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Un plan pour des protéines« made in France »

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Réduire notre dépendance aux importations de matières riches en protéines, améliorer l’autonomie alimentaire des élevages et développer une offre de produits locaux en matière de légumes secs : voilà les trois priorités sur lequel le plan national sur les protéines végétales s’attelle à l’horizon de deux ans, via le plan « France Relance ».

Mardi 1er décembre, le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Julien Denormandie, a enfin dévoilé la stratégie nationale « Protéines végétales ». Initiée par le président de la République, elle avait déjà été annoncée le 3 septembre dernier par le gouvernement au travers du Plan de relance de l’éco­nomie française.

Souveraineté alimentaire

Issue de concertations avec différents acteurs (professionnels, chercheurs, associations environnementales…), cette stratégie a pour but d’améliorer la souveraineté alimentaire en matière de plantes riches en protéines en réduisant la dépendance aux importations, notamment celles de soja en provenance du continent américain. Là où les pays produisent dans des conditions qui reviennent à « importer de la déforestation ». Les deux autres priorités sont l’amélioration de l’autonomie alimentaire des élevages français et le développement de protéines végétales pour l’alimentation humaine.

Le ministère indique que pour avoir un effet « booster », « des moyens financiers inédits vont être mis en œuvre afin d’initier le déploiement de cette stratégie à horizon de 2 ans ». Elle sera amorcée par le plan « France Relance », à hauteur de 100 millions d’euros. S’ajouteront les investissements du 4e Programme d’investissement d’avenir et de Bpifrance.

Hausse des surfaces de 40 % dès 2022

Alors qu’actuellement près d’1 million d’hectares (Mha) sont semés avec des espèces dites riches en protéines végétales (soja, pois, légumes secs, luzerne, légumineuses fourragères…), le plan prévoit que ces surfaces augmentent de 40 %, soit + 400 000 ha, en 2 ans. Et à l’horizon 2030, la sole devra être doublée pour atteindre 8 % de la surface agricole utile, soit 2 Mha.

Sont concernées les légumineuses à graines que sont le soja, le pois, la féverole, le lupin, la lentille, le pois chiche, les haricots, le petit pois, les pois cassés et les fèves. Côté fourragères : la luzerne, le trèfle, le lotier, le sainfoin et la vesce. Le colza, le tournesol et le lin sont, par ailleurs, les oléagineux ciblés par cette stratégie.

Sur cette enveloppe de 100 M€, 50 M€ seront dédiés au soutien de la structuration des filières et des investissements sur l’aval. « En effet, l’un des freins au développement de la production des espèces légumineuses est lié au manque d’organisation et d’investissements de la part de l’aval de la filière : manque de débouchés rémunérateurs, absence de silos pour stocker les récoltes… Les investissements nécessaires concernent les capacités de séchage des légumineuses fourragères (luzerne), les capacités logistiques et de transformation des graines riches en protéines et des aides à la structuration de filières, au travers de projets collectifs­ », ajoute le ministère de l’Agriculture­.

En outre, des soutiens financiers vont aussi être apportés pour l’acquisition de matériel pour le transport, tel que des bennes à grand volume par exemple ou encore la création d’outils de trituration des graines.

« Pour accroître les productions de légumineuses ou d’oléoprotéagineux, nous avons aussi obtenu il y a quelques semaines la possibilité par l’Europe d’utiliser un certain nombre d’aides spécifiques, notamment les aides couplées, a de plus expliqué Julien Denormandie lors de la conférence de presse. La mise en œuvre de ces dernières interviendra dans le cadre de la réforme en cours de la Politique agricole commune. »

Pour le deuxième grand axe, 20 millions d’euros seront divisés en deux, avec tout d’abord 10 M€ pour les investissements en matériel (récolte, tri, stockage­, séchage, transformation de graines…). Les 10 M€ restant cibleront les achats de semences pour inciter les éleveurs à enrichir les prairies existantes. « Les semences financées permettront l’enrichissement durable des prairies en espèces de légumineuses fourragères, ajoute le ministère, qui précise que cela correspond à au moins 100 000 hectares de prairies en légumineuses fourragères. »

30 M€ pour la recherche
et le développement

L’État va enfin dédier 30 M€ pour soutenir la recherche et le développement ainsi que l’accompagnement dans l’utilisation des nouvelles protéines. Tout d’abord, 20 M€ seront consacrés à la recherche et au développement, en particulier sur la question des semences. « Un sujet sur lequel la France a une expertise d’excellence au niveau international », a jugé le ministre. Plusieurs programmes sont ainsi en cours de montage, coordonnés par Terres Inovia avec l’Idele et Arvalis. Ils donneront lieu à des conventions organisant le co-financement par les professionnels et le plan de relance.

Le ministère souhaite également accroître l’innovation dans les entreprises en matière d’obtention variétale et de développement de nouvelles formes de protéines pour un certain nombre d’usages agroalimentaires à l’aide d’un financement­ de 7 M€.

« On sait, par ailleurs, qu’il y a un déficit de consommation de légumineuses, par exemple pour les enfants, comme le recommande le plan national sur la stratégie alimentaire », a complété Julien Denormandie. C’est pourquoi 3 M€ soutiendront la promotion de la consommation de légumes secs.

Céline Fricotté

Une concrétisation pour la Fop, insuffisant pour la CR et la Confédération paysanne

« C’est pour nous la concrétisation d’un travail de fond qui a été mené depuis des années, a noté Arnaud Rousseau, président de la Fop (Fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux). Ce n’est pas le premier plan protéines mais force est de reconnaître que rarement il avait été accompagné d’une telle volonté politique, avec de tels moyens financiers.  » Pour la Fop, il faut toutefois veiller pour que cette ambition française soit relayée à l’ensemble de l’Europe.

« Ça doit être le septième plan mais pour nous le résultat est toujours le même, et ce plan aboutira également à un échec !, juge de son côté Nicolas Jaquet, président de France Grandes Cultures (Coordination rurale). Nos marchés sont européens depuis presque 60 ans, donc si on veut améliorer notre souveraineté en matière de protéines, ce n'est pas au niveau français qu’il faut le faire. On ne pourra réussir quelque chose que si on agit sur les prix. Une taxe aux frontières, aurait une réponse plus immédiate. »

« Pour la Confédération paysanne, les précédents programmes n’ont pas permis de résoudre l’enjeu de l’autonomie protéique. Et si celui-ci est plus juste dans les enjeux de recherche d’autonomie alimentaire, notamment des élevages, il est pour nous inabouti et impossible à concrétiser. Et il ne sera pas si vertueux que ça si on ne remet pas en cause le niveau d’intensification de l’élevage », estime Nicolas Girod, porte parole du syndicat.

Une charte d’engagement réciproque

Le ministre de l’Agriculture a profité de la conférence de presse pour présenter une charte d’engagement. « Elle indique clairement ce dans quoi se lance l’État au titre de ce plan protéines et inversement ce que la filière promet au titre de l’accroissement de ces cultures, a appuyé Julien Denormandie. C’est important, car initialement la stratégie était prévue sur 10 ans, une durée qui reste essentielle, surtout quand il s’agit de modifier un certain nombre de volets culturaux, mais on a voulu accélérer cela avec un premier échelon à 2 ans et cette hausse de 40 % des surfaces. »

Plus d'infos sur le sujet

Aujourd’hui, la France est autonome à hauteur de 50 % pour les protéagineux et, en ajoutant les prairies, à 75 % environ. Ce plan a pour objectif de gagner 10 points de souveraineté protéique.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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