Ses lunettes autour du cou ne la quittent jamais. Geneviève Callerot, chignon blanc neige et regard bleu perçant, regrette de ne plus pouvoir lire correctement. Cela ne l’a pas empêché pourtant, à 102 ans, de publier son sixième roman. Les difficultés n’ont jamais été un obstacle à son caractère entêté et bienveillant.
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Ses lunettes autour du cou ne la quittent jamais. Geneviève Callerot, chignon blanc neige et regard bleu perçant, regrette de ne plus pouvoir lire correctement. Cela ne l’a pas empêché pourtant, à 102 ans, de publier son sixième roman. Les difficultés n’ont jamais été un obstacle à son caractère entêté et bienveillant.

De Paris à la Dordogne

Née à Paris au printemps 1916, elle est arrivée dans ce coin isolé de la Double, entre Libourne et Périgueux, à l’âge de 4 ans. Ses parents achètent alors une ferme à Saint-Aulaye (Dordogne), où elle grandit. Sa maman fait la classe à Geneviève et ses quatre frères et sœurs. La demoiselle lit beaucoup et valide, par correspondance, un brevet supérieur agricole et ménager.

Elle travaille sur l’exploitation familiale quand, en juin 1940, la France occupée par l’Allemagne est coupée en deux. La ligne de démarcation se situe non loin de leur ferme de Cassarat. Naturellement, avec son père Paul Morise et sa sœur Agnès, Geneviève aide de très nombreuses « hirondelles » à passer en zone libre.

« Notre famille et d’autres alentour les accueillaient pour une nuit ou deux, se souvient-elle. Nous lavions leur linge, leur donnions à manger. Il y avait beaucoup d’hommes. Puis, nous les emmenions de l’autre côté, quand les douaniers déjeunaient. » Son père, qui possédait des ruches sur différentes propriétés, disposait d’un laissez-passer. Les Morise ont permis à plus de 200 citoyens de fuir, avant que Geneviève ne soit dénoncée et arrêtée.

Elle témoigne de sa vie et de son terroir

Dans son dernier livre (lire encadré), l’écrivaine raconte l’histoire familiale sous l’Occupation. L’écriture s’est imposée à elle à l’âge de la retraite, il y a quarante ans… « Ses romans sont inspirés de sa vie et des histoires que ses voisins lui racontaient quand ils se retrouvaient pour gaver les oies, et le dénoisage », explique sa fille Marie-Pierre. Son premier ouvrage Les cinq filles du Grand-Barrail s’est vendu à 15 000 exemplaires.

Personnalité essentielle de la communauté des écrivains-paysans, Geneviève se rendait chaque année au Salon de l’agriculture. Sur le stand de l’association, elle interpellait les visiteurs avec un tel bagou, que trois sur quatre achetaient ses livres, qui sont des témoignages de l’évolution de la vie rurale. Pour ce travail, son courage et ses valeurs morales, la dame de Saint-Aulaye a été décorée de la Légion d’honneur le 24 août dernier.

Alexie Valois