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Peste porcine africaineLe contre-la-montrebat son plein

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La pose des clôtures et les actions de chasse se poursuivent le long de la frontière franco-belge, afin d’éviter la propagation du virus en France. Dans les élevages, l’urgence est à la mise en place des mesures de biosécurité.

Un kilomètre. C’est la distance qui sépare le sol français des deux sangliers retrouvés morts positifs à la peste porcine africaine (PPA) le 8 janvier dernier, entre les communes belges de Sommethonne et Meix-devant-Virton. Et pour ne rien arranger, « les experts scientifiques confirment que le virus avance d’au moins deux kilomètres par mois », rapporte Anne-Sophie Tihon, du cabinet de René Collin, ministre wallon de l’Agriculture.

Afin d’empêcher l’introduction et la propagation de la PPA en France, une « zone blanche de dépeuplement » de 141 km2 est établie sur 24 communes de la Meuse et des Ardennes. La délimitation d’un premier tronçon de 78 km2, face aux deux cas belges précités, est engagée depuis le 21 janvier. « La clôture est composée d’un grillage renforcé de 1,50 mètre de haut et enfoui à 50 cm (voir photo ci-contre), avec des passages canadiens sur les sentiers et les chemins vicinaux, précise Loïc Gouëllo, directeur de crise de la PPA. Son coût s’élèvera à plusieurs millions d’euros. » La neige et le froid ont toutefois retardé l’avancée des travaux. « Au 4 février, 19,1 kilomètres de clôture étaient construits sur les 51 initialement prévus », rapporte Loïc Évain, directeur général adjoint de l’Alimentation.

À l’intérieur de la zone blanche, « entre 500 et 600 sangliers sont à abattre pour faire le vide sanitaire », affirmait Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture, le 25 janvier. Malgré la mobilisation des fédérations de chasse locales, de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) et de l’armée de terre, les opérations de chasse n’ont pour l’heure pas obtenu le succès escompté. « Entre le 21 janvier et le 4 février, 167 sangliers ont été tués », rapporte Loïc Évain.

Garder le statut indemne

Pour Bernard Vallat, président de la fédération française des charcutiers, traiteurs, transformateurs de viandes (Fict) et ancien directeur de l’organisation mondiale de la santé animale (OIE) (2000-2015), « ces mesures, mises en œuvre un peu tardivement, sont les plus adaptées. Les sangliers abattus en France à proximité de la frontière belge sont autant de passerelles en moins pour le virus. »

Car la conservation du statut indemne est essentielle pour l’équilibre de la filière porcine. En cas de contamination, la majorité des marchés vers les pays tiers pourrait se fermer. C’est notamment le cas du débouché chinois, qui absorbe plus de 20 % des exportations françaises hors Union européenne (UE). « Bien que très gravement touchée par le virus, la Chine, comme la plupart des pays d’Asie, refuse d’appliquer les règles de régionalisation reconnues par l’OIE, explique Bernard Vallat. Le pays cherche ainsi à préserver son marché intérieur et à renforcer la compétitivité de ses élevages. »

Un virus très résistant

Cette position ferme de Pékin n’est pas nouvelle. « Nous l’avons déjà expérimentée pour d’autres maladies comme l’influenza aviaire, expose Loïc Évain. Nous poursuivons les discussions avec les autorités chinoises, et le principe de négocier la régionalisation des maladies animales est désormais acté. Pour autant, il convient de rester lucide : il sera difficile de faire bouger les lignes. Cela ne pourra se faire que dans la durée. La récente réouverture du marché chinois à la viande bovine française en juillet dernier, après dix-sept ans d’embargo lié à l’encéphalopathie spongiforme bovine, illustre cet état de fait. Elle n’a été possible qu’à force de convictions au plus haut niveau politique. Toutefois, le fait que la Chine soit atteinte par la PPA pourrait faciliter les choses . »

Au-delà des stratégies diplomatiques et économiques, la capacité de résistance du virus dans son milieu explique également les difficultés commerciales des pays infectés. « La PPA peut être véhiculée par l’homme à travers ses vêtements et ses chaussures, mais aussi par les pneus des véhicules, souligne Bernard Vallat. Le virus est également très résistant dans les préparations alimentaires, et se conserve pendant près de six mois dans un jambon sec. C’est probablement en raison de déchets de repas contaminés et ingérés par des sangliers que le virus a atteint la Belgique en septembre 2018. Il n’a pas été transmis d’animal à animal, mais a fait un véritable bond par la voie humaine. »

Dans les élevages français, situés aux trois quarts dans le grand Ouest, les efforts se concentrent donc sur les mesures de biosécurité. « Le risque de contamination est plus important pour les porcs élevés en plein air, car ils sont davantage exposés aux contacts directs avec la faune sauvage. Si la clôture n’est pas enterrée, les sangliers peuvent aisément la franchir, attirés par une truie en chaleur ou par les aliments », détaille Bernard Vallat. En élevage hors-sol, la protection des abords des bâtiments est essentielle. « Aucun animal ne doit entrer en contact avec les porcs, ni même effleurer les parois des bâtiments, insiste Jeff Trebaol, éleveur à Plouguin (Finistère) et vice-président de la Fédération nationale porcine (FNP). La mise en place de clôtures et de grillages autour des sites d’élevage est à privilégier. Un sas sanitaire à l’entrée des bâtiments est également indispensable. Toute personne extérieure doit pouvoir s’y laver les mains et revêtir une tenue fournie par l’éleveur. » Enfin, une attention particulière doit être portée au quai d’embarquement. « Il doit être nettoyé et désinfecté après chaque enlèvement, et le chauffeur du camion ne doit en aucun cas pénétrer dans l’élevage. »

Par Vincent Guyot

Dix pays européens touchés

La peste porcine africaine (PPA) est présente dans les pays baltes (Estonie, Lituanie, Lettonie), en Pologne, en Italie (Sardaigne), en Bulgarie, en Roumanie, en République tchèque, en Hongrie et en Belgique. Seuls ces trois derniers sont parvenus à épargner les porcs d’élevage du virus. Les quatre principaux pays européens exportateurs de viande porcine vers les pays tiers (Allemagne, Espagne, France et Danemark) sont pour l’heure indemnes. Le 28 janvier, le Danemark a toutefois engagé la construction d’une palissade de 70 km le long de la frontière allemande, afin d’empêcher l’intrusion de sangliers potentiellement porteurs de la PPA.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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