«Force a été de constater que des progrès restent à faire, malgré la réalisation de nombreuses actions », analyse le ministère de l’Agriculture, lors de la publication de sa nouvelle feuille de route contre l’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP), le 8 juillet. Car à l’aune de la crise sanitaire ayant sévi lors de l’hiver 2020-2021, le pacte de filière pour lutter contre le virus, scellé lors de la précédente épizootie de 2017, n’a pas suffi.

« Ne jamais empêcher de produire »

Fruit de plus d’une quarantaine de réunions depuis mars dernier, la nouvelle feuille de route se base sur les recommandations de l’Anses. Elle contient plusieurs « mesures phares urgentes » devant être mises en place dès cet été. La fin de la dérogation à la claustration pour les élevages de moins de 3 200 animaux est la première d’entre elles. Dorénavant, en période à risque vis-à-vis de l’IAHP, la mise à l’abri des volailles sera obligatoire. Les modalités se veulent adaptées aux différents types et modes d’élevage. « Il s’agit de ne jamais empêcher qui que ce soit de produire », assure-t-on au cabinet du ministre. Si la claustration en bâtiment fermé est la règle, d’autres solutions pourront être envisagées. Pour les élevages de canards autarciques, en circuit court et de moins de 1 500 animaux, il sera notamment possible de recourir à un filet de protection attenant à un bâtiment léger. Sur cette disposition, les avis sont partagés. La Confédération paysanne et le Modef veulent aller plus loin, et demandent la reconnaissance « d’autres alternatives en plus du filet, comme l’agroforesterie, les cultures protectrices, les effaroucheurs ». Les syndicats souhaitent aussi que « la claustration des volailles dans les petites exploitations soit de maximum 6 semaines en période à risque ».

A contrario, la FNSEA et ses associations spécialisées, Jeunes Agriculteurs, ainsi que les interprofessions des palmipèdes à foie gras (Cifog) et des volailles de chair (Anvol) expriment leurs réticences. « Les expériences passées concernant la mise à l’abri sous filet ne sont pas concluantes, et nous ne souhaitons pas pousser les éleveurs à mettre en œuvre de telles pratiques, appuie Jean-Michel Schaeffer, président de la Confédération française de l’aviculture (CFA) et d’Anvol. Nous devrons vraiment agir avec prudence, au cas par cas. »

Dans un avis publié le 26 mai, l’Anses estime que « les filets permettent de diminuer, sans le supprimer complètement, le risque d’introduction directe de virus IAHP dans l’élevage plein air, à partir d’oiseaux sauvages infectés. Ils contribuent à limiter la diffusion du virus depuis un élevage infecté, en évitant la prédation d’oiseaux malades. » Toutefois, l’agence nationale n’exclut pas la possibilité que des oiseaux puissent se poser sur les poteaux servant de support aux filets et ainsi infecter les parcours par des fientes contaminées.

Nouveau zonage

La définition de zones à risque de diffusion (ZRD) fait aussi partie des priorités de la feuille de route. Un accord interprofessionnel devra en définir les modalités de production. L’objectif est clair : réduire la densité des palmipèdes gras lors des périodes à risque et mettre en place des mesures de biosécurité spécifiques. « Les ZRD seront établies dans deux bassins, rapporte Jean-Luc Guérin, professeur en aviculture et pathologies aviaires à l’École nationale vétérinaire de Toulouse (ENVT). Le premier concerne le sud-ouest de la France, et couvrira la Chalosse jusqu’aux frontières avec le Gers. Le second se situe dans les Pays de la Loire. Certains secteurs en ZRD n’ont jamais connu de foyers, mais ils présentent une forte densité d’élevages de palmipèdes. » La liste des communes concernées sera annexée à un arrêté ministériel « prévu en septembre », selon la rue de Varenne. Pourtant, le temps presse. « La prochaine période à risque s’ouvrira à la mi-novembre, mais les canetons sont mis en place dès la mi-août, poursuit Jean-Luc Guérin. Il faut aller vite pour sécuriser la prochaine saison. »

Afin d’améliorer la « réactivité collective » en cas de foyer d’IAHP, le ministère prévoit de rendre obligatoire, avant la fin de l’été, la déclaration des élevages et des mouvements – mises en place, déplacements, abattages – de toutes les volailles, gibiers d’élevage compris. « Il est urgent de disposer de données cartographiées en temps réel », précise le cabinet de Julien Denormandie.

Certificat de biosécurité

Sur le volet de la biosécurité, la nouvelle feuille de route compte imposer la réalisation d’audits périodiques validés par un certificat. « Ils pourront être effectués par les vétérinaires, les techniciens de groupement, de GDS, de chambre d’agriculture, précise le ministère. Leur fréquence reste à discuter. » Le dispositif de certificat de biosécurité est en cours de réflexion, et « pourrait s’inspirer du Certiphyto ». Les visites débuteront dès que les grilles d’évaluation seront établies, « probablement pas avant 2022 ». Les audits ne seront pas financés par l’État, mais « les formations et les aménagements nécessaires font l’objet d’aides dans le cadre du plan de relance », indique la rue de Varenne.

Du côté des éleveurs, la perspective de nouveaux investissements inquiète. « Le coût du filet s’élève à 22 €/m2 et celui d’un bâtiment à 220 €/m2, chiffre Sylvie Colas, porte-parole de la Confédération paysanne du Gers. Quoi qu’il en soit, il faudra du temps pour mettre ces moyens en place. » Et Benjamin Constant, président de la Fédération nationale des palmipèdes à foie gras, d’ajouter : « Au niveau bancaire, il s’agira de définir ce qui peut être fait, car des prêts ont été contractés à la suite de la précédente crise de 2017. » Vincent Guyot