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Des vaccins pour déverrouiller le marché

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Moins de la moitié du cheptel bovin est vacciné. © S. LEITENBERGER

Les températures plus douces à venir laissent craindre la résurgence du virus. Bien qu’elle soit facultative, la vaccination serait la clé pour maintenir le commerce et maîtriser la maladie.

Voilà neuf mois que les élevages bovins et ovins tentent de faire face à la fièvre catarrhale ovine (FCO). Près de 80 départements sont touchés. Début avril, seule une bande nord, allant de la Bretagne à la frontière belge, était indemne de la maladie. Pour combien de temps ? Les températures remontent, doucement pour l’instant, mais le printemps sera bientôt là. Qui dit redoux, dit davantage de moucherons potentiellement vecteurs du virus, et résurgence de la maladie. Il y a donc fort à parier pour que, comme en 2009, l’Hexagone bascule en une unique zone.

Qu’il soit partiel ou total, le zonage entraîne des complexités pour le commerce extérieur. Vaccination et analyses PCR individuelles négatives en font partie. Des contraintes qui ravivent le douloureux souvenir de l’épisode de 2006 à 2009, à la seule différence que, cette fois-ci, la vaccination n’est pas obligatoire. « Beaucoup d’éleveurs paraissent réticents à vacciner, indique Hugues Beyler, directeur de la Fédération française des commerçants en bestiaux. C’est pourtant une condition majeure pour continuer d’exporter. Si les protocoles avec l’Europe sont tenables, c’est parce que la France s’est engagée dans une politique de vaccinations. Si d’ici quelques mois, les Groupements de défense sanitaires (GDS) venaient à constater un taux de vaccinations bas, nul doute que nos acheteurs réouvriront la discussion sur le protocole. »

La vaccination, tous les acheteurs d’animaux français n’y sont pas favorables. Les Turcs, par exemple. Comptant parmi les principaux importateurs de broutards de l’Hexagone, ils veulent des animaux non vaccinés, issus de zone indemne. Autant dire que le puits de disponibilités est loin d’être sans fond. Tant qu’une zone indemne perdure, des solutions sont possibles. Mais si demain, comme beaucoup le prédisent, les départements indemnes basculaient à leur tour en zone réglementée, les sorties d’animaux seraient plus que compromises. « La Turquie représente un débouché potentiel pour quelque 120 000 animaux par an, calcule Gilles Rousseau. Le plus difficile sera de convaincre les Turcs d’acheter des animaux vaccinés. » Et de s’assurer sur le terrain que les éleveurs jouent le jeu de la vaccination, alors que les frais ne sont qu’en partie pris en charge par l’État.

Prise en charge partielle

Contrairement à l’épisode précédent, la vaccination est facultative. « Donc, l’État ne prend pas tout en charge, précise Hugues Beyler. Alors que la santé financière des élevages n’est pas bonne, c’est un coup de massue de plus pour les exploitants. » Depuis le premier mars, l’acte est à la charge de l’éleveur. Ce dernier peut le réaliser lui-même, et l’enregistrer dans son registre d’élevage. Toutefois, si l’animal est destiné à l’exportation, il doit être considéré comme « valablement vacciné. » L’acte doit être certifié par un vétérinaire.

Selon la Fédération nationale des Groupements de Défense Sanitaire (GDS France), moins de la moitié du cheptel bovin est aujourd’hui vacciné. Le nombre serait plus élevé chez les laitiers que chez les allaitants, notamment pour respecter le protocole et exporter les petits veaux vers l’Espagne. « Les éleveurs semblent réticents à vacciner, mais il y a surtout eu une pénurie de vaccins, rappelle Michel Combes, président de GDS France. Je regrette presque que la vaccination n’ait pas été obligatoire. Nous aurions pu passer des commandes fermes auprès des laboratoires. » Néanmoins, il n’est pas trop tard. Si à l’automne, faute de doses suffisantes, la priorité avait été donnée aux animaux destinés à l’exportation, il est aujourd’hui possible de commander les vaccins nécessaires, en se rapprochant de son GDS ou de son vétérinaire. « Les laboratoires ont déjà la souche nécessaire pour le sérotype 8, et sont en mesure de fabriquer des doses en moins d’un mois, indique Michel Combes. C’est bien, mais pas suffisamment réactif pour la saison. Petit à petit les animaux sortent des bâtiments, et une fois dans les pâtures, il sera nettement plus compliqué de les piquer. »

Pour GDS France, la vaccination est une priorité. Que ce soit pour maintenir le commerce, ou pour lutter contre la maladie. « Nous ne pouvons que conseiller aux éleveurs de vacciner non seulement les animaux exportés, mais aussi leur cheptel souche, lance Michel Combes. Même si le sérotype 8 n’a pas encore causé trop de dégâts, et semble en causer moins que le sérotype 1. »

Évaluer les besoins sur le terrain

Un plan de recensement a déjà été réalisé dans les élevages ovins, et est en cours chez les bovins. L’objectif : sonder les éleveurs pour savoir s’ils souhaitent ou non vacciner les animaux, lesquels, à quelle période, et par qui, pour évaluer au plus près les besoins sur le terrain et anticiper les commandes de doses. Même si pour l’heure, GDS France n’a pas constaté de cas cliniques, il tient à rappeler que le vent peut vite tourner. « En 2007 le virus est longtemps passé inaperçu, mais l’été venu, il y a eu des dégâts, rappelle Michel Combes. J’espère me tromper, mais je ne vois pas pourquoi cette année, avec l’arrivée du printemps, il n’y aurait pas une violente résurgence. » La France ne retrouvera pas son statut indemne avant deux ans d’inactivité du vecteur. « Il faudra du temps, lance Hugues Beyler. Lors du précédent épisode, nous avions retrouvé notre statut en 2012, mais, preuve en est, le virus circulait encore à bas bruit. » Reste à voir quelle leçon tirer de la résurgence qui frappe malgré deux années de vaccination obligatoire. « La troisième était facultative », regrette Michel Combes. Donc, pas prise en charge par l’État. Tous les éleveurs n’ont pas suivi, car les frais engagés sont lourds pour des structures déjà fragilisées par une économie tourmentée. « Tous les scientifiques avaient pourtant martelé qu’il fallait cette troisième vague de vaccins pour assurer l’immunité face à la maladie », regrette Michel Combes. D’autant que la FCO ne s’arrête pas au sérotype 8. « Le 4 est remonté de Grèce, il est à nos portes, en Autriche, assure Hugues Beyler. S’il frappait chez nous, ce serait un grave problème, surtout pour le cheptel ovin. »

Hélène Chaligne
Le zonage pénalise les marchés

L’impact du zonage est lourd sur certains marchés. « Surtout ceux situés en zone indemne, mais en bordure de zone réglementée, » indique Gilles Rousseau, président de la Fédération française des marchés de bétail vif (FMBV). C’est le cas du marché de Château-Gontier, en Mayenne. Ses principaux apporteurs viennent de Loire-Atlantique, du Maine-et-Loire et de la Sarthe, trois départements situés en zone réglementée. Le marché se retrouve donc privé d’un important approvisionnement. Les négociants sont contraints de s’organiser différemment pour vendre et livrer leurs veaux aux intégrateurs des zones réglementées. « En Pays de la Loire, le zonage n’a pas bougé depuis le 26 février, explique Jean-Jacques Gendry, responsable des foires et marchés de Château-Gontier. Les trois premières semaines de mars, nous avons eu peu d’apports : 270, 180 puis 117 veaux. D’habitude à cette période, il y en a un millier. Depuis le 28 mars, le marché est fermé. » Paradoxalement, la situation est donc moins impactante en plein cœur de zone réglementée. À croire qu’il vaudrait mieux que, comme lors du précédent cas de FCO en 2007, l’Hexagone soit à lui seul une zone réglementée. « Ce serait plus simple pour le commerce intérieur, mais il faudra se battre pour conserver nos marchés à l’exportation », précise Gilles Rousseau.

© E. Roussel
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Cet article est paru dans La France Agricole

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