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Le phénomène envahit l’agriculture

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Prometteuses, les start-ups spécialisées dans les technologies agricoles se multiplient. Depuis 2015, elles atteignent des records mondiaux de levées de fonds.

Le constat est sans appel : les investissements dans le secteur des technologies agricoles, appelé aussi « AgTech », ont doublé entre 2014 et 2015 aux États-Unis. Les niveaux sont supérieurs à ceux destinés aux technologies pour la finance et les transports. Et le rythme se maintient en 2016. Ces investissements ont atteint entre 20 et 25 milliards de dollars dans le monde en 2015 (étude AgFunder et BCG, 25 octobre 2016).

Pourquoi un tel emballement ? D’abord à cause de la démographie, la planète devant nourrir 9 milliards d’êtres humains en 2050. Les investisseurs voient aussi les problématiques environnementales et la pression sociétale s’intensifier. Enfin, les évolutions technologiques sont fortes. Les fonds d’investissement diversifient leurs activités grâce à l’AgTech. Mais les analystes se méfient d’un effet de mode, déjà vu avec les start-ups d’autres secteurs d’activité. De plus, « en 2015, la restauration en ligne, qui rentre dans l’AgTech, a explosé. De grosses opérations ont aussi fait gonfler les chiffres, comme l’investissement de Monsanto dans The Climate Corporation », détaille Baptiste Tellier, du fonds d’investissement américain Fall Line Capital.

50 % de survie à cinq ans

Conséquence de la bonne forme du marché : les idées fusent et un tas d’entreprises « innovantes », au produit « disruptif (1) » qui n’existaient pas auparavant, se créent. Pas encore rentables mais prometteuses, ces start-ups attirent les investisseurs. Toutefois, en moyenne, 50 % ne voient pas de sixième année ! Pour l’heureuse élue, c’est un potentiel jackpot. Avec par exemple moins de cinq ans d’existence, Farmers Business Network (FBN) est sur le point de traverser des mois cruciaux. Fondée en 2014 en Californie, cette start-up collecte les données des agriculteurs, les analyse et leur restitue sous forme d’outil d’aide à la décision. L’agriculteur peut choisir, par exemple, les semences les mieux adaptées à ses terres. Plus de 490 variétés différentes étaient référencées sur la plate-forme en 2015. Google a investi 15 millions de dollars dans FBN la même année. Le 1er novembre dernier, c’est le fonds Acre qui met 20 millions de dollars de plus sur la table. FBN réunit aujourd’hui plus de 2 500 fermes et 3,6 millions d’hectares répartis sur 31 Etats américains. Avec une dynamique croissante, sa réussite est plus qu’engagée.

En France, des villages de start-ups

La France n’est pas en reste. Pour preuve, les communautés de start-ups créées depuis deux ans. Appelées « villages », comme les « Villages by CA » accompagnés par le Crédit agricole, ils hébergent les jeunes pousses de l’AgTech. L’un d’eux va ouvrir à Toulouse en janvier 2017. Les start-ups y peaufinent leur modèle économique, leur marketing et leur communication. Soit le nécessaire pour convaincre clients, partenaires et investisseurs. Elles se divisent en deux grands groupes. D’un côté, celles qui innovent par un produit d’un nouveau genre, comme Naïo Technologies et ses robots bineurs. De l’autre, ce sont celles du numérique qui proposent un service qui n’existait pas, comme Agriconomie avec la vente de consommables agricoles sur internet, ou encore FBN. La première produit du matériel et des données tandis que la seconde utilise des données et en produit en retour.

Ce qui les rassemble, c’est la pression exercée par la société qui implique une évolution des modèles de production. Les réglementations et les normes poussent les exploitations agricoles à s’adapter en adoptant de nouvelles techniques, comme l’agriculture de précision par exemple, ou de nouveaux services. Les start-ups se créent dans cet espace. Il faut moduler sa fertilisation ? Airinov et consorts sont là. Il faut affiner ses choix de semences ? FBN est là. Et ainsi de suite pour toutes les problématiques de l’exploitation. Les start-ups se placent pour répondre aux besoins créés par l’évolution de l’agriculture.

Si, d’un côté, des réglementations et des normes étouffantes empoisonnent la vie des producteurs, elles stimulent aussi la création de nouveaux produits et services via les start-ups. Des solutions qui font gagner en compétitivité. Mais cela demande à l’agriculteur d’investir encore, qui plus est dans des produits et services qu’il n’imaginait pas à son installation. Certains demandent donc un bénéfice tangible pour l’agriculteur, dans le cas où le produit ou service proposé utiliserait des informations ou données de son exploitation.

Encore peu de bénéfices pour la ferme

On parle désormais d’un retour de la valeur créée à l’agriculteur. Qui la propose ? Pas grand monde à en croire les détracteurs de l’AgTech. C’est pourtant le cas de FBN, moyennant toutefois 500 €/an minimum. Plus proche de chez nous, l’Acta et l’APCA lancent la société Api-Agro (lire p. 20). Elle favorisera la valorisation des données des instituts techniques auprès de services de recherche et développement, publics comme privés. Il est encore trop tôt dans ce cas pour se prononcer sur l’intérêt pour les agriculteurs.

D’autres initiatives devraient voir le jour, notamment du côté des coopératives où il se dit qu’une plate-forme de données émergerait très prochainement. Plus vague, l’Irstea et le ministère de l’Agriculture avec le programme « Agriculture innovation 2025 » avaient avancé l’idée d’une plate-forme de données ouvertes. Dans le même temps, aux États-Unis, FBN veut aller plus loin dans le service aux exploitants. La start-up organise une rencontre « Farmer2Farmer » (d’agriculteur à agriculteur) ce mois de décembre. Cette manifestation consiste en un cycle de conférences destinées à faire évoluer la ferme vers un business compétitif, en s’inspirant des méthodes et réussites de la Silicon Valley. Faut-il voir dans cette approche un modèle à suivre ? Rien n’est moins sûr.

Vincent Gobert

(1) Une innovation disruptive crée un nouveau marché et un réseau de valeur et éventuellement perturbe un marché et un réseau de valeur existant.

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Top 5

des start-ups de l’AgTech ayant bénéficié des plus gros investissements aux Etats-Unis cet été 2016

1. Indigo (100 M$), optimisation microbienne des sols

2. Ripple Foods (30 M$), lait végétal

3. FBN (20 M$)

4. DroneDeploy (20 M$), image par drone

5. Vestaron (18 M$), bioinsecticides

La « French tech » dans le temple des nouvelles technologies

La crème des start-ups agricoles françaises a suivi le programme « d’immersion/accélération » AgriNEST fin octobre dans la Silicon Valley (1). A l’initiative de Business France, l’agence d’État spécialisée dans l’export, elles ont été sélectionnées pour en bénéficier durant deux semaines sur place. Agriconomie, Elephant Vert, Naïo Technologies, Nor-Feed et The Green Data ont été formées à l’économie de la Silicon Valley et ont rencontré des partenaires techniques et des investisseurs potentiels. Elles ont ainsi vu que s’attaquer au marché de l’Oncle Sam se révèle complexe. D’un côté, l’agriculteur américain est faiblement connecté, plutôt âgé et son système est extensif. Ensuite, le pays est constitué de 50 Etats. Chacun possède sa réglementation sur les intrants, les entreprises… Les 5 start-ups tricolores peuvent se casser les dents si elles ne sont pas assez préparées. « Il faut aussi de l’argent pour venir aux Etats-Unis », confie Jérémie Wainstain, directeur général de The Green Data. Pour lui, la meilleure approche est de trouver des partenaires locaux puis de lever des fonds pour ouvrir un bureau sur place. « Pour l’instant, on va se focaliser sur l’Europe », poursuit-il. Même son de cloche chez Naïo. Agriconomie pourrait trouver des synergies avec un acteur américain, comme FBN. L’expérience européenne primera donc pour s’imposer outre-Atlantique.

(1) Pôle des industries de pointe situé au sud de San Francisco.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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