À l’ombre de leurs chênes, les blondes d’Aquitaines regardent les nuages passer. Anne Cécile Suzanne a repris cette exploitation située en plein cœur du parc national du Perche en 2014. Sur 200 ha, dont une centaine de cultures et autant de prairies, elle élève aujourd’hui un troupeau de 240 bovins.
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À l’ombre de leurs chênes, les blondes d’Aquitaines regardent les nuages passer. Anne Cécile Suzanne a repris cette exploitation située en plein cœur du parc national du Perche en 2014. Sur 200 ha, dont une centaine de cultures et autant de prairies, elle élève aujourd’hui un troupeau de 240 bovins.

Cette ferme est celle de son père, tombé gravement malade, et décédé depuis. « Dès qu’elles ont appris sa maladie, souligne-t-elle, les banques ont refusé de lui prêter. » Lorsqu’Anne Cécile prend la tête de l’exploitation, un manque d’investissement pendant quatre ans en a fortement dégradé la situation économique.

Tirer profit de ses forces

Anne Cécile a grandi sur l’exploitation, mais elle ne se destinait pas à l’agriculture. « J’ai eu la chance d’étudier le contrôle de gestion dans une école de commerce, puis les politiques publiques à Science Po. » C’est précisément cette connaissance de l’économie que la jeune femme met au service de son exploitation.

Pour convaincre les banques de lui prêter de l’argent, elle remplit des graphiques, rédige des présentations PowerPoint. « J’ai fait la tournée des établissements pour trouver des prêts à moyen terme, explique-t-elle, mais cela a été très difficile. »

Avec l’argent emprunté, Anne Cécile engraisse des bovins pour engranger de la trésorerie, puis réalise des travaux, notamment dans la cour. « J’ai d’abord investi pour le confort de mon salarié, rappelle-t-elle, je ne voulais pas qu’il parte. »

Réussir à force de bouts de chandelle

Pour redresser les comptes, les économies ont été dès son installation recherchées partout. Et, même avec une situation rétablie, la pratique perdure. « On se pose systématiquement la question de savoir si un coût est pertinent, et si on peut faire mieux. » Tous les coûts variables sont passés à la loupe : pour Anne Cécile et Guillaume Moulin, son chef de cultures, appeler les fournisseurs est si rentable, qu’ils n’hésitent pas à décrocher leur téléphone régulièrement.

En matière d’engraissement, au lieu de vendre les broutards à un an, Anne Cécile préfère vendre les taurillons un an plus tard. Grâce à des calculs sur le coût de la ration et le prix de vente, elle a prouvé que, contrairement aux idées reçues, une vente plus tardive était plus profitable.

Les coproduits, comme la drêche de blé, ont remplacé près d’un tiers des céréales dans les rations. Et, du côté de l’énergie, le fioul est stocké dès que son prix descend. Concernant ses taureaux, Anne Cécile a choisi de les acheter à deux ans. « Je le revends à quatre ans, un peu plus cher, et entre-temps mes saillies sont pratiquement gratuites. »

Esprit d’équipe

Si l’analyse lance la discussion, aujourd’hui, c’est bien l’équipe qui prend les décisions. Les méthodes mises en place sont toujours discutées entre Anne Cécile et ses deux salariés, sur la base des chiffres.

Guillaume Moulin a travaillé sur la diminution de la fréquence des labours, de la fertilisation et des traitements. « On s’arrange pour faire un régulateur, explique-t-il, voire deux sur les variétés sensibles. » En azote aussi, l’efficacité est le maître mot. « Quand on arrive à 200 unités, on arrête. Après, ici, ça s’appelle acheter les quintaux. »

Autre réflexion cruciale, le matériel. « Chez nous, un tracteur de 1 800-2 000 heures, il peut encore faire un peu de temps, estime Guillaume. Et on le paye 30 % moins cher. » L’équipe limite par ailleurs le recours à la prestation, souvent plus onéreuse.

Aujourd’hui, l’exploitation va bien. Anne Cécile peut envisager de nouveaux investissements. Vente directe, accueil de public, ou conversion au bio figurent parmi les possibilités. « On se pose plein de questions, se réjouit-elle, et on continuera de s’en poser dans les années à venir. »

Ivan Logvenoff
Votre analyse du marché - Bovins de Boucherie

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