« Est-ce que nous avons commencé à réduire l’utilisation des pesticides, la réponse est non, martèle Nicolas Hulot. Est-ce que nous avons commencé à enrayer l’érosion de la biodiversité, la réponse est non. Est-ce que nous avons commencé à se mettre en situation d’arrêter l’artificialisation des sols, la réponse est non. »

« La décision la plus difficile de ma vie »

« Je vais prendre pour la première fois la décision la plus difficile de ma vie. Je ne veux plus me mentir. Je ne veux pas donner l’illusion que ma présence au gouvernement signifie qu’on est à la hauteur sur ces enjeux-là. Et donc je prends la décision de quitter le gouvernement. C’est une décision que j’ai pris tout seul. Personne n’était au courant, y compris ma propre épouse. »

Ces douze mois ont-ils été une souffrance pour vous, lui demande le journaliste de France Inter. « Oui, oui, oui, répond Nicolas Hulot. Sauf à basculer peut-être ce que j’allais devenir : cynique. C’est-à-dire […] à avoir une forme d’indifférence sur les échecs. Je me suis surpris parfois par lassitude à baisser les bras. Et à un moment ou un autre à baisser mon seuil d’exigence. Et là, je me suis dit, c’est le moment d’arrêter. »

Dans l’attente d’un « sursaut »

Nicolas Hulot se sent « tout seul à la manœuvre » sur les enjeux environnementaux au sein du gouvernement. « Nous faisons des petits pas, et la France en fait beaucoup plus que d’autres pays, mais est-ce que les petits pas suffisent… la réponse, elle, est non. Je me surprends tous les jours à me résigner, à m’accommoder de petits pas », espérant que sa démission provoquera un « sursaut ».

« Je sais que seul je n’y arriverai pas. […] J’ai un peu d’influence, je n’ai pas de pouvoir », estime-t-il, la gorge nouée. Nicolas Hulot précise qu’il n’a prévenu à l’avance ni le président ni le Premier ministre de cette décision, par crainte qu’ils ne le convainquent de rester au gouvernement. « C’est une décision d’honnêteté et de responsabilité. »

Qu’est-ce qui a poussé le ministre à démissionner ? Des détails qui s’accumulent comme lors d’une réunion la veille à l’Élysée sur la chasse. « On avait une réunion sur la chasse, avec une réforme qui peut être importante pour les chasseurs mais surtout pour la biodiversité, rappelle Nicolas Hulot. J’ai découvert la présence d’un lobbyiste qui n’était pas invité à cette réunion. »

Face à face avec les lobbys

« Et c’est symptomatique de la présence des lobbys dans les cercles du pouvoir. Et il faut à un moment ou un autre poser ce sujet sur la table car c’est un problème de démocratie. qui a le pouvoir ? Qui gouverne ? C’est un petit détail. Je parle de Thierry Coste à qui j’ai frontalement dit qu’il n’avait rien à faire là, qu’il n’était pas invité. »

« Nous n’y arriverons que si un gouvernement dans son ensemble a la même impulsion, la même ambition, la même feuille de route, estime-t-il. Je ne peux pas passer mon temps dans des querelles avec Stéphane Travert. […] Je ne dis pas encore une fois que rien a été fait. Contrairement à ce que dit Yannick Jadot, la France a été sur le glyphosate en pointe et a montré le chemin. »

« Le Premier ministre, le président de la République ont été pendant ces 14 mois à mon égard d’une affection, d’une loyauté et d’une fidélité à toute épreuve », confie le ministre, mais malgré cela, le gouvernement n’a pas su donner la priorité aux enjeux environnementaux, plaide-t-il, estimant n’avoir pu obtenir que des « petits pas ».

Des victoires symboliques

Nommé pour la première fois ministre en mai 2017, après avoir renoncé à une candidature à la présidentielle un an plus tôt, Nicolas Hulot a dû accepter bien des décisions contraires à ses convictions, au-delà de certaines victoires symboliques comme l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Il a notamment dû endosser le report de l’objectif consistant à ramener la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50 % en 2025, ou l’entrée en vigueur provisoire de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada. Et hier, l’Élysée a annoncé que le prix du permis de chasse serait divisé par deux, passant de 400 à 200 € par an.

Chez les écologistes d’EELV, en réaction à cette annonce, Yannick Jadot a estimé que « le départ de Nicolas Hulot est la conséquence de l’absence de politique écologique de ce gouvernement. Nicolas Hulot essayait de convaincre mais n’était pas entendu, il refuse de servir de caution et il a raison. »

Avec l’AFP