Après plus d’un an et demi de crise pour toutes les filières agricoles, la Confédération paysanne dresse un bilan sans appel : « Le manque de revenu est toujours là, surtout à cause des prix bas. » Laurent Pinatel, son porte-parole a estimé, le 4 janvier 2017 à l’occasion de la traditionnelle conférence de presse de rentrée, qu’il fallait « réinventer la notion de droit au revenu. Je ne parle pas de minima sociaux. Ce serait par exemple d’imposer par la loi des indicateurs de prix dans les contrats ou la possibilité d’organiser les producteurs pour négocier des prix corrects. » « Les agriculteurs ne peuvent plus être la variable d’ajustement », a-t-il martelé.

Une Pac alimentaire

Au niveau européen le syndicat réclame, « si on veut des agriculteurs nombreux », un mécanisme pour garantir les prix. Il veut aussi mettre fin aux aides à l’hectare et s’oppose à une assurance revenu. Alors que les discussions sur la Pac post-2020 débutent, la Confédération paysanne consolide sa position. « Nous ne voulons plus d’une Pac uniquement tournée vers un soutien à l’agriculture industrielle. Elle doit prendre en compte les besoins des consommateurs, fournir une production de qualité et garantir le revenu des agriculteurs. » Des ateliers ont été organisés dans les régions pour peaufiner la proposition. Et le syndicat organise, le 19 janvier 2017 à Saint-Denis (93), des assises de l’agriculture et de l’alimentation pour porter plus largement sa vision de l’avenir de l’agriculture et de la Pac.

Déçus du Le Follisme

« On est très frustrés » a déclaré Laurent Pinatel le 4 janvier, faisant le bilan de la Pac 2014-2020 négociée par Stéphane Le Foll. « Nos constats étaient souvent partagés, mais au moment des choix, le ministre de l’Agriculture prenait sa casquette de ministre de l’industrie agroalimentaire », regrette-t-il. Le syndicaliste reconnaît néanmoins des avancées (majoration des premiers hectares, retour des aides couplées, convergence des aides, réforme de la DJA, tentative d’imposer une maîtrise laitière au niveau européen…), malheureusement inachevée. « Stéphane Le Foll a montré beaucoup de bonne volonté, mais il n’a pas fait grand-chose des outils négociés. Il est resté au milieu du guet, ne satisfaisant personne ! »

En route pour les élections aux chambres

La Confédération paysanne, qui ne veut pas faire de choix politique, « interpellera » au Salon de l’agriculture et au Sima en février 2017, tous les candidats à l’élection présidentielle, espérant qu’un au moins s’empare du sujet. « Sinon, c’est la mort de l’agriculture française. » 2017 sera aussi une année particulière pour la Confédération paysanne qui fête cette année ses 30 ans et renouvellera au printemps son équipe nationale pour se mettre en ordre de marche pour au moins consolider ses derniers résultats aux élections des chambres d’agriculture.

Arielle Delest