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Sia 2020Macron à l’écoute, sans faire d’annonces

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La vache Idéale, égérie charolaise de cette édition 2020, et son propriétaire Jean-Marie Goujat ont attiré tous les regards. © L. Pouchard

Le Président est venu au contact des agriculteurs, dialoguant volontiers et multipliant les messages de soutien face à l’agribashing, mais il est resté ferme sur ses positions face aux sujets sensibles comme les retraites ou les ZNT.

«Rien ne doit justifier des actions contre nos paysans. Rien. Et je serai intraitable sur le sujet », a plaidé d’emblée le chef de l’État, à son arrivée au Salon de l’agriculture, samedi 22 février. Faute d’annonce, comme avait prévenu l’Élysée deux jours plus tôt, le président de la République a donc choisi de se tenir à l’écoute des agriculteurs comme des visiteurs, des gilets jaunes aux collectionneurs de selfies. Pour sa troisième édition, Emmanuel Macron n’a, en clair, pas changé d’un iota : il est allé au contact, a longuement échangé durant 12 h 45, mais sans jamais rien céder.

Rien pour les retraités

Le président a ainsi indiqué qu’il était « impossible » de revaloriser les pensions des agriculteurs retraités à 85 % du smic, en 2020. « Je ne vais pas vous mentir, on ne peut pas gérer l’avenir et le passé en même temps », a-t-il déclaré avant d’avancer un coût de 1,1 milliard d’euros si une telle mesure était prise. Le député de LREM Olivier Damaisin avait évalué de son côté ce coût à environ 450 millions d’euros. « Ce chiffre de 1,1 milliard correspond à une revalorisation des actifs [exploitants à la retraite] et des conjoints collaborateurs », a précisé le chef de l’État à La France agricole. Il faut aussi compter les aides familiaux et les carrières incomplètes, a ajouté Olivier Damaisin. Le dossier n’est pas pour autant clos. Le gouvernement doit évaluer le coût d’un relèvement des actuelles pensions, pour peut-être en tenir compte dans le budget de 2021.

ZNT : rejet du moratoire

Les zones de non-traitement se trouvent aussi au cœur des préoccupations des agriculteurs. Au sujet d’un moratoire pour l’application du décret des ZNT, la réponse du Président ne s’est pas fait attendre : « Je ne peux pas dire moratoire car sinon le gouvernement va se prendre une condamnation. » En attendant la rédaction des chartes, Emmanuel Macron n’a pu apporter de réponse concrète. Sollicité pour mettre en place un fonds de compensation destiné aux pertes de récolte, le chef d’État a rappelé les 25 millions d’euros promis pour l’achat de matériel plus performant dans la maîtrise des risques de dérive. Une enveloppe qui ne satisfait pas la profession. « Nous lui avons dit que ce n’était pas normal, que ce petit fonds de 25 millions soit réservé à certaines filières et pas à d’autres », explique Éric Thirouin, président de l’AGPB. Cependant, Emmanuel Macron se serait engagé à travailler sur un fonds de compensation. « Je reste sur ma faim  », confie l’élu.

L’homme de la Pac…

Sur le stand de la Commission européenne, après un bref échange avec Janusz Wojciechowski, commissaire européen à l’Agriculture, le président de la République a précisé que l’échec des négociations sur le prochain budget est dû à « une série de désaccords sur plusieurs sujets ». Emmanuel Macron affirme avoir refusé de « céder à une réduction d’ambition de notre budget européen ». Ce dernier doit être « au rendez-vous des ambitions que nous nous sommes données, c’est la cohérence, a insisté le président de la République. Sur la Pac, on défend un budget ambitieux. La Pac, c’est une politique de souveraineté et d’avenir. » Pour les paiements pour services environnementaux, validés par l’Union européenne le 21 février 2020, le président de la République a indiqué que les négociations ne sont pas terminées et qu’il ne peut pas préciser davantage les chiffres déjà communiqués.

…et des promesses

Autres sujets chauds pour le président de la République, les revenus et les distorsions de concurrence. Durant la journée, les agriculteurs n’ont eu de cesse de l’haranguer sur ces sujets. Le ton était donné dès le début de journée, puisqu’à peine arrivé Porte de Versailles, Emmanuel Macron a été interpellé par plusieurs agriculteurs des syndicats majoritaires. Interrogé sur l’application de l’article 44 de la loi EGAlim, imposant qu’aucune denrée produite avec des produits non autorisés en France ne franchisse le territoire national, le Président a rappelé l’importance d’une coopération européenne sur le sujet. « On rentre dans la dernière semaine des négociations commerciales. On compte sur vous pendant la journée pour faire passer le message à nos transformateurs », lui a alors demandé Arnaud Gaillot, secrétaire général pour JA. « On va continuer à mettre la pression sur les transformateurs et les distributeurs », a répondu le Président. Lors d’un long déjeuner, les EGA ont été la largement évoqués avec les représentants des interprofessions. Certains regrettent que le gouvernement ne propose toujours pas de dispositif juridique pour encadrer les discussions qui se déroulent, dans le cadre des plans de filière, au sein des interprofessions. Emmanuel Macron a promis qu’un pacte de compétitivité, intégrant un volet agricole, verrait le jour avant la fin de l’année. Il doit renforcer la compétitivité de l’agriculture française.

Débat public sur la Pac

Les orientations de la France pour la future Pac sont aussi sur le devant de la scène. Le 23 février au Salon, la commission nationale du débat public (CNDP) a lancé imPactons, un débat national sur l’avenir de l’agriculture. Les citoyens sont invités à donner leur avis, avant le 31 juillet, sur le plan stratégique national (PSN) de la France pour la future Pac. Cinq questions seront soumises au débat : quels modèles agricoles pour la société française ? Quelle transition agroécologique ? Qu’est-ce que je mange ? Comment cohabiter dans les campagnes ? Qui décide de la politique agricole ? Dans ses conclusions, la CNDP va « alerter sur les freins et les écueils soulevés par les concitoyens » sans prendre partie sur le fond et « les décideurs devront se positionner », a assuré Chantal Jouanno, sa présidente.

La rédaction

Le Salon de l’agriculture, lieu propice aux signatures

Le Salon est l’occasion pour les acteurs des filières d’élevage de donner le clap de fin à l’édition 2020 des négociations commerciales. Chez le distributeur Lidl, huit accords et contrats tripartites y ont publiquement été signés sur la filière viande. « La principale difficulté dans la mise en œuvre des contrats tripartites est de trouver des industriels prêts à payer le prix défini en amont », note Michel Biero, directeur exécutif achats et marketing de l’enseigne. Du côté d’Intermarché, qui cumule plus de 20 000 contrats tripartites toutes filières, pas de nouvelles signatures mais l’élargissement de leur gamme « Les éleveurs vous disent merci ! » au lait biologique conditionné.

La coopération agricole laitière dresse un bilan positif de ces négociations mais demande aux distributeurs de prendre davantage en considération les coûts liés à la montée en gamme et à la segmentation.

La Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) estime que la plus large prise en compte des marques de distributeurs (MDD) dans les accords commerciaux est de bon augure. Mais si les enseignes Carrefour et Leclerc figurent dans la liste des bons élèves des états généraux de l’alimentation avec Lidl et Intermarché, la FNPL dénonce le retrait de certains distributeurs, comme Auchan et Casino.

L. Pouchard, A. Courty

Première signature de contrat au Salon pour Lidl France, avec SICAREV-CCBE Label Rouge le 24 février. © L. P.
Interpellé dès son arrivée sur le sujet des ZNT, Emmanuel Macron a opposé une fin de non-recevoir à la demande de moratoire, évoquant un risque juridique auprès des syndicalistes de la FNSEA.
Langouste (926 kg), appartenant au Gaec Camus-Huberson, d’Arnac-la-Poste (Haute-Vienne), a décroché le record de la vente aux enchères des limousines labellisables le 24 février. Michel Robert, propriétaire du restaurant Hall West à Limoges, a déboursé 10 200 € pour l’acquérir. © M.-F. Malterre
Les prix se sont envolés lors de la vente aux enchères des blondes d’Aquitaine, le 24 février. Jacinthe, appartenant au Gaec de l’Hôpital (Calvados), a remporté le top price à 26,20 €/kg de carcasse, sachant que les quatre autres femelles se sont vendues entre 17 et 26 €/kg de carcasse. © L. Pouchard
Le collectif Nouveaux champs était présent pour la première fois avec son label « Zéro résidu de pesticides ». Soixante-quatre entreprises (6 000 producteurs) y ont déjà adhéré. © J.-M. Nossant
L’association Contrat de solutions lance sa campagne sur le port des EPI avec un slogan décalé : « EPI c’est tout ». © C. Le Gall
Théo Buerle, du CFAA du Lot, a remporté les quinzièmes Ovinpiades devant Adrien Chambon (à g.) et Maëliss Mérican. © J.-M. Nossant
Vingt-quatre organismes de recherche de seize pays européens ont signé une déclaration d’intention « pour une agriculture sans pesticide chimique ». © Inrae. C. Maître
Trente start-up ont pris leurs quartiers au sein de la Ferme digitale. Parmi elles, MyEasyFarm se distingue avec une solution de gestion des ZNT riverains. © C. Le Gall
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Cet article est paru dans La France Agricole

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