Le secteur agricole est particulièrement regardé dans le cadre des nouvelles routes de la soie. Pourquoi ?

La sécurité alimentaire est l’un des axes stratégiques des nouvelles routes de la soie. Car la Chine, qui a des besoins colossaux, est devant une contrainte non négligeable. Ses surfaces agricoles sont restreintes et s’épuisent avec l’urbanisation en forte croissance, le changement climatique impacte les grandes zones agricoles de la Chine, l’accès à l’eau et la mobilisation de terres sont difficiles et les contraintes environnementales s’accentuent. Cela accroît les difficultés de la construction de la sécurité alimentaire du pays et le pousse à la fois à miser sur l’innovation pour produire davantage sur son territoire, mais aussi à recourir au commerce international pour construire sa sécurité alimentaire de différentes manières.

La Chine est ainsi le numéro un mondial pour la production d’un certain nombre de denrées de base : riz, blé, pommes de terre, lait de chèvre, tomates… Mais nourrir 20 % de la population mondiale nécessite aussi de compléter la production nationale par des approvisionnements extérieurs. Depuis 2003, tous les ans, la balance commerciale agricole du pays est largement déficitaire. Il exporte de plus en plus, y compris en agriculture, mais ses importations augmentent encore plus fortement.

Aujourd’hui, 10 % des achats alimentaires sur la planète sont réalisés par la Chine. Par exemple les deux tiers des achats de soja dans le monde se font par elle, ce qui est très structurant pour les dynamiques de marché. Les États-Unis, le Brésil et l’Argentine assurent la moitié des approvisionnements agricoles de la Chine mais celle-ci diversifie ses achats. Les nouvelles routes de la soie pourraient favoriser les flux de céréales russes ou ukrainiens vers l’Asie, dynamisant ainsi la multipolarisation des exportations céréalières d’origine mer Noire. Celles-ci se sont fortement développées ces dernières années en direction du Moyen-Orient et d’Afrique, là où les besoins sont les plus grands et les achats les plus massifs. Comme les Européens, les Russes cherchent à peser sur ces marchés mais regardent aussi avec intérêt les opportunités vers l’Asie.

Quels sont les atouts de l’Union européenne et de la France dans ce contexte ?

L’Europe et la France disposent d’un certain nombre d’atouts au niveau des céréales, du lait, des semences, des boissons… Le Vieux Continent a une agriculture performante, en termes de quantité, de qualité, de diversité, etc., qui rassure la Chine.

Mais si on n’est pas capable d’exploiter ces atouts, d’autres le feront. La dimension agricole des nouvelles routes de la soie va jusqu’en France, nous sommes à l’extrémité des routes. Notre pays fait partie de la nouvelle géopolitique que la Chine veut dessiner. Une coopération au niveau européen est nécessaire pour pouvoir contrer cela.

Nous avons des arguments à faire valoir mais il faut les mettre en correspondance avec les besoins chinois, notamment en termes de volumes. Nous sommes devant un paradoxe : la Chine a besoin de l’UE et de la France pour compléter sa sécurité alimentaire mais si on n’est pas capable d’être au rendez-vous, on aura une responsabilité. Il ne faut pas être naïf et rester vigilant, mais il faut se donner les moyens pour exister dans ce système.