25).

Calendrier serré

Si l’ambition est grande, le calendrier est serré. Les travaux doivent en effet aboutir, dès janvier 2022, à une « feuille de route opérationnelle » pour les trois thématiques ciblées dans ce Varenne. Chacune sera portée par des personna­lités mandatées par les ministres, qui auront pour mission de constituer des groupes de travail avec les parties prenantes volontaires (agriculteurs, élus, ONG…).

La première thématique concerne la gestion des risques, pour laquelle le gouvernement veut aller vite puisque les premiers arbitrages devraient intervenir durant l’été (lire l’encadré). Le deuxième chantier vise à renforcer « la résilience de l’agri­culture dans une approche globale ». Les leviers d’action concernent notamment les sols, les variétés, les pratiques culturales et d’élevage, les infrastructures agroécologiques et l’efficience de l’eau d’irrigation. Des diagnostics vont être réalisés par les filières via l’Inrae et les instituts techniques (y compris pour les fourrages et les prairies), mais aussi à l’échelon régional par les chambres d’agriculture pour visualiser les effets du changement climatique au niveau du territoire. Objectif : « Aboutir à des stratégies d’adaptation croisant filières et territoires », explique Anne-Claire Vial, présidente de l’Association de coordination technique agricole (Acta) et de ce groupe de travail. La dernière thématique, et non des moindres, concerne les ressources en eau. Un sujet hautement sensible qui oppose agriculteurs et organisations environnementales.

Lever les freins

Ce groupe de travail abordera notamment la sécurisation des projets de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE). « Il s’agit d’un outil important car il permet de gérer cette question de l’eau tous ensemble, dans la concertation », affirme Barbara Pompili. « 43 projets ont déjà été adoptés et 30 sont en cours d’instruction », a chiffré Bérengère Abba. Mais tout le monde s’accorde à dire qu’il faut aller plus vite pour leur mise en œuvre, afin d’arriver aux objectifs fixés en 2019 lors des Assises de l’eau (50 PTGE d’ici 2022 et 100 d’ici 2027). « Il faut avoir une vision raisonnée de l’accès à la ressource en eau pour l’ensemble des usages, mais sur le long terme », soutient Luc Servant, président de la chambre d’agriculture de Nouvelle-Aquitaine et de cette troisième thématique (avec Jean Launay, président du Comité national de l’eau). Selon lui, « pousser la réflexion plus loin sur le volet agricole est nécessaire, car le décret sur la gestion quantitative de l’eau qui doit bientôt sortir ne va pas assez loin par rapport à la mise en œuvre des actions, tel que le stockage ». Il plaide aussi pour que les Sdage (1), actuellement en cours de révision pour 2022-2027, prennent en compte les travaux du Varenne.

Mobiliser davantage les gisements existants

Une meilleure mobilisation des gisements existants est un autre axe de travail pour sécuriser les usages, au travers du stockage, du transfert, de l’utilisa­tion des eaux usées… « Même si tout cela n’interdit pas la recherche d’économies d’eau », insiste Luc Servant. Enfin, une réflexion prospective va être menée sur la politique d’aménagement à l’horizon 2050, et sur la gestion des événements extrêmes, dont les crues et la sécheresse. « On ne peut pas accepter que, sur le même secteur, au mois de février on soit en crue, et qu’au mois d’avril il y ait des arrêtés d’interdiction d’irriga­tion comme ce fut le cas en Charente-Maritime », pointe-t-il.

Le chantier est donc énorme, et les attentes sont nombreuses sur le terrain, avec une demande de visibilité à long terme. Pour la FNSEA, « il y a urgence à débloquer les projets d’ouvrages de stockage d’eau dans le cadre des PTGE, et de sécuriser juridiquement […] les autorisations de prélèvements, dont les remises en cause incessantes plongent les agriculteurs dans l’incertitude. » Reste à savoir si les actions qui découleront de ce Varenne apaiseront les tensions. France Nature Environnement a d’ailleurs annoncé qu’elle ne participait pas à ce « comité monté de toutes pièces, en dehors de tout cadre de concertation déjà existant sur les questions d’eau ».

Isabelle escoffier

(1) Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux.

Premiers arbitrages à l’été pour la réforme des outils de gestion des risques

Premier chantier du Varenne agricole de l’eau : la gestion des risques. La thématique sera portée par Frédéric Descrozaille, député LREM chargé par le ministre de l’Agriculture du rapport sur ce sujet, et par Hervé Lejeune, membre du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER), qui a déjà travaillé sur l’évolution du fonds des calamités agricoles. C’est d’ailleurs sur ce sujet que Julien Denormandie compte plancher dès cet été, en faisant évoluer les modalités de gouvernance du Fonds national de gestion des risques agricoles (FNGRA). Le ministre de l’Agriculture prévoit également de lancer des comités départementaux de suivi sécheresse. Une instruction à destination des préfets devrait bientôt préciser les modalités de ceux-ci. Sur la refonte de l’assurance récolte, l’objectif est que les premières décisions puissent être inscrites au projet de loi de finances de 2022, a indiqué Julien Denormandie. « Avec la nouvelle Pac 2023, l’effectivité des nouveaux dispositifs d’assurance récolte sera pleine et entière », a-t-il ajouté.

A. G.

Plus d'infos sur le sujet

Le décret

sur la gestion quantitative de l’eau (qui définit juridiquement les volumes prélevables) doit être présenté le 16 juin en Conseil des ministres et publié à la fin de ce mois.

20 M€ supplémentaires pour l'innovation

Julien Denormandie a insisté sur les besoins en innovation pour se prémunir des aléas climatiques. Il a ainsi annoncé une enveloppe complémentaire « d’au moins 20 millions d’euros », sous forme d’un appel à projet lancé prochainement. Un financement relié à la thématique n°2 du Varenne de l’eau, qui porte sur la résilience de l’agriculture. Ces 20 M€, alloués au titre du volet agricole du plan France Relance s’ajoutent aux 200 M€ déjà consacrés aux investissements de protection contre ces aléas.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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