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CoronavirusLes filières à l’épreuve des perturbations de marchés

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Les sorties de blé dur stocké chez les agriculteurs ont été importantes en mars pour faire face à la forte demande de pâtes : cette hausse de collecte est estimée à 40 000 t. © WATIER VISUEL

Les mesures de confinement
des populations à travers le monde impactent les débouchés et les flux commerciaux des produits agricoles.
Les filières animales comme végétales subissent un bouleversement
de leurs marchés, à l’échelle
française, européenne
et mondiale.

L’épidémie de Covid-19 déséquilibre plus que jamais les filières agricoles. Si la quasi-totalité des établissements de restauration hors-domicile ont fermé leurs portes en France, autant de bouches restent à nourrir. Le report de la consommation vers les grandes et moyennes surfaces n’est pas un gage de compensation, tant en volume qu’en valeur. À l’export, des débouchés sont également chahutés par la pandémie, qui plonge de nombreux acteurs des filières animales et végétales dans l’incertitude.

Filières animales

Produits laitiers :

danger sur les marchés

L’impact de la crise est prégnant sur le marché des ingrédients laitiers. En repli respectif de 700 €/t et 500 €/t depuis le mois de mars, les cotations européennes de la poudre maigre et du beurre se rapprochent de leur prix d’intervention. Seuls les cours des fromages commodités parviennent à se maintenir.

En France, « le pic de collecte laitière pourrait être observé en semaines 16 et 17 », estime FranceAgriMer. La dérogation aux règles de la concurrence accordée par la Commission européenne (lire en p. 18) devrait laisser le champ libre à l’interprofession pour appliquer son plan de réduction volontaire de la production. Mais pour l’organisation European milk board (EMB), seules des « mesures de réduction du volume coordonnées au niveau européen » peuvent encore limiter la casse sur le prix du lait payé aux producteurs.

Dans la filière caprine, fin mars, l’interprofession (Anicap) craignait une destruction imminente de lait. Le pire a finalement été évité. Le pic de production étant passé, « la demande de modération de la collecte est désormais levée », se félicitait Jacky Salingardes, président de l’Anicap, le 17 avril. De 6 % en janvier, la hausse des livraisons s’est tassée à 3,6 % en cumul sur les 14 premières semaines de l’année, sans qu’aucun mécanisme incitatif soit mis en place par les laiteries. Le boom des bûchettes et crottins en libre-service vendus en grandes surfaces a permis d’absorber une partie des volumes excédentaires. L’échange de lait entre industriels, le stockage sous forme de caillé congelé et la vente, minoritaire, de lait sur le marché spot ont fait le reste. Les négociations commerciales ayant été bouclées en amont de la crise, « il ne devrait pas y avoir d’impact sur le prix », indique Jacky Salingardes. Pour les producteurs fermiers, la réorganisation des circuits de vente sauve la mise, même si « certains ont déjà été contraints de détruire leur lait », précise l’Idele.

Viande bovine : sous tension

Malgré des ventes dynamiques en magasins, la filière viande bovine continue de pâtir de la fermeture quasi-totale de la restauration hors domicile (RHD), en France comme en Europe. Pour faire face à la crise, la Commission européenne a annoncé, le 22 avril, la mise en place d’un plan de soutien comprenant une aide au stockage de viande bovine. Cette mesure pourrait « soulager le marché à court terme, mais poser des problèmes de perte de valeur via la congélation », analyse l’Institut de l’élevage (Idele). En bovins de boucherie, la baisse des cours des réformes laitières françaises semble s’être stoppée la semaine dernière. Pour autant, « leurs niveaux restent extrêmement dégradés », relate Philippe Chotteau, économiste à l’Idele. En jeunes bovins (JB), si les abattages sont en net retrait sur un an en races laitières (- 12 %) comme allaitantes (- 23 %), les cotations chutent encore en semaine 16. Faute de débouchés, l’Idele évaluait en fin de semaine 16 un stock en ferme supplémentaire de 4 900 JB de type viande de 16 à 24 mois par rapport aux sorties pour l’abattage et l’export entre 2017 et 2019.

En bovins maigres, « la demande italienne pour les broutards français est restée solide face à une offre limitée, permettant le maintien des cours en semaine 16 », indique l’Idele. En veaux, « le fort ralentissement des abattages observé dès la semaine 12 [du 16 au 22 mars] a accéléré l’alourdissement et le vieillissement des animaux. Les effectifs de mâles laitiers de 3 à 7 mois présents en ferme ont bondi de 5 % en semaine 16 sur un an, relève Lina-May Ramony, de l’Idele. En outre, l’aide au stockage privé n’est pour l’heure ouvert qu’aux animaux de plus de 8 mois. »

Porc : difficile valorisation

Dans la filière porcine, « la pandémie du Covid-19 désorganise de plus en plus les circuits de distribution », estime le Marché du porc breton (MPB), le 28 avril. Si la consommation intérieure se maintient par l’augmentation des achats en grande distribution, « la valorisation est difficile : les consommateurs se tournent préférentiellement vers des produits de cœur de gamme », indique l’Institut du porc (Ifip).

À l’échelle mondiale, l’appétit de la demande chinoise ne se dément pas. Les opérateurs européens doivent cependant faire face à la concurrence des États-Unis. Le pays fait face à un important manque de personnel dans les abattoirs, alors que l’offre de porcs vivants reste élevée. Les importateurs chinois profitent de la chute du prix du porc américain pour faire pression sur les exportateurs européens. « Aux États-Unis, le cours du porc est actuellement deux fois inférieur à la référence danoise, et sept fois inférieur au prix chinois », précise Pascal Le Duot., directeur du Marché du porc breton (MPB).

Volailles : les stocks s’accumulent­

Selon l’interprofession des volailles de chair (Anvol), la perte de débouchés a été « limitée » pour le poulet et la dinde. L’Anvol pointe toutefois une « concurrence agressive des importations », entraînant la « création de stocks très importants, la destruction massive d’œufs dans les couvoirs et de cheptels chez les reproducteurs ». Les filières du canard, de la pintade, de la caille, du pigeon et du poulet de Bresse ont davantage souffert du manque de débouchés en RHD. « Les ventes ont diminué, jusqu’à – 80 % pour certaines filières. […] Les éleveurs se retrouvent sans activité et sans revenu », rapporte l’Anvol, qui envisage des stocks de viande s’élevant à 40 000 tonnes fin juin.

En filière ponte, la fermeture de la RHD a conduit à une perte de débouchés pour une part importante des ovoproduits. Or, « tous les œufs destinés à la transformation ne sont pas susceptibles de trouver un débouché en grandes surfaces (œufs blancs, très petits et très gros calibres) », indique l’Institut technique de l’aviculture. Concernant les œufs de consommation, la demande a explosé les premières semaines de confinement.

La filière ovine se redresse

Le Covid-19 a bouleversé la filière ovine à Pâques. Pour autant, aucun agneau fini n’est resté bloqué dans les bergeries. Le 27 avril, les besoins ne semblaient pas totalement couverts. « Il faudrait que nous puissions évaluer notre production avec plus de précision », estime Stéphane Erman, producteur ovin, et vice-président de la chambre d’agriculture de Moselle. L’annonce d’importants volumes a pu peser sur les prix. L’engouement des consommateurs pour acheter des produits locaux est une opportunité que les éleveurs ovins ont saisie au pied levé. « Nous mettons en place des drives, souligne Stéphane Ermann. Ce sont des actions qu’il nous faudra structurer. »

Le cheval en crise

La filière équine subit de plein fouet la crise sanitaire. « Les charges augmentent alors que l’activité d’un certain nombre de structures a totalement cessé », souligne Marianne Dutoit, présidente de la Fédération nationale du cheval (FNC). « Il faut continuer à nourrir les chevaux dans des conditions difficiles, alors que certains propriétaires ne paient plus la pension », poursuit-elle. Pour faire face à la crise, la FNC propose la création d’un fonds cheval, qui serait abondé par les fonds spécifiques régionaux déjà existants. « L’argent de la hausse de la TVA appliquée à la vente des chevaux, entre autres, collectée depuis 2015 pourrait revenir aussi dans ce fonds », préconise Marianne Dutoit, qui estime que « le retour à une TVA à 5,5 % est indispensable. »

Filières végétales

Les cartes changent de mains

Le secteur de la meunerie s’est vu amputé d’un segment de consommation en boulangerie, avec l’effondrement de la vente de sandwichs. Jean-François Loiseau, président d’Intercéréales, estime la perte de débouchés de 40 à 50 % en boulangerie industrielle et de 60 à 70 % en boulangerie artisanale. Si les moulins ont tourné à plein régime la première semaine du confinement, le besoin en farine s’est ensuite réduit, malgré une demande importante en sachets de 1 kg vendus par la grande distribution. Le petit conditionnement ne représente en effet que 5 % des débouchés habituels en meunerie en France, et 30 à 50 % est importé de l’Allemagne, pays qui privilégie désormais son marché intérieur.

Le secteur de la brasserie se voit, lui, privé de 35 % de ses débouchés, a indiqué Jean-François Loiseau, avec la fermeture des bars, restaurants, hôtels et festivals. La consommation de bière en France se noie et les microbrasseries enregistrent jusqu’à 80 % de baisse de vente. Blé tendre et orge français tirent cependant leur épingle du jeu sur le marché international, et notamment vers les pays tiers : FranceAgriMer table sur 13,2 Mt de blé exportées, un record.

La demande domestique en blé dur explose au contraire, avec la hausse soudaine des ventes de pâtes. La semoulerie est fortement mobilisée pour restaurer les stocks, ce qui se traduit par des sorties de volumes stockés chez les agriculteurs importantes (+ 40 000 t en mars).

Les biocarburants sur le carreau

Le confinement et l’arrêt forcé des transports impliquent une baisse drastique de la consommation de biocarburants. À défaut d’absorber la production de biodiesel, la France et l’UE sont submergés par les stocks d’huiles, et le ralentissement de la trituration de colza tend le marché du tourteau. L’éthanolerie entraîne dans sa chute les cours du maïs et du sucre. « Les besoins démultipliés d’alcool pharmaceutique ne compensent qu’à la marge la perte de débouchés en éthanol carburant », précise FranceAgriMer.

Fruits et légumes : les ventes court-circuitées

Élevées dans les GMS, « notamment en pré-emballé qui a pris plus d’importance dans les rayons », observe FranceAgriMer, les ventes de fruits et légumes peinent en circuit court. Interfel, l’interprofession des fruits et légumes frais, a appelé les maires et les préfets à rouvrir le plus grand nombre de marchés possibles. Ces derniers représentent un enjeu économique de taille, notamment pour les producteurs fortement engagés dans les circuits courts. « C’est l’endroit où l’agriculture française passe 30 % de sa production de fruits et légumes frais », affirmait Didier Guillaume, le 12 avril.

Pommes de terre et lin :
limiter les surfaces

La pomme de terre industrielle ne trouve plus de débouchés en restauration. Selon l’UNPT, près de 500 000 t de pommes de terre françaises sont stockées­ et pourraient ne pas être transformées avant la fin de la campagne. La hausse de consommation de produits transformés et frais en magasins ne suffit pas à absorber les excédents de volumes. La filière cherche de nouveaux débouchés, « sans déstabiliser des équilibres déjà fragiles » : alimentation animale, méthanisation, transformation en alcool ou stockage public sont à l’étude. Afin de mieux maîtriser les volumes mis sur le marché, la filière a appelé à diminuer les surfaces emblavées.

Un scénario similaire au lin fibre, l’une des filières les plus touchées des Hauts-de-France. Les commandes s’effondrent, les principaux clients (Chine, Inde, Pays de l’Est, Italie) étant des pays frappés par l’épidémie. Ces tensions ont poussé la filière à annuler des contrats. Les opérateurs ne prévoient pas de vendre du lin fibre avant la fin de l’année et même sûrement le début de l’année prochaine.

A.Courty, I.Escoffier, V.Guyot, M-F. Malterre, J.Papin, L.Pouchard

Malgré le bouleversement de la filière ovine à Pâques, aucun agneau n’est resté en bergerie. © SEBASTIEN CHAMPION
Pas de pénurie d’intrants pour cet automne a priori

« Bien que la disponibilité de la main-d’œuvre demeure une préoccupation majeure, nous n’avons trouvé aucune preuve que le Covid-19 ait eu un impact important sur le semis des cultures de printemps et d’été, a précisé la Commission européenne le 27 avril. Jusqu’à présent, l’approvisionnement en semences, engrais et pesticides semble suffisant et aucune interruption immédiate n’est attendue. »

Effectivement, tous les sites de production ont continué leur activité. « Cela a été plus compliqué et plus cher du fait de problèmes de transport, mais toutes les semences ont été livrées chez les agriculteurs », se félicite Claude Tabel, président de l’UFS (1). Il se veut optimiste : « Cet automne, il ne devrait pas y avoir de difficultés de disponibilités en semences, même si des questions de conditionnement et de logistique se posent. »

Même chose en phytos. « Les plannings de fabrication sont à peu près respectés malgré un absentéisme de 15 à 20 % dans les usines », détaille Pierre-Yves Busschaert, responsable des affaires économiques à l’UIPP (2). Il reconnaît toutefois une situation « tendue » où « le moindre petit grain de sable pourrait gripper la machine ».

Pour les engrais, l’Unifa (3) se montre aussi positive malgré des complexités liées à l’acheminement de matières premières, la distribution des produits et la maintenance des sites industriels. Le syndicat souhaite engager une « réflexion commune » avec les acteurs de l’amont et les pouvoirs publics concernant les modalités de la prochaine campagne.

I.E.

(1) Union française des semenciers.

(2) Union des industries de la protection des plantes.

(3) Union des industries de la fertilisation.

Le secteur de la nutrition animale tient le choc

« Lors de la première semaine de confinement, nous avons enregistré une hausse de 20 % des commandes d’aliment, principalement dans les filières de ruminants », rapporte François Cholat, président du Syndicat national de l’industrie de la nutrition animale (Snia). Pour autant, la continuité des livraisons a globalement été assurée dans les élevages. « Les usines ont fait face à d’importants défis logistiques. Certains fabricants ont notamment subi une hausse du coût du transport, en raison de camions effectuant des retours à vide. » Pour certaines matières premières, l’approvisionnement a été perturbé. « C’est par exemple le cas des tourteaux de colza et de tournesol, dont la ressource a été affectée par la baisse de la production de biocarburants », précise François Cholat (lire en p. 15).

Après le sursaut observé en mars, les fabrications d’aliment pourraient connaître une accalmie en avril. « Nous nous attendons à une importante sous-réalisation, surtout à destination des vaches laitières, en raison d’une mise à l’herbe précoce, mais aussi de l’incitation du secteur à réduire la production. » Pour d’autres filières, la perte de débouchés liée à la fermeture de la restauration hors domicile pourrait freiner la demande d’aliments. « Nous avons des inquiétudes pour la viande bovine, ainsi que pour l’agneau, le veau, les pintades ou le lapin », rapporte François Cholat.

Les cahiers des charges s’assouplissent

Certaines faveurs sont temporairement accordées aux productions sous signe de qualité, particulièrement exposées en ces temps de confinement.

Pour les veaux sous label rouge, ou les IGP Veau du Limousin, Agneau de Sisteron et de Poitou-Charentes, l’âge à l’abattage et le poids de carcasse maximum sont augmentés à compter du 17 mars 2020. Pour les veaux de type C nourris au lait entier non issus de l’exploitation, leur durée de présence minimale est à l’inverse raccourcie. Une plus grande souplesse dans le paillage quotidien est accordée afin de remédier au manque de main-d’œuvre.

En porc noir de Bigorre, l’âge d’accès à la pâture est décalé d’un mois et le vide sanitaire entre deux bandes se voit écourté d’autant.

Pour nourrir les poulets et les pintades, certains arrêtés autorisent l’apport - ou l’augmentation de la part - de tourteau de tournesol.

Les AOP laitières, délaissées au profit des produits dits de première nécessité, ne se privent pas non plus de ce levier. Dans les filières comté, bleu d’Auvergne et fourme d’Ambert, les délais de stockage du lait à la ferme et d’emprésurage sont temporairement allongés. En roquefort, la monotraite s’invite exceptionnellement dans les élevages en sous-effectif. Le délai d’emprésurage y est également prolongé de 24 heures. Pour le saint-nectaire, les fromages entrés en congélation à partir du 12 mars, au lieu du 1er avril, pourront bénéficier de l’appellation à leur mise en vente en 2021. Concernant la tomme de Savoie et le morbier, les reports au froid amorcés après le 1er avril 2020 sont provisoirement autorisés en dehors de l’aire géographique qui leur est propre. Une autre stratégie consiste à s’adapter aux mutations des modes de consommation. Entre juillet 2020 et mars 2021, il sera ainsi possible de trouver du laguiole sous la forme de râpé ou encore de dés préemballés.

Votre analyse du marché - Bovins de Boucherie

Recul de la demande sur les pièces « arrière »

L’activité commerciale reste assez régulière sur le marché du vif, bien que les industriels observent un recul des commandes dans les pièces « arrière ». Le prix des aloyaux se replie, mais cette baisse n’est pas compensée par une plus-value sur les avants. Les abatteurs, qui ont moins de difficulté à s’approvisionner, commencent à mettre la pression sur les prix des laitières. La demande est également plus calme dans le domaine des allaitantes, mais la modestie de l’offre permet de maintenir les cours.
Votre analyse du marché - Ovins

L’offre ne couvre pas la demande

La demande se tasse, mais les disponibilités peinent à la couvrir. L’animation commerciale est soutenue sur les cadrans avec une bonne tenue des prix alors que la tendance de ces dernières années la tendance était plutôt à la baisse à la fin de septembre.
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Cet article est paru dans La France Agricole

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