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Gel des culturesDes dégâts historiquessur tout le territoire

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Du nord au sud, de l’est à l’ouest, les températures négatives observées durant plusieurs nuits ont détruit de nombreuses cultures, parfois jusqu’à 100 % de la récolte. Le gouvernement a mis en place différentes mesures pour aider les agriculteurs sinistrés.

Le gel d’avril 2021 va rester gravé dans toutes les mémoires. Arbres fruitiers, vignes, légumes de plein champ, betteraves, céréales, colzas…, les températures négatives de la semaine dernière (jusqu’à - 8 °C) et du début de cette semaine (- 4 °C) ont détruit de nombreuses cultures. Des records de froid nocturne ont été battus un peu partout en France. Selon Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture, « plusieurs centaines de milliers d’hectares », dans 10 régions sur 13, ont été touchées par ce brutal épisode de gel qui a suivi une forte hausse du thermomètre fin mars.

arboriculture : bourgeons­ grillés

Il est encore trop tôt pour chiffrer précisément les dégâts, mais ils s’annoncent considérables, notamment en arboriculture. Les températures négatives durant plusieurs nuits ont en effet littéralement brûlé les bourgeons et les premières feuilles (lire p. 18). L’aspersion avec de l’eau pour fixer le gel ou les bougies chauffantes, tous les moyens de lutte (qui ont pu faire défaut durant la deuxième vague de gel cette semaine) n’ont pas toujours permis d’éviter le désastre. « Il est très compliqué aujourd’hui de faire un bilan. En fruits à noyaux, il faut encore attendre quinze jours, en fruits à pépins ce sera encore plus tard, précise Stéphanie Prat, directrice de la FNPF (1). Mais on peut d’ores et déjà dire qu’il y aura des pertes dans toutes les régions, pour toutes les espèces, et qui peuvent aller jusqu’à 100 % de la récolte sur certaines exploitations. Par ailleurs, on a vu dans les Alpes des vergers qui se sont couchés sous le poids de l’aspersion : là on dépasse les pertes de récolte, on est sur de la perte de fond. » Selon elle, il faut remonter jusqu’aux années 1950 pour retrouver une telle ampleur de dégâts sur tout le territoire. Les fruits français seront donc rares sur les étals cette année.

Le gel a par ailleurs touché 80 % du vignoble, dont les parcelles pour le raisin de table. En Occitanie, par exemple, le gel a impacté toute la zone de production du chasselas de Moissac AOP. Les chasselatiers situés à Cazes-Mondenard, en Tarn-et-Garonne, et dans le Lot sont les plus touchés. La filière estime à 40 % les pertes de volumes, avec des variations allant de 20 à 80 % suivant les exploitations. Les parcelles de petits fruits ont aussi été durement pénalisées, tout comme les asperges, les kiwis, les plantes aromatiques et à parfum…

En grandes cultures, le désarroi est aussi palpable, même s’il y a possibilité de ressemer. L’intensité des dégâts est là aussi très variable selon les situations (date de semis, stade des plantes, exposition de la parcelle, humidité du sol…).

Néonicotinoïdes interdits au ressemis

Les betteraves sont les plus impactées (lire ci-dessus et p. 31). Selon la CGB (2), entre 30 000 et 55 000 ha auraient été détruits par les vagues successives de gel, soit plus de 10 % des sur­faces. « Pour les betteraviers déjà fragi­lisés par la jaunisse en 2020, le coup est dur », explique la CGB. Entre le sur­coût de ressemis et les pertes de potentiel de rendement liées à des implantations plus tardives, le syndicat chiffre les pertes à plus de 600 €/ha. D’autant que la réglementation interdit la possibilité de ressemis avec des semences traitées aux néonicotinoïdes. Ceux qui souhaitent à la place implanter du maïs ne le peuvent pas, à cause des contraintes de succession culturale liées à la dérogation pour ces traitements de semences.

La coopérative Cristal Union a d’ores et déjà annoncé qu’elle offrait les semences à ses planteurs touchés pour qu’il puisse réimplanter rapidement des betteraves. Le groupe chiffre à environ 20 000 ha les surfaces perdues rien qu’au sud de Paris, zone la plus précoce. Sans compter les parcelles gelées dans les autres zones de production. Olivier de Bohan, président de Cristal Union, craignait aussi les conséquences du gel de ce début de semaine pour le Grand-Est et les Hauts-de-France, sur des sols humides après les pluies du week-end.

Problèmes plus ponctuels sur céréales

Du côté des céréales à paille, des dégâts ponctuels sont observés, notamment sur orge (lire p. 37). Mais selon Arvalis, il n’y a pas « d’accident généralisé », les cultures étant globalement bien im­plantées. Il faut aussi prendre en compte les capacités de compensation de ces espèces, aptes à émettre de nouvelles tiges. Les cultures les plus avancées (entre 2 nœuds et dernière feuille pointante, voire méiose localement) devraient être plus touchées que celles qui entamaient leur montaison (stade épi 1 cm). « Les orges de printemps semées en automne dans les secteurs du Centre-Est sont sans aucun doute les situations les plus à risque », détaille l’institut. L’apparition des symptômes sur épi ne sera effective que dans une semaine ou deux, alors que les brûlures de feuille sont déjà observées. « On peut prévoir qu’il y ait du gel des maîtres brins, mais on espère que les talles monteront à épi et compenseront cet épisode. Ce sera le cas pour beaucoup de céréales, mais des parcelles dans les régions où les plantes étaient déjà très développées auront certainement des dégâts importants », juge Stéphane Jézéquel, directeur scientifique d’Arvalis.

Faculté de récupération pour le colza

Les fortes gelées ont touché les colzas qui étaient en début de floraison. Le plus souvent, les colzas ont eu la tête penchée « sans pour autant afficher des cols-de-cygne comme en 2020 », indique Terres Inovia, qui se veut plutôt rassurant sur la situation : les cultures étaient plutôt bien implantées là encore et n’ont pas subi de vent glacial comme l’an dernier. « Des gels précoces, à ce stade, sont généralement très bien compensés par les organes reproducteurs des hampes secondaires et tertiaires », précise l’institut. Le métabolisme des plantes semble relativement peu affecté. « Les plantes se revigorent assez bien dans l’ensemble, il n’y a pas de pliure ou de tige “en U inversé” », explique Terres Inovia en Auvergne-Rhône-Alpes. Même chose en Lorraine. Des « zones douteuses » peuvent toutefois être repérées sur les tiges, c’est pourquoi il convient de surveiller l’évolution de l’état général des parcelles. Certains champs de protéagineux ont aussi subi des dommages.

I. E., F. J., J. P.

(1) Fédération nationale des producteurs de fruits.

(2) Confédération générale des planteurs de betteraves.

Des dispositifs d’accompagnement et une enveloppe exceptionnelle promise par l’État

L’ouverture du régime des calamités agricoles, financé par la profession et par l’État, a été annoncée par le ministre de l’Agriculture dès le 9 avril.

Ce régime permet d’indemniser les agriculteurs qui auraient subi une perte de récolte ou de fonds sur la base de deux critères : un taux de perte physique de 30 % de la production annuelle et des dommages dépassant 13 % du produit brut de l’exploitation. Après enquête et expertise, le ministre de l’Agriculture pourra reconnaître l’état de calamité agricole du territoire.

Jean Castex a précisé le len­demain que le dispositif serait déplafonné. Une annonce qui suggère deux hypothèses : que l’État abonde autant que de besoin le budget du fonds ou que les taux d’indemnisations soient plus importants que prévu. Cette indemnisation n’est pas appelée à intervenir dans les cas où une assurance est souscrite, et les pertes de récoltes sur les cé­réales et les plantes industrielles en sont exclues. Les agriculteurs assurés doivent déclarer au plus vite leur sinistre à leur assureur afin que celui-ci missionne un expert, qui constatera les premiers dommages. Cet expert pourra alors convenir avec l’exploitant de l’opportunité de ressemer ou bien de poursuivre la culture. La prise en charge des frais de ressemis peut figurer dans le contrat d’assurance mult­irisques climatiques.

Mais les syndicats agricoles ont aussi demandé des mesures sociales et fiscales plus rapides à mettre en place. Une réunion interministérielle avec les représentants des filières, la MSA, les assureurs et les banquiers s’est tenue le 12 avril pour définir l’ensemble de ces accompagnements. Enfin, le Premier ministre a promis d’aller au-delà en « dégageant des enveloppes exceptionnelles motivées par cette situation exceptionnelle », dont les montants et les critères d’accès restent inconnus.

A. Gambarini

Christophe Lhermite
« Ressemer les betteraves pour limiter l’enherbement ? »

À Séris, dans le Loir-et-Cher, le thermomètre de Christophe Lhermite est descendu jusqu’à -7 °C en plaine. La deuxième nuit, 1 cm de neige recouvrait ses cultures. Ce céréalier s’estime chanceux par rapport aux arboriculteurs ou aux viticulteurs : « Même si cela à un coût, on peut ressemer. »

Il craint surtout pour ses 16 ha de betteraves (Epervier et Mobidick), implantées un mois plus tôt. Plus au nord, dans le Loiret et l’Eure-et-Loir, 90 % des surfaces sont touchées. Dans son champ, cinq jours après ce gel « historique », Christophe compte les pertes de pieds. On ne voit déjà plus les jeunes pousses noircies. « J’évalue la perte entre 30 et 50 %. Je vais sûrement ressemer pour limiter l’enherbement. Par contre, la limite de grammage des néonicotinoïdes va être rapidement atteinte. J’étais à 1,1 dose et nous avons le droit à 1,3. J’espère que la première dose sera encore efficace. » Entre le coût de la semence, environ 4 000 €, et le semis qu’il fait faire par une entreprise, il estime cette dépense supplémentaire à 5 000 €. Un coup dur pour le planteur, qui avait déjà subi une perte de 40 % à cause de la jaunisse l’année dernière. « Comme ça ne fait que quatre ans que j’en cultive, je n’avais pas de moyenne quinquennale, donc je n’ai pas touché d’aide ! Et cette année, mes betteraves ne sont pas assurées. »

Christophe Lhermite s’inquiète aussi pour le colza. La variété Kadji n’était pas encore en fleur, mais la Féliciano, si. « Les siliques ont jauni, mais il est encore trop tôt pour se prononcer. Le colza peut peut-être compenser par le poids de mille grains. » Pour l’orge de printemps (Planète), semée en hiver, les feuilles ont jauni. Les épis de blé dur ne semblent pas touchés, contrairement à d’autres endroits en Beauce. Il faudra encore attendre quelques jours pour évaluer les pertes réelles.

Aude Richard

Florian Bernard
« L’année est compromise »

« Nous avons perdu plus des trois quarts de la récolte de cerises. Dans la nuit du 7 au 8 avril, les températures sont descendues entre - 4 et - 7 °C en l’espace de quelques heures. Nos parcelles réparties sur 10 ha se trouvent entre 350 et 600 mètres d’altitude sur les contreforts nord du mont Ventoux. Trois vergers ont été gelés à 100 % sur 1,7 ha. Les autres sont impactés à 75 %. Les arbres en étaient au stade mi-floraison. Le gel a tout brûlé.

Nous avons tenté de faire remonter les températures en déclenchant l’irrigation sous frondaison sur une partie de nos parcelles. L’eau a gelé dans les tuyaux sur celles qui se trouvaient les plus exposées au froid. Sur deux parcelles où l’irrigation a pu fonctionner, les dégâts sont moins importants. Elles sont aussi un peu plus relevées et en pente, là où le froid a moins stagné. Nous produisons une dizaine de variétés de mi-mai à mi-juillet. Toutes ont été touchées.

À ce jour, nous ne savons pas si nous allons atteindre les 20 % du potentiel de production. La cerise représente, en principe, les deux tiers du chiffre d’affaires de notre exploitation de 40 hectares, où nous produisons également du raisin de table et de cuve ainsi que des prunes. L’année est compromise. Nous n’avons pas contracté d’assurance récolte en arboriculture. Les montants sont bien trop onéreux. C’est la même chose pour les dispositifs de lutte antigel. » Chantal sarrazin

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Cet article est paru dans La France Agricole

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