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Lait de montagnePeut-il encore remonter la pente ?

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La valorisation du lait de montagne reste un enjeu déterminant pour compenser les surcoûts en élevage comme à l’aval, et enrayer l’érosion de la production.

«quel avenir pour la filière lait de montagne ? » Cette question, prégnante lors du dernier Sommet de l’élevage à Cournon-d’Auvergne, tourmente l’interprofession laitière (Cniel). « Il en va de la vitalité des territoires concernés », estime Michel Lacoste, président de la commission montagne du Cniel.

La loi Montagne, promulguée en janvier 1985, caractérise les zones montagneuses « par des handicaps spécifiques liés à l’altitude, à la pente et au climat, qui ont pour conséquences […] d’augmenter de manière générale le coût des travaux qui y sont liés ». Cette réalité frappe de plein fouet les éleveurs. D’après le Cniel, le coût de production aux 1 000 litres y est de 30 à 43 % plus élevé qu’en plaine. « En 2018, cette majoration était estimée à 610 €/1 000 l dans le Massif central et à 778 €/1 000 l dans les massifs de l’Est », rapporte Yannick Pechuzal, de l’Institut de l’élevage (Idele). Pour les transformateurs, l’institut technique évoque également un surcoût de collecte de 10 à 15 €/1 000 l, allant jusqu’à 50 €/1 000 l dans les zones les plus escarpées de Savoie. Exception faite du lait valorisé sous signes de qualité, « ces écarts se révèlent particulièrement handicapants lors de négociations avec les distributeurs sur des produits de grande consommation », appuie l’Idele. Avec en moyenne deux tiers du lait de montagne jugé « insuffisamment valorisé », l’interprofession tire la sonnette d’alarme. Si le Jura et les Savoies peuvent compter sur plus de 85 % des volumes de lait valorisés sous AOP et IGP, la situation est loin d’être homogène sur le territoire. Ce pourcentage s’abaisse notamment à 20 % dans le reste du massif alpin et du Massif central.

Disparités entre massifs

Pour ces éleveurs, le prix du lait ne vient pas compenser les handicaps naturels subis. En découle un manque de compétitivité vis-à-vis de leurs homologues de plaine en France, mais pas seulement. « La disparition des quotas laitiers a engagé un surcroît de concurrence sur le marché européen, analyse le Cniel. Prise en étau, la filière laitière de montagne se situe à un point de rupture. » Sur les quatre dernières années, les livraisons de lait de montagne sont en recul de 4 %, malgré de fortes disparités (voir l’infographie). Les filières jurassienne, savoyarde et vosgienne affichent une certaine résistance. Le constat est plus lourd dans les Pyrénées. Le massif accuse une perte de la moitié de ses producteurs en dix ans.

Au-delà de la préservation des produits du terroir 28 des 45 fromages AOP ont tout ou partie de leur zone en montagne , la pérennité de cette filière est également garante de 65 000 emplois directs et indirects. « Une baisse annuelle constante d’environ 5 % du volume de lait collecté pendant cinq ans se traduirait par la perte de 10 000 emplois », expose le Cniel. Dans le Massif central, la tentation de l’allaitant n’arrange en rien ces estimations. Depuis 2006, le nombre de troupeaux laitiers y a été amputé de 40 % au profit d’une croissance du cheptel allaitant de l’ordre de 7 %.

Le compte à rebours est donc lancé pour pérenniser la production laitière de montagne. La quête d’une meilleure valorisation du lait en est la clé. Pour Alain Plan, directeur du Centre régional interprofessionnel de l’économie laitière (Criel) Alpes-Massif central, « il est essentiel de conforter les appellations d’origine et leurs organismes de gestion. Il s’agit d’accroître les taux d’utilisation du lait, qui sont variables selon les appellations et les entreprises. C’est un véritable levier pour trouver une valorisation spécifique du lait à ceux qui n’en bénéficient pas aujourd’hui. »

Le passage en agriculture biologique est une voie plébiscitée par les éleveurs en quête de valorisation du lait. En région Auvergne-Rhône-Alpes, la part du lait bio dans la collecte est passée de 2,4 % en 2015 à 5 % en 2018. « Cette tendance devrait perdurer », estime Alain Plan. Des freins pourraient toutefois enrayer cette dynamique. L’Idele pointe « la remontée du prix du lait conventionnel et la menace pesant sur les aides spécifiques bio ».

Segmentation

Outre les signes officiels de qualité, les démarches de segmentation ont aussi le vent en poupe. Dans le Massif central, l’Association des producteurs de lait de montagne (APLM) a choisi ce créneau avec sa marque Mont Lait. « La démarche est née d’un constat simple : le lait collecté dans nos exploitations était conditionné sous la mention “lait de montagne”, retrace Dominique Barrau, président de l’APLM. Or il n’était pas logique que les producteurs ne puissent pas profiter de cette valorisation. » Après la création de l’association en 2009, deux hivers ont suffi à rassembler près de 500 producteurs, convaincre un collecteur (Terra Lacta) et des distributeurs. La première brique de lait est vendue en magasin en 2011, au prix de 85 centimes le litre. « Trois centimes reviennent au transformateur pour assumer le surcoût de collecte, et sept centimes aux producteurs de l’association. » Les éleveurs sont payés au prix de la laiterie et reçoivent un complément de « 55 à 60 €/ 1 000 l pour un prix moyen payé oscillant autour de 400 €/ 1 000 l », affirme Dominique Barreau. L’an passé, le fromage à raclette est venu renforcer la gamme Mon Lait. Cette année, c’est au tour du beurre.

Si ces voies de valorisation sont source d’espoir pour les acteurs de la filière, ils attendent des mesures structurelles. « Nous demandons aux pouvoirs publics de se joindre à notre cause pour trouver des leviers innovants, autant sur les coûts de collecte que sur les aides à l’investissement », conclut Thierry Roquefeuil, président du Cniel.

Par A. Courty et V. Guyot

Les coopératives en première ligne

Les coopératives laitières françaises collectent 70 % des 3,4 milliards de litres de lait de montagne annuels. Pour l’heure, 65 % du lait d’altitude produit par les associés coopérateurs part dans le circuit conventionnel. « Malgré la déprise laitière qui touche la plupart des massifs, les coopératives se mobilisent pour le maintien du maillage actuel des points de collecte », assure Damien Lacombe, président de Coop de France Métiers du lait.

Plus d'infos sur le sujet

Le lait de montagne implique un surcoût de collecte de 10 à 15 €/1 000 litres et un coût de production 30 à 43 % plus élevé qu’en plaine.

D’après les données du Cniel et de l’Idele.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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