Brosse à la main, Pauline Garcia, éleveuse à Vèze, dans le Cantal, entre dans une pâture et s’avance vers ses génisses d’environ 16 mois. Le troupeau se regroupe, vient à sa rencontre calmement, et réclame un contact. C’est dans cette ambiance de confiance que le Gaec Acajou élève une centaine de vaches salers. « J’accorde énormément d’importance à la relation entre l’homme et l’animal, à chaque âge de la vie de la vache », explique Pauline, convaincue que c’est en prenant le temps de comprendre le langage des animaux qu’il est possible de les rendre dociles et coopérants.

L’importance du contact

Passionnée par le comportement animal, Pauline obtient un diplôme universitaire d’éthologie du cheval. Et elle applique ses connaissances à d’autres espèces, comme les bovins. Elle constate que leur mode de communication repose essentiellement sur le contact. « J’ai cherché à reproduire des attitudes pratiquées entre animaux, dit-elle. Notamment les mouvements de grattage, qu’ils font énormément pour s’apaiser après un moment de stress dans le troupeau. »

Tout commence au sevrage, période pendant laquelle les veaux perdent leurs repères. « Je veux leur faire comprendre que l’humain est un élément positif, avec lequel il est possible d’interagir en symbiose », détaille-t-elle. Les 200 ha du Gaec Acajou se situant à 1 100 et 1 250 m d’altitude, les animaux passent l’hiver en stabulation libre. Pauline profite de cette période pour rendre visite quotidiennement aux différents lots.

De 15 à 20 minutes par jour

« J’entre dans la stabulation pendant 15 à 20 minutes, précise-t-elle. Au début, je ne cherche aucune interaction, car les animaux ont peur. Le contact peut être perçu comme une agression. Je reste immobile, avec du foin sur les genoux, pour susciter leur intérêt. » C’est ainsi qu’au fil du temps, les animaux comprennent que l’apparition de l’homme dans leur environnement n’est pas forcément négative.

Si Pauline préfère attendre le sevrage avant d’entrer en contact avec ses jeunes animaux, c’est aussi parce que la mère, dont le travail éducatif pèse fortement sur le relationnel entre l’homme et le veau, n’est plus là pour s’interposer. Pauline a constaté qu’une mère craintive tend à inculquer la fuite à son petit. Inversement, une vache docile facilite parfois le travail, et le veau devient presque naturellement proche de l’homme. « J’ai une génisse dont la mère est restée méfiante vis-à-vis de l’homme, raconte Pauline. Le travail relationnel est donc très long, même depuis qu’elle est sevrée. »

Soigner sans outil de contention

Petit à petit, Pauline gagne la confiance de ses animaux grâce à la récompense. Ce renforcement positif permet de contrebalancer les expériences négatives inévitables en élevage, comme les prises de sang, les vaccins, les soins contre les mouches, ou la prise en charge d’une blessure. « Par exemple, je viens gratter l’animal quand je le soigne, ou lui distribue une récompense alimentaire dès qu’il se comporte bien, reste patient, et immobile. » C’est ainsi que, en pleine pâture et sans moyen de contention, Pauline peut nettoyer les yeux, désinfecter les plaies, toucher la mamelle et même lever les pieds de ses bovins.

Hélène ChaligneJournaliste web