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L’abstention : premier syndicat de France

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Diminuant de près de huit points, la baisse du taux de participation a de nouveau marqué les élections des représentants des chambres d’agriculture. Seuls 46,40 % des exploitants ont voté.

Elle était attendue, redoutée par certains, mais elle est bien là. L’abstention a de nouveau marqué les élections des représentants des chambres d’agriculture, dont le scrutin s’est clôturé le 31 janvier dernier. Six ans après une baisse de onze points, la participation a encore significativement chuté en 2019. Une véritable tendance de fond que l’apparition du vote électronique en tant qu’alternative à celui par correspondance n’a pas pu renverser. Mis en place pour la première fois, le vote en ligne a représenté 10 % des suffrages exprimés.

Même si les résultats officiels ne seront publiés que dans les prochains jours par le ministère de l’Agriculture, leurs dernières tendances affichaient, pour le collège « chefs d’exploitation et assimilés », un taux de participation de 46,40 %, soit près de huit points de moins qu’en 2013. Une baisse suffisante pour que les abstentionnistes soient désormais plus nombreux que les votants. Suffisant aussi pour imaginer l’abstention comme le premier syndicat de France. Un syndicat invisible, sans représentant, qui ne porterait aucune voix dans le débat public et ne défendrait pas les intérêts des agriculteurs. Tout cela, sera une nouvelle fois l’apanage de deux autres syndicats au sens statutaire du terme. Comme en 2013, les listes d’union entre la FNSEA et Jeunes agriculteurs (JA) ont remporté très largement ces élections.

Les positions nationales restent inchangées

Selon les taux communiqués par le ministère, le tandem compte environ 55 % des voix au niveau national. Loin devant la Coordination rurale (CR) et la Confédération paysanne, qui complètent respectivement le podium avec environ 20 % et 19 % des voix. Le Modef reste derrière avec 1,4 %. « Si vous prenez les résultats de 2013, rien n’a changé », commentait Bernard Lannes, président de la Coordination rurale.

Il est vrai que le paysage syndical français est solidement stabilisé. Les places et les écarts n’évoluant que très peu par rapport aux résultats des élections de 2013. Chaque syndicat consolide son nombre de voix sans véritablement afficher d’avancées ou de reculs notoires au niveau national. Quant au nombre de chambres, le statu quo demeure là aussi. Les listes FNSEA-JA et apparentés continuent à occuper la première place en remportant quatre-vingt-deux chambres départementales et interdépartementales sur quatre-vingt-dix. Une véritable razzia où, fait à part, la chambre de Haute-Garonne a été remportée par une liste JA devant une liste FNSEA. Même si les scissions entre les deux organisations ne se comptent que sur les doigts d’une main, celles-ci sont souvent « une question d’hommes » expliquait Jérémy Decerle, président de JA, le soir du premier jour du dépouillement des votes, le 6 février.

Le flou demeure dans la Loire-Atlantique

Des scissions qui ont également profité au plus petit des syndicats d’exploitants agricoles. Uni avec JA, le Modef a réussi à remporter la majorité des sièges de la chambre d’agriculture de Guadeloupe. Cinq autres chambres ont été perdues par les listes FNSEA-JA sortantes. En Moselle et en Martinique, deux listes classifiées comme « divers » sont arrivées en tête. Dans la Vienne et la Haute-Vienne, c’est la CR qui a réussi à tirer son épingle du jeu en remportant la majorité des sièges. Un peu plus à l’Ouest, en Loire-Atlantique, la Confédération paysanne est pour l’instant en ballottage favorable. Sa liste devance de seulement deux voix celle de FNSEA-JA. Un écart suffisamment réduit pour que cette dernière forme un recours, annonçait le 6 février Christiane Lambert.

Le 12 février, l’issue finale de l’élection n’était pas encore fixée. Si la victoire de la Conf’ venait à être confirmée, le syndicat aura réussi sa mission de reconquête dans un département historiquement attaché à sa cause. Pour Nicolas Girod, secrétaire national de la Confédération paysanne, il y a eu « certainement » un effet Notre-Dame-des-Landes en Loire-Atlantique. « Nous avons fait un gros travail pour faire abandonner le projet d’aéroport et pour faire reconnaître les dossiers d’installation, assurait-il. Sur place, nous avons prouvé notre pertinence tout en restant près des gens. »

Si les syndicats minoritaires comptent quelques conquêtes, ils ont connu autant de déconvenues. Les listes FNSEA-JA ont réussi à arracher à la CR le Calvados, la Charente mais également le Puy-de-Dôme, qu’une liste d’union entre la CR et la Conf’avait remporté en 2013. Sur l’île de La Réunion, le sort a été identique à la liste locale de la Confédération paysanne, qui a dû laisser la majorité des sièges au duo FNSEA-JA.

Déception et écœurement

Au-delà de ces différents scrutins départementaux, la consolidation des résultats au niveau national a surtout révélé que l’abstention n’a pas favorisé les syndicats minoritaires. Tout en estimant « la victoire noble », le président de JA a tenu à adresser un message clair à ses adversaires en ce sens. « Ceux qui voyaient les listes des syndicats majoritaires à moins de 50 % se sont trompés », affirmait-il.

« On pensait que l’abstention toucherait davantage la FNSEA, précisait le président de la CR. Le taux d’abstention montre qu’il y a des gens écœurés dans tous les syndicats. » Pour Bernard Lannes, « les gens sont déçus des corps intermédiaires car ils ne voient pas de résultats arriver ». Un son de cloche partagé du côté de la Confédération paysanne. « L’abstention marque un profond désarroi des paysans, analysait Nicolas Girod. Ils ne voient pas les syndicats comme les outils pour faire avancer l’agriculture. » Du côté de Jean Mouzat, président du Modef, « la montée de l’individualisme forcené dans notre société et chez les agriculteurs » est aussi une source d’inquiétude. Une inquiétude beaucoup plus légère à la FNSEA. Christiane Lambert jugeait, le 6 février, que « le taux de participation de 45 % était honorable compte tenu du contexte social ». La présidente du syndicat majoritaire a même salué « des agriculteurs qui se sont prononcés massivement ». Même si des votants se perdent en route, il faut parfois savoir se contenter de la victoire.

Par Alexis Marcotte, Bertille Quantinet, Marie Salset et Suzie Terrier

Téléchargez les résultats du collège des chefs d’exploitation et assimilés aux chambres d’agriculture.

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46,40 %

C’est le taux de participation du collège des chefs d’exploitation et assimilés aux élections 2019. Un taux en baisse de huit points par rapport à 2013.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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