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Les rendements plombés par la météo et les ravageurs

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Moissons 2020 - Les rendements plombés par la météo et les ravageurs
© Éric Bénard

Les rendements des céréales d’automne et des oléoprotéagineux ont été affectés par des conditions climatiques difficiles tout au long de la campagne. La pression hors norme des ravageurs a aussi plombé les résultats. Cependant, la qualité est, quant à elle, bien souvent au rendez-vous.

« Ce qui caractérise particulièrement les résultats de cette récolte 2020, c’est leur hétérogénéité », juge Michel Portier, directeur général du cabinet Agritel. Et c’est vrai que si invariablement les récoltes des cultures d’automne sont qualifiées chaque année de disparates par les organismes stockeurs (OS), il semble que 2020 remporte la palme de l’année la plus hétérogène.

Une pluviométrie trop importante en automne

Ces disparités s’expliquent par une météo très défavorable au cours de la campagne. Si le colza a été semé dans le sec, les céréales ont, elles, dû faire face à une pluviométrie incessante durant l’automne. Les superficies de blé tendre, d’orge d’hiver et parfois, régionalement, de colza, ont baissé au détriment des espèces de printemps et plus particulièrement de l’orge, du tournesol et du maïs. Les cultures ont rarement été implantées dans de bonnes conditions et elles ont ensuite subi un fort déficit hydrique, et parfois même du gel au printemps. Si bien que les composantes de rendement ont souvent été impactées. La présence de bioagresseurs (maladies, pucerons vecteurs de viroses) a malheureusement achevé le tableau.

Ainsi, les rendements sont en diminution dans la plupart des régions : le sud de l’Hexagone est proportionnellement plus touché que le nord. Les baisses d’emblavements, associées à des résultats médiocres à moyens, font même dire à certains OS que la production devrait être largement inférieure à celle de 2016, et ce, d’autant plus, que dans certaines zones, comme les Pays de la Loire, il y a beaucoup d’autoconsommation. « Nous sommes à la moitié d’une collecte habituelle, précise Stephan Beau, directeur métiers du grain chez Terrena. Cela va être dur pour la trésorerie des agriculteurs. Et surtout avec une récolte mondiale de blé tendre plutôt bonne ! »

Des rendements de blé tendre en diminution dans presque toutes les régions

Avec des travaux plutôt en avance cette année, les récoltes de blé tendre étaient en passe d’être terminées aux alentours du 27 juillet 2020. Il ne restait ainsi que les régions les plus septentrionales en façade maritime à achever. Les rendements sont en diminution dans la plupart des zones de production. Plus proches de 40 q/ha dans le Sud-Est, ils sont autour 45-50 q/ha dans le Sud-Ouest et en Auvergne.

Ils avoisinent 55 q/ha en Lorraine et 60 q/ha en Poitou-Charentes, Bretagne, Pays de la Loire, Bourgogne et Rhône-Alpes. Ils sont en moyenne inférieurs à 70 q/ha en région Centre-Val de Loire. Seuls la Champagne crayeuse, la Normandie, l’Alsace et les Hauts-de-France semblent avoir bénéficié des conditions de fin de cycle parfois plus propices (bonne fertilité épis, gros PMG et pas ou peu de maladies). On note même des pics à 100-130 q/ha.

Des blés tendres de qualité

Certes, il existe çà et là des soucis en matière de qualité avec, par exemple, des taux de protéines trop élevés pour le débouché des blés biscuitiers ou trop faibles compte tenu de très bons rendements, comme en Champagne. Toutefois, « la qualité semble tout de même au rendez-vous avec des bons PS (poids spécifiques) proches de 80 kg/hl et de bonnes protéines, ce qui nous permettra de sauver les meubles pour assurer une commercialisation sur le marché intérieur français et répondre à la demande export des pays tiers, à destination de l’Afrique, de la Chine et d’autres destinations plus exotiques », estime le Négoce Agricole au 28 juillet 2020.

© GFA

La JNO mine les rendements de l’orge mais pas la qualité

Même déconvenue sur les orges d’hiver avec des rendements à la baisse un peu partout. La jaunisse nanisante de l’orge (JNO), transmise par les pucerons, eux-mêmes favorisés par un hiver doux, a fait de gros dégâts un peu partout. Une situation qui « s’est révélée accentuée par l’absence d’alternatives de traitements aux néonicotinoïdes », estime la Coopérative Axereal en région Centre-Val de Loire. « Elle a impacté localement très fortement les rendements des orges d’hiver, avec des parcelles plafonnant à 1,5 t/ha », ajoute Dijon céréales en Bourgogne, qui précise que ce phénomène a aussi eu lieu sur blé.

Ainsi, de 40-45 q/ha dans le Sud, les rendements passent à 50-60 q/ha en Bourgogne, Poitou-Charentes, Pays de la Loire, Bretagne et Lorraine. Si dans le Centre-Val de Loire et l’Île-de-France, ils avoisinent 70 q/ha, ils les dépassent en Normandie et dans les Hauts-de-France (80-85 q/ha). La qualité est dans l’ensemble au rendez-vous avec des PS, des taux de protéines et des calibrages aux normes. Malgré tout, on note ponctuellement des soucis. « Seuls 20 % des orges sont valorisables en brasserie à cause de problèmes de valorisation d’engrais, de repousses de blé ou de grains verts, indique un opérateur de Lorraine. Les taux de protéines sont très variables avec des pointes à 12,5 %, partis en mouture. »

Avec des semis parfois retardés, les orges de printemps ne sont pas encore toutes récoltées. Ainsi, les premières tendances montrent de bons calibrages et des protéines aux normes, qui devraient permettre d’être « dans le cahier des charges ». Cette qualité est toutefois associée à des rendements hétérogènes et parfois faibles (autour de 45 q/ha en Bourgogne, 55 q/ha en Île-de-France et dans l’Oise). À cela s’ajoute un marché des orges brassicoles mis à mal par la crise du Covid-19. « La consommation mondiale de bière étant en forte baisse, les malteurs ne sont pas spécifiquement aux achats et les prix ne sont pas rémunérateurs pour les agriculteurs », complète Jean-Luc Billard, directeur d’Ynovae, dans l’Yonne.

Forte disparité en blé dur

Concernant les moissons de blé dur, seuls les semis les plus tardifs du Centre et de l’Ouest n’étaient pas encore collectés aux alentours du 27 juillet 2020. « Pour ceux réalisés fin mars, et qui ont levé en mai, on s’attend à une récolte la deuxième quinzaine d’août, avec du petit grain », précise un conseiller en Vendée.

Dans le Sud-Ouest, le Sud-Est et la zone ouest-océan (Poitou-Charentes, Vendée et Maine-et-Loire), les irrégularités de rendements sont du jamais vu. Cela est valable pour une région, une exploitation ou même au sein d’une même parcelle. Dans le Sud-Est, les résultats sont un peu meilleurs que d’habitude (15 à 80 q/ha) avec des résultats catastrophiques en Camargue et satisfaisants dans la vallée du Rhône. La qualité y est dans l’ensemble bonne.

Les rendements du Sud-Ouest baissent et varient de 15 à 60 q/ha, avec une moyenne proche des 40 q/ha. Il y a un bruit de fond de grains mouchetés et fusariés mais cela reste dans l’ensemble dans la norme. « Cela peut être problématique pour l’export vers l’Algérie », ajoute un opérateur de la zone. Le taux de protéines oscille entre 13,5 % et parfois plus de 14 %.

De 20 q/ha à 50-60 q/ha, les rendements de l’Ouest-océan sont aussi impactés. Des problèmes de germination ou de moucheture posent ponctuellement questions. Et dans le Centre, si c’est également très irrégulier, cela reste au global bon. Ce qui fait que le taux de protéines décroche dans certains cas et qu’il pourrait y avoir un peu de réfactions.

« La production devrait être proche ou légèrement inférieure à la moyenne décennale, précise Matthieu Killmayer, chez Arvalis. Si les acheteurs attendent pour le moment d’avoir une meilleure caractérisation de la qualité, d’un point de vue marché, les fondamentaux sont plutôt favorables. »

Colza, vers une sole en baisse

Avec des conditions d’implantations souvent défavorables, des levées hétérogènes, un climat tout en excès et une pression parasitaire parfois forte (grosses altises, méligèthes, pucerons cendrés côté ravageurs et maladies de fin de cycle), les rendements en colza reflètent bien souvent des aléas de la campagne. Il y a certes de bonnes surprises, comme dans le Centre-Val de Loire, dans l’Yonne, la Seine-et-Marne, l’Oise et la Somme, avec des résultats proches de 35 q/ha (50 q/ha en Alsace).

Mais ils oscillent plus souvent entre 20 et 25 q/ha (Sud-Ouest, Pays de la Loire, Bourgogne, Lorraine, Bretagne…). Et on note de ce fait des intentions de semis à la baisse pour la campagne qui va débuter sous peu. D’ailleurs, encore une fois, le manque d’eau se fait ressentir et handicape la préparation des terres pour les semis. Toutefois, les différents indicateurs montrent fort heureusement que les cours de la crucifère pourraient être boostés par la tension mondiale.

Isabelle Escoffier et Céline Fricotté
Une récolte sous la barre des 30 millions de tonnes

Au 27 juillet 2020, la récolte française de blé tendre est chiffrée par Agritel à seulement 29,22 millions de tonnes en 2020. Elle serait en recul de 26 % par rapport à 2019, qui était une bonne année. « C’est la troisième plus petite récolte des vingt-cinq dernières années après les tristes références de 2003 et 2016 », annonce le cabinet de conseil. Cette situation est due à l’effet couplé d’une baisse des surfaces à la suite d’un automne pluvieux (4,28 Mha, - 14,38 % comparé à l’an dernier), conjuguée à la chute des rendements liée au déficit hydrique du printemps (6,83 t/ha, - 13,65 %). Le Centre-Ouest et le Sud présentent les moins bons rendements par rapport à la moyenne olympique sur cinq ans.

 

Les pois ne sont pas épargnés

Les récoltes de pois d’hiver étaient terminées dans le Sud-Ouest et le Nord-Est mi-juillet. Leurs rendements sont en baisse par rapport à l’an dernier. Cela s’expliquerait notamment par une végétation limitée par le sec et une floraison parfois sans eau. Ce climat a ainsi empêché le développement de nodosités avec une alimentation azotée affaiblie, et donc des rendements limités. Des viroses transmises par des insectes auraient également impacté les résultats par endroits. Ces derniers évolueraient donc entre 20 et 50 q/ha dans les zones du Sud-Ouest et du Nord-Est, avec des pointes à 70 q/ha dans les Hauts-de-France et le Grand-Est, et entre 5 et 50 q/ha en Bourgogne-Franche-Comté. Si pour le moment, il n’y a pas d’échos des premières récoltes de féveroles, celles de pois de printemps seraient sur la fin et leurs rendements s’annonceraient « moyens » et également très hétérogènes.

  

© Watier-Visuel
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Cet article est paru dans La France Agricole

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